"En attendant, c'est nous qui trinquons" : pollution de l'air et ZFE, à Lyon, où en est-on ?

Circulation différentiée, abaissement de la vitesse, plusieurs mesures ont été mises en place à Lyon pour lutter contre un nouvel épisode de pollution aux particules fines. Mais alors que les alertes se répètent sur la qualité de l'air, où en est la Zone à Faibles Émissions dans la Métropole ?

L'année 2024 commence mal à Lyon, avec une nouvelle alerte à la pollution aux particules fines. Après un week-end en circulation différenciée, ce lundi 15 janvier la qualité de l'air est toujours qualifiée de mauvaise, par l'observatoire Atmo.

Si ce week-end, seuls les véhicules Crit'Air 1 et 2 ont été autorisés à circuler dans la Métropole, depuis deux ans la circulation des véhicules les plus polluants est réduite avec la mise en place de ZFE (Zones à Faibles Emissions). Avec les nombreuses annonces et les changements de calendrier, difficile de savoir qui peut ou ne peut pas circuler à partir de janvier 2024. 

ZFE pour qui et où ?

Aujourd'hui la ZFE concerne Lyon, Caluire-et-Cuire et les parties de Villeurbanne, Bron et Vénissieux, qui se trouvent à l'intérieur du boulevard périphérique. La ZFE est étendue à plusieurs voies cette année : la M6, la M7, le boulevard périphérique nord et le boulevard périphérique Laurent Bonnevay.

Pour les particuliers, seules les voitures Crit'Air 1, 2 et 3 ont aujourd'hui le droit de circuler et de stationner dans ce périmètre. Pour les utilitaires, poids lourds, bus, une distinction est faite entre la ZFE centrale et les voies. Seuls les critères 1 et 2 ont accès à la zone centrale, tandis que sur les voies (M6, M7, boulevard périphérique nord et boulevard périphérique Laurent Bonnevay) les critères 3 sont encore autorisés.

"Ça ne va pas assez vite et ça ne sert à rien s'il n'y a pas de contrôle des voitures", s'exaspère Luc Arbib, président du Conseil de Quartier quai de Saône, "en attendant, c'est nous qui trinquons !" Dans son quartier, le passage du tunnel de la Croix-Rousse est une source importante de pollution de l'air. Une pollution qui avait fortement mobilisé les parents d'élèves d'une école située près de l'entrée du tunnel.

En cause dans 7 % de la mortalité

Selon Santé publique France, la pollution de l’air et l’exposition aux particules fines seraient responsables de 40 000 décès par an, chez les 30 ans et plus. Elles provoqueraient aussi une perte d’espérance de vie de huit mois.

Des chiffres qui concernent la période 2016-2019. Santé publique France estime qu’ainsi 7% de la mortalité est attribuable à la seule exposition aux particules fines. En février 2023, un important épisode de pollution de l'air avait déjà frappé le bassin lyonnais. Une problématique récurrente depuis plusieurs années.

"Quand il y a un pic de pollution, on en parle beaucoup. Mais le plus important, c'est la pollution de fond, celle à laquelle on est exposé tous les jours."

Luc Arbib, président de Conseil de Quartier Saône

Quelles sanctions ?

Circuler avec une voiture aux mauvais critères expose les contrevenants à une amende de 68 euros, 135 euros pour les poids lourds. Mais alors, comment contrôler le flot de véhicules quand les radars automatiques de lecture de plaques ne sont pas encore mis en place à l'entrée de l'agglomération ? 

Du côté de la préfecture du Rhône, aucun chiffre sur le nombre de contrôles et le nombre d'amendes ne nous est donné. La communication indique que : "La police nationale est amenée à contrôler, et à sanctionner le cas échéant, à l’occasion des contrôles à la circulation « de droit commun » relevant de la sécurité routière, la présence des vignettes requises à l’intérieur de la ZFE".

Toujours selon la préfecture, des contrôles dédiés aux vignettes sont faits quand la circulation différenciée est mise en place. Ce week-end du 13 et 14 janvier, une quinzaine d'opérations auraient été réalisées dans l'agglomération.

Un long processus

En 2019, la France avait été condamnée par la Cour de justice de l'Union Européenne pour n'avoir pas protégé ses citoyens contre la pollution de l'air, mais la première mise en demeure par Bruxelles remonte à 2009. 

La mise en place des ZFE ne s'est pas faite sans tension et a pris plusieurs années pour être appliquée à Lyon. Dès 2018, avec 14 autres collectivités, David Kimefeld, alors président de la Métropole, annonçait la mise en place d'une ZFE pour 2019. 

En 2020, la circulation des poids lourds et utilitaires Crit'Air 5,4 et 3 est interdite dans les ZFE. C'est seulement 1ᵉʳ septembre 2022 que la circulation de tous les véhicules Crit'Air 5 et sans vignette a été interdite.

Une échéance repoussée

En plein épisode de pollution en février 2023, Bruno Bernard, Président écologiste de la Métropole lyonnaise, annonce décaler l’interdiction des véhicules Crit’Air 2 de 2026 à 2028. Pour certains, il s'agit d'un calcul électoral (les prochaines élections métropolitaines ont lieu en 2026), pour d'autres, repousser est une mesure de bon sens.

La mise en place de la ZFE est aussi vue par certains comme injuste, car elle sanctionne les automobilistes n'ayant pas les moyens d'acheter une voiture plus récente ou électrique. Le centriste Christophe Geourjon a ainsi dénoncé une "Zone à Forte Exclusion" lors d'une séance du conseil métropolitain en mars dernier.

71 % des véhicules interdits en 2028 ?

Si l'on prend les chiffres de la Dreal du 1ᵉʳ janvier 2022 qui classent les véhicules du parc automobile lyonnais selon leur Crit'Air, aujourd'hui 12% de ces véhicules ne peuvent plus accéder au périmètre central de la ZFE (Lyon, Caluire-et-Cuire et les parties de Villeurbanne, Bron et Vénissieux qui se trouvent à l'intérieur du boulevard périphérique).

En 2028, avec l'exclusion de tous les véhicules autre que ceux Crit'Air 1, ce sont 71% de ces véhicules qui seront exclus, dont plus de la moitié sont des Crit'Air 2. 

Sortir du tout véhicule, tout en permettant aux classes moyennes et populaires de se déplacer, le calcul n'est pas évident pour les élus. Un rapport sénatorial publié le 14 juin préconisait d'assouplir le calendrier des restrictions et de renforcer les aides à l'achat de véhicules "propres" pour faciliter l'acceptation.

Le 26 juin, la Métropole de Lyon faisait marche arrière en votant un nouveau tracé, excluant de la ZFE l'est lyonnais.