Hécatombe chez les chefs d'entreprises : près de 2 000 en moins en Bourgogne-Franche-Comté en 2023

De plus en plus d'entrepreneurs perdent leur activité en Bourgogne-Franche-Comté. En 2023, c'était 35% de plus qu'en 2022, et aucun département ne contredit cette tendance. Pour autant, la situation est-elle catastrophique ? Explications.

1 809 chefs d'entreprises ont perdu leur emploi en Bourgogne-Franche-Comté en 2023, selon l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs de l’association GSC et du groupe Altares. La première est l'organe de protection chômage des chefs d'entreprise et des indépendants, le second un expert en données d'entreprise.

Il s'agit d'une augmentation de 35% par rapport à 2022, année déjà négative, soit le plus haut niveau de chômage d'entrepreneurs et indépendants depuis l'avant-crise Covid. Le département de Côte d'Or présente la plus haute augmentation en Bourgogne en atteignant 49,8%.

"Grande vulnérabilité des entrepreneurs à la tête de petites structures"

Alain Fernandès est analyste à la CCI (chambre de commerce et de l'industrie) de Bourgogne-Franche-Comté, il relève une moyenne par trimestre de 2 000 défaillances d'entreprise (moment où une entreprise passe en redressement judiciaire.

Les secteurs les plus fragilisés sont le commerce, l'industrie, l'hébergement restauration et la construction, alors que le plus résistant est l'agriculture qui perd moins d'emploi.

Mais "78,7 % des entrepreneurs ayant perdu leur emploi en 2023 dirigeaient une structure de moins de 3 salariés. Ces chiffres confirment la plus grande vulnérabilité des entrepreneurs à la tête de petites structures." indique l'Observatoire de l’emploi du GSC.

"La situation n'est pas catastrophique mais il y a un manque de visibilité"

Ce rapport pointe du doigt "la hausse des taux d’intérêt, la fin des aides Covid et la reprise des procédures d’assignation Urssaf" qui accentueraient les problèmes de trésorerie des chefs d'entreprises... sans que la situation soit pour autant catastrophique.

Le niveau atteint n'est pas préoccupant, mais il faut le prendre en compte.

Alain Fernandès, analyste à la CCI Bourgogne-Franche-Comté

"C'est plus socialement qu'économiquement qu'il faut se poser la question de comment gérer. Tout n'est pas rouge, on retrouve des chiffres de 2017, mais le nombre d'entrepreneurs continue d'augmenter" développe l'analyste de la CCI, "car il faut pouvoir accompagner ces femmes et ces hommes qui se confrontent à la fin de leur entreprise".

Avis partagé par Arnaud Gravel, directeur du Réseau Entreprendre, association qui accompagne des créateurs et repreneurs d'entreprise. "On sort en réalité de trois années assez basses en termes de chômage, parce que beaucoup d'entreprises étaient artificiellement soutenues par les mesures de sauvegarde. Il n'est pas anormal qu'un certain nombre disparaisse, les gros chiffres de 2021 faussaient la donne" explique-t-il.

On est passé d'un monde sans souci à un monde plein d'incertitudes

Arnaud Gravel, directeur du Réseau Entreprendre

"La situation n'est pas catastrophique mais il y a un manque de visibilité. La géopolitique de maintenant n'est pas celle de 2017, les projets d'investissement sont tardifs dans tous les secteurs. Il faut que les capitaines d'entreprise ajustent leur anticipation, et que les pouvoirs publics prennent des mesures rapides et efficaces."

"On assiste peut-être à un changement de modèle..."

En parallèle du nombre élevé de cessations d'activité, on constate également une hausse de 60% du nombre de créations d'entreprises au dernier trimestre 2023 (micro-entrepreneurs compris).

"On voit de plus en plus d'auto-entrepreneurs, certains parfois en complément d'une activité salariée. On assiste peut-être à un changement de modèle, plus d'indépendants au service d'autres entreprises plus petites", conclut Arnaud Gravel.