PORTRAITS. Lionel, Axelle et Basile, itinéraires de trois jeunes LGBT en Bourgogne

Publié le Mis à jour le
Écrit par Gaël Simon
Lionel, Axelle et Basile évoquent tous l'importance du soutien de la famille.
Lionel, Axelle et Basile évoquent tous l'importance du soutien de la famille. © Gaël Simon / France Télévisions

Lionel, Axelle et Basile sont trois jeunes de 20 ans membres de la communauté LGBT en Bourgogne. Respectivement homosexuel, transgenre et pansexuel, ils nous racontent leur parcours.

Ce sont des sigles que l'on voit régulièrement, sans pour autant connaître toutes les subtilités qu'ils recouvrent. LGBT, soit les lettres utilisées afin de désigner les personnes homosexuelles, bisexuelles, transgenre, queers ou encore asexuelles. Une notion qui détermine autant l'orientation sexuelle que le genre. Afin d'en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre de trois membres de cette communauté en Bourgogne.

Lionel, un jeune homosexuel de 21 ans qui vit à Dijon (Côte-d'Or). Axelle, une transgenre de 20 ans, également installée à Dijon. Et Basile, un pansexuel du même âge qui a longtemps habité à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). Ils nous décrivent leur parcours respectif et les difficultés auxquelles ils ont été confrontés.  

Lionel, homosexuel : "j’ai compris qu’il fallait être soi-même"

Posé sur un banc du parc de la Toison d’Or à Dijon, ville où il a toujours vécu, Lionel est l’exemple type du jeune homme bien dans ses baskets. À 21 ans, il assume totalement son homosexualité et est parfaitement intégré socialement. Cet étudiant en première année d’un master de commerce est engagé dans plusieurs mouvements associatifs et monte déjà sa propre entreprise.

Prolixe et chaleureux, il raconte avec sincérité son enfance et ses premières interrogations sur son orientation sexuelle. "Avec du recul, je peux dire que je l’ai toujours su. Il y avait des signes précurseurs. Quand j’étais à la cours de récréation, tous les garçons parlaient des filles et moi je me demandais pourquoi je voulais plutôt être avec un garçon et pas avec une fille".

Mais dans un milieu social où l’hétérosexualité est la norme, Lionel ne pose pas de conclusion sur ses sentiments. Il se fait même quelques petites amies. "Il n’y avait rien de sentimental. Ce que je faisais avec mes copines, je voulais le faire avec un garçon", confie-t-il.

Alors en grandissant, Lionel effectue quelques recherches et prend conscience de sa nature profonde. Il est homosexuel, et dès ses 13 ans, il fait son coming out à ses amis puis sa famille, en commençant par sa grand-mère. "Il y a eu le temps de l’acceptation puis de la révélation. Je me suis assumé tel que j’étais".

Ma grand-mère m’a sorti une phrase mythique : 'c’est comme les canapés, il y en a dans toutes les familles' Ça m’a rassuré puis j’en ai parlé à mes parents.

Lionel

étudiant en école de commerce

Comme leur propre fils, les parents de Lionel passent eux-aussi par une période de doute et de silence avant d’accepter son orientation sexuelle. "C’est un sujet dont on ne parlait pas. Ça a été difficile à vivre. On m’a dit ‘tu n’as pas essayé avec une fille, tu ne peux pas savoir’. Au fil du temps, ils ont accepté. En tant que parents, on a tendance à penser qu’un enfant est hétéro. C’est un bouleversement pour la famille de voir que les plans changent. Mais ensuite, on voit le bonheur que ça apporte et c’est naturel".

Le jeune homme de 21 ans a d’ailleurs présenté plusieurs de ses partenaires à ses parents et les informe sur certaines thématiques LGBT. "Aujourd’hui, il n’y a plus de tabou, ils sont intéressés par les droits dans les autres pays, posent des questions sur la GPA. Ils ont vu que j’étais heureux, épanoui".

S’il n’est pas confronté à des problèmes dans le milieu universitaire, Lionel a tout de même subi les moqueries et les mots parfois violents de certains camarades au collège et au lycée. "On nous colle des étiquettes, sur tout ce qui est lié aux pratiques sexuelles. Dans les vestiaires, on pensait que j’avais des regards, alors que pas du tout. C’est assez dégradant et blessant. J’ai vu un changement d’attitude chez certaines personnes. Il y a des personnes qui jugent par rapport à ce genre de choses".

Je ne disais rien, je subissais. Je n’avais pas les épaules assez larges pour m’affirmer

Lionel

Etudiant en école de commerce

Mais arrivé au lycée, Lionel, qui est passionné par le milieu des Drag Queen et des Queers, trouve la force de caractère pour répondre à ceux qui se moquent de lui. "J’en avais marre. Je ne voulais pas entendre ces gens. Je les ai arrêtés, je les ai regardés et je leur ai posé une question sur leur sexualité pour les déstabiliser. Je leur ai dit ‘ce que tu ressens avec ce que je t’ai fait, c’est exactement ce que je ressens’. Je n’ai eu aucun problème ensuite".

Il arrive tout de même encore au jeune homme de subir le regard des autres. "Ce degré d’immaturité, je le retrouve chez certains adultes qui ne sont pas ouverts d’esprit et qui collent des étiquettes. Certains sont fermés à la discussion et pensent que c’est inacceptable".

Mais cela n’empêche pas le jeune homme de s’assumer. "Je n’ai pas de filtre. Je n’ai pas de honte", conclut-il dans un sourire.

Axelle, transgenre : "on pourrait penser que c’est un effet de mode, mais c’est une souffrance interne"

Accompagnée de son chien et de son chat, Axelle nous accueille au début du mois de novembre dans son petit appartement étudiant, aux murs recouverts par les posters de Queen et Pink Floyd. La jeune femme de 20 ans détaille pendant plusieurs minutes sa transition. Née garçon, la Côte-d’Orienne se sent femme dès son enfance, à l’âge de 5 ans.

"Ce sont des choses que l’on ressent au fond de soi. On pourrait penser que c’est superficiel, un effet de mode, mais c’est une souffrance interne. Dès petite, il y avait quelque chose qui n’allait pas quand je me regardais dans le miroir. Je me demandais si ce que j’avais en bas allait tomber, pourquoi ma poitrine ne poussait pas, pourquoi ma voix changeait", décrit cette étudiante en médecine et en licence d’anglais.

Cela peut pousser certaines personnes à la dépression, au suicide. C’est vraiment très dur

Axelle

Etudiante en anglais et en médecine

Pédagogue, la jeune femme raconte les conséquences du mal-être qu’elle a ressenti pendant de longues années. "Je suis tombée en phase de dépression. J’avais des angoisses. J’ai pris beaucoup de poids. Il y a un an, je faisais 156 kg, j’en fais 97 actuellement".

Axelle se masculinise également au maximum pour tenter de rompre son malaise. "On essaye de se brider. Mais ça a été un cauchemar. Ça a amplifié ma dépression. Je ne savais même plus ce que je faisais. J’ai eu des échecs scolaires, c’est un engrenage", raconte Axelle qui rêve désormais de devenir neurochirurgienne pour participer notamment à la recherche sur les maladies d’Alzheimer et Parkinson.

Pour avancer, la jeune femme a été suivie par un médecin psychiatre. Elle a alors fait son coming out il y a un an à ses amis, avant d’informer sa famille en avril dernier. "J’étais à bout de nerfs. J’ai tout lâché ! Ça m’a fait du bien au moral", décrit celle qui travaille également dans le milieu de la restauration. Axelle évoque avec émotion le soutien de sa grand-mère, attentive et bienveillante très rapidement. "C’est la première qui m’a tout de suite genrée au féminin et a adopté mon nouveau prénom", raconte-t-elle, un grand sourire aux lèvres.

"Mes parents eux se faisaient du souci pour moi. Que je sois une femme, ce n’est pas un problème. Ma mère a peur du regard des autres. Mais maintenant j’ai mon studio, j’étudie, je travaille, j’essaie de lui montrer que j’ai une vie normale". Seule réaction violente, celle d'un membre de sa famille auquel Axelle ne parle désormais plus.

C’est une chance d’avoir de telles réactions. Je ne comprends pas pourquoi on rejette son enfant juste pour ça

Axelle

Etudiante en anglais et en médecine

Soutenue par ses proches et sa famille, Axelle s’est alors lancée il y a 4 mois dans sa transition physique. "Je m’applique chaque jour du gel à base d'œstrogène sur mes avant-bras. Ce sera jusqu’à la fin de ma vie. Il ne faut pas prendre tout ça à la légère. Ça vous change. On peut avoir des moments de stress, c’est un chamboulement psychologique. C’est important d’être entouré car on peut se sentir très seule. Si je l’avais fait seule, je pense que ça aurait vraiment été compliqué". Le traitement de la jeune femme est par ailleurs pris en charge par la Sécurité sociale.

Mais sa transition physiologique se double également d'une transition administrative. Axelle a d’abord changé son prénom auprès de sa mairie. Elle attend désormais que soit inscrit sur sa carte identité le fait qu’elle est une femme. Pour cela, il faut faire une demande au tribunal. Un juge examine le dossier fourni et peut organiser une audience avant d’accepter ou non le changement de sexe sur le plan administratif. "La mention de genre en dit long. Ça montre que pour la société, je suis une femme. Je sais que c’est un besoin qu’il y ait écrit madame".

En France, 15 000 personnes seraient transgenres selon l’association ORTrans (Objectif Respect Trans).

Basile, pansexuel : "on ne classe pas les personnes dans des cases. On aime tout le monde" 

C’est une réalité parfois difficile à décrire : la pansexualité. Si l’on en croit Basile, jeune homme de 20 ans qui a longtemps vécu à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), cette orientation se caractérise par une sexualité sans frontière. Au-delà du genre, ce qui compte, c’est l’individu et sa personnalité.

"On ne classe pas les personnes dans des cases. J’aime tout le monde. Je suis attiré par la personne et non pas le sexe. Les bisexuels, eux, aiment les hommes et les femmes. Les pansexuels sont des personnes qui aiment les hommes, les femmes, les transgenres, les non-binaires", liste Basile. Logique, quand on sait que le préfixe "pan" signifie "tous" en grec.

Mais pour le garçon de 20 ans, cette orientation sexuelle n’a rien d’évident au départ. Se considérant d’abord comme bisexuel, c’est au fil du temps que se détermine sa pansexualité. "Je l’ai su au lycée. J’avais une amie qui l’était. En la voyant, j’ai su", raconte-t-il.

Basile fait finalement son coming out dès ses 16 ans. Presque par hasard, après avoir caché la réalité à ses parents un certain temps. "Ce n’était pas un besoin. J’allais régulièrement chez un ami. C’est mon père qui m’accompagnait. Il m’a demandé si c’était mon petit ami. Pendant un an, je lui disais que non. Et un jour, je lui ai lâché le morceau. Je me sentais de lui dire à ce moment".

J’ai un grand-frère de 24 ans, ça ne se passe pas super bien

Basile

en recherche d'emploi

Si Basile explique que la situation est désormais saine, ses parents et notamment son père, ont mis du temps à digérer la nouvelle. "Mon père ne l’a pas bien pris tout de suite", souffle-t-il. Mais la relation entre le jeune homme et son frère aîné est toujours aussi tendue malgré les années qui passent. "Ça ne se passe pas super bien. Il est macho sur les bords. Il fait des réflexions homophobes. Ca me passe au-dessus. J’ai appris à surmonter ça".

Une capacité à faire abstraction qui s’est développée au fil du temps. Moqué et insulté durant sa scolarité, Basile a dû interrompre sa formation dans le milieu de la cuisine. "Je me suis fait harceler de la sixième à la quatrième et au lycée. Ça ne parlait pas directement de ma sexualité. C’était des moqueries, des réflexions. Quand on est jeune, on ne comprend pas tout, on le prend mal. Mais maintenant, je m’assume", explique-t-il tout en indiquant être encore confronté aux insultes dans son village. "J’ai droit à des 'sales PD', des réactions comme ça. Ça ne me touche plus".

En France, une agression LGBTphobe a lieu tous les trois jours selon les chiffres de SOS homophobie.

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