TEMOIGNAGES. "Sans public, il n'y a plus rien qui me nourrit !" les artistes privés de scène

La crise sanitaire a touché de plein fouet le monde du spectacle vivant : annulation de concerts, spectacles, représentations théatrales... Comment cette crise est-elle vécue par les acteurs du spectacle vivant,qui, pour certains, coupés du public depuis 6 mois ?
Une servante allumée sur la scène du théâtre de Mulhouse La Filature (image d'illustration)
Une servante allumée sur la scène du théâtre de Mulhouse La Filature (image d'illustration) © PHOTOPQR/L'ALSACE/Darek SZUSTER
Ils sont comédiens de théâtre, d'improvisation, de stand-up, musiciens d'orchestre... Des métiers artistiques en connexion avec le public. Certains ont pu reprendre la scène et les représentations au moment du déconfinement en mai, mais d'autres renouent avec le public uniquement maintenant, fin août 2020.

"J'ai eu de la chance"

Valentin Clerc est comédien depuis 3 ans, il est issu de l’Ecole Supérieure d'art dramatique de Saint Etienne.
Co-fondateur d’une compagnie, les "800 litres de Paille", basée à Nolay (Côte-d'Or), Valentin a vu certains de ses projets stoppés net, dont une tournée d’une pièce de Molière, prévue pour une scène nationale en Normandie.
Pendant le confinement où il a fallu gérer reports et annulations de spectacles, Valentin avoue ne pas s’être "senti propice à la création, à vraiment crééer une pièce».
Sur l'aspect plus financier, Valentin estime "avoir eu de la chance" : « Je devais jouer des spectacles au mois d’avril, ils ont été annulés mais j’ai quand même été payé. J’avais aussi renouvelé mon statut d’intermittent, qui m’a permis de tenir financièrement »
 

"Sans public, il n'y a plus rien qui me nourrit"

Le comédien Edouard Waminya a vu son activité de spectacles s'arrêter brutalement.
"Eddy" se définit comme "plutôt comédien d’improvisation. L’improvisation, ça fonctionne avec le public. Il y a une sollicitation directe [...] Suivant leur réaction, la pièce peut être différente, le public est prêt ou a envie de recevoir. Je n’ai plus cette connexion, j’ai besoin d’être acteur pour avoir ce retour. C’est étrange car cela a déclenché une grosse inquiétude, suis-je toujours comédien...?"
Edouard a pu compenser son éloignement de la scène avec ses autres activités de conseil en entreprises (actions de management), mais il a ressenti un manque : "J'entretiens cette passion par le jeu régulier et, sans public, il n’y a plus rien qui me nourrit."
Le comédien d'improvisation est assez critique vis-à-vis de la distanciation sociale dans les salles : "Avec des groupes de public éparpillés dans une salle, l’émotion est difficile à partager. Quand le public est regroupé, j’arrive à recréer du contact. [...] Je suis là pour donner de l’émotion, et ça va être compliqué de la faire passer." 

"Enfin on vous retrouve !"

Pour Anne Mercier, violoniste solo de l'orchestre Dijon Bourgogne, «le travail de l'instrument est nécessaire, je n'ai jamais arrêté. [...] Etre en formation d’orchestre, cela m’a manqué. Le travail de groupe, l’esprit collectif, c’est un peu comme une équipe sportive, il y a l’habitude, ça fait partie de notre vie. Ne pas jouer en groupe, il ne faut pas que ça dure trop longtemps, et au niveau cohésion de l’ensemble, il faudra remonter la pente. »
En face de l’orchestre, il y aussi le public, absent. Et lorsque Anne Mercier évoque les retrouvailles avec le public lors d’ateliers-concerts cet été en Franche-Comté, elle est catégorique : « J’ai ressenti personnellement l’attente du public, avec des spectateurs qui nous ont dit « enfin on vous retrouve ! » 
Anne conclut que la situation actuelle est "incompréhensible" : "C’est injuste, je ne vois pas ce qui empêche de faire des concerts actuellement : il suffit qu'on diminue la jauge, et on organise plus de concerts pour toucher le public concerné."

"La coupure avec le public, c'est douloureux"

Matthieu Denis est comédien de stand-up, basé à Pernand-Vergelesses (Côte-d'Or). Il est un de ceux qui est resté le plus éloigné de la scène. Il a repris le vendredi 21 août, pour une représentation dans un lieu privé, après quasiment 6 mois sans être monté sur scène.
Pendant toute cette période, Matthieu évoque la grande communauté des artistes : "On se soutient les uns les autres, il y a eu un soutien entre artistes. J’ai écrit des petites fables pendant ce temps et alimenté ma chaîne Youtube."
Au-delà de difficultés financières, Matthieu résume ce qui lui a manqué le plus : "La coupure avec le public, c’est douloureux. Ça m'a manqué. Il faut réanimer tout ça, il faut redonner envie."
Si certaines de ses dates ont été reportées pour l'automne, d'autres le sont "a priori en 2021, ce qui est loin".
Encore beaucoup d'incertitudes demeurent pour Matthieu, à savoir "comment pratiquer notre métier dans les conditions sanitaires actuelles ?"

 
Les représentants du spectacle vivant ont rencontré la Ministre de la Culture Roselyne Bachelot mercredi 19 août
Les représentants du spectacle vivant ont décrit la Ministre "à l'écoute", soucieuse de "la reprise" d'activité, soit un "motif d'espoir" dans le contexte sanitaire actuel, le 19 août.
"Mme Bachelot a bien compris notre point de vue, c'est un motif d'espoir : pour nous, la distanciation impose des jauges trop dégradées, nous devons avoir des jauges à 85%." a rapporté auprès de l'AFP Malika Séguineau, du Prodiss.
Le Prodiss, première organisation patronale du spectacle musical dans le privé a demandé "à faire évoluer les règles sanitaires", en abandonnant par exemple, quand c'est possible, la distanciation avec en contrepartie un port du masque obligatoire.
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