Dijon : les dessous de l'arrivée d'un nouveau tableau au Musée des Beaux-Arts

C'est une huile sur toile de 110 cm de haut et de 85 cm de large. Une oeuvre majeure du 17e siècle. La Société des Amis des Musées de Dijon l'a acquise en 2018, grâce à un legs, pour en faire don au Musée des Beaux-Arts.
« Vénus dans la forge de Vulcain », huile sur toile de Jean Jouvenet (1644-1717) - Galerie Jean-François Heim - Bâle
« Vénus dans la forge de Vulcain », huile sur toile de Jean Jouvenet (1644-1717) - Galerie Jean-François Heim - Bâle © Société des Amis des Musées de Dijon
C'est dans la très belle Salle des Etats, au Palais des Ducs de Bourgogne, que ce tableau va être officiellement remis à la ville de Dijon. La cérémonie va durer toute la matinée. 
Plusieurs intervenants vont contribuer à mieux faire connaître l'histoire et le parcours de cette oeuvre.

Mais pour commencer, un hommage sera rendu à René Dupoix, décédé en 2015. Car c'est grâce à lui que ce tableau entre aujourd'hui dans les collections du Musée des Beaux-Arts de Dijon.

Membre de la Société des Amis des Musées de Dijon (SAMD), il en a été l'un des administrateurs. Il en est aussi l'un des bienfaiteurs.
 

Un legs exceptionnel

René Dupoix a légué à la SAMD l'appartement dans lequel il vivait à Dijon. Un legs assorti d'une volonté : qu'à sa mort, la vente de cet appartement permette d'acheter une oeuvre majeure du 18e siècle pour en faire don au Musée des Beaux-Arts.

Après son décès en 2015, cette vente a rapporté la somme de 270 000 euros. La SAMD, s'est mise en quête d'une oeuvre. Une prospection lancée en collaboration avec les conservateurs des musées.

Leur choix s'est porté sur un tableau qui a été réalisé vers 1699 par Jean Jouvenet. Un artiste né en 1664 à Rouen, passé par les ateliers de Charles Le Brun à Paris.

Décorateur, portraitiste, son talent et sa réputation l'ont amené à participer aux chantiers royaux dont ceux du Château de Versailles. Peintre de Louis XIV, il est aussi connu pour ses oeuvres religieuses.
 
« Vénus dans la forge de Vulcain » (détail) -  huile sur toile de Jean Jouvenet (1644-1717) - Galerie Jean-François Heim - Bâle
« Vénus dans la forge de Vulcain » (détail) - huile sur toile de Jean Jouvenet (1644-1717) - Galerie Jean-François Heim - Bâle © Société des Amis des Musées de Dijon
 

Un parcours compliqué

Inspiré d'un sujet mythologique tiré de l'Enéïde, le tableau " Vénus dans la forge de Vulcain" a une histoire mystérieuse. Signalé comme perdu, il a réapparu dans un salon en 1704 avant que l'on perde à nouveau sa trace, faisant probablement partie d'une collection particulière.

En mars 2018, il a été repéré et signalé à la SAMD, alors qu'il était exposé par la galerie Jean-François Heim, dans un salon international des antiquaires à Maastricht. Mais avant toute chose, la procédure a commencé par des expertises approfondies.

Le tableau a été examiné dans les laboratoires du Centre de recherches et de restauration des musées de france afin d'être authentifié, certifié.

L'achat définitif a été conclu en février 2019. Le tableau a été ensuite restauré, puis livré à Dijon, fin 2019.  
 
"Vénus dans la forge de Vulcain" (détail)- huile sur toile de Jean Jouvenet (1644-1717) - Galerie Jean-François Heim - Bâle
"Vénus dans la forge de Vulcain" (détail)- huile sur toile de Jean Jouvenet (1644-1717) - Galerie Jean-François Heim - Bâle © Société des Amis des Musées de Dijon


La S.A.M.D. : plus de 370 oeuvres acquises pour les musées de Dijon

Créée en 1925, la Société des Amis des Musées de Dijon s'est donné la mission d'enrichir les collections du musée, de sauvegarder les richesses artistiques de la Bourgogne, et d'organiser des conférences. Cette mission a été redéfinie en 1975 pour devenir plus large. A savoir :  promouvoir et enrichir les collections de l’ensemble des musées dijonnais y compris le musée Magnin qui est un musée national. 

La principale source de financement pour les acquisitions en faveur du musée reposait alors sur les cotisations des adhérents au nombre de 500 à 800. Jusqu'en 2018, s'ajoutaient les sommes perçues par les librairies-boutiques des musées qui étaient reversées dans les ressources destinées aux acquisitions.

Aujourd'hui, la S.A.M.D. ne peut plus compter que sur ses propres réserves, les cotisations de ses adhérents, les dons, et le mécénat.

Le legs qui a permis l'achat du tableau de Jean Jouvenet est exceptionnel.

Depuis le début de son existence, plus de 370 oeuvres ont été acquises par la S.A.M.D. parmi les plus remarquables on peut citer une peinture du 18e siècle "L'action" de Jean-François Colson qui est venue compléter son pendant "Le repos" qui depuis longtemps aux collections du musée des beaux-arts de Dijon.

On peut citer également un couple de statues de bronze, Mercure et Rosmerta, des divinités gallo-romaines exposées au Musée Archéologique de Dijon. Au Musée de la Vie Bourguignonne, un tableau " Les gloires de la Bourgogne". Il y a aussi " Le gorille" au Jardin des Sciences. Au Musée des Beaux-Arts, le tableau " Tobie et l'ange " de Jean Tassel, et les " Marabouts "d'Emmanuel Freniet ",  bronzes argentés et dorés sur socle de marbre noir.
 
"L'action" de Jean-François Colson
"L'action" de Jean-François Colson © Musée des beaux-arts de Dijon


Les acquisitions du musée des Beaux-Arts

Les toutes premières acquisitions du Musée des Beaux-Arts de Dijon sont liées à sa création. Car ce musée fut d'abord une école de dessin. Créée en 1767 par François Devosge, elle était associée à un Muséum qui présentait des oeuvres d'art utiles aux élèves.

Envoyés en Italie pour étudier et participer au Grand Prix de Rome, ils rapatriaient leurs oeuvres à Dijon. C'est ainsi que s'est constituée la première collection du Musée des Beaux-Arts, avec des tableaux d'après de grands maîtres italiens et des statues copiées d'antiques. 

Cette collection s'est enrichie ensuite des saisies révolutionnaires. En 1799, des oeuvres provenant des collections confisquées dans les établissements religieux et chez les émigrés de l'aristocratie, ont rejoint le Musée des Beaux-Arts. Le choix des oeuvres retenues et leur installation furent confiés à François Devosge.

Au début du 19e siècle, c'est la volonté de l'Etat de doter les musées de toiles de maîtres français et étranger. Elles viennent étoffer les collections afin que les musées de province deviennent des "petits Louvre". L'objectif étant de renforcer leur vocation encyclopédique auprès des populations.

A partir de 1850, aux dépôts de l'Etat s'ajoutent des dons et des legs d'artistes et de collectionneurs privés. On peut citer entre autres les amateurs d'art Grangier, une grande famille dijonnaise dont une place du centre-ville de Dijon porte le nom. Le musée doit beaucoup aussi à des donateurs plus modestes, dont le nombre est impressionnant : près de 700 noms figurent sur les inventaires du musée entre 1799 et 1999.

Une des dernières donations, en trois fois (1995, 1998, 1999), est celle de Pierre et Kathleen Granville. Essentiellement des oeuvres d'art moderne. 
 
Le Musée des Beaux-Arts de Dijon se trouve dans un palais urbain au coeur de la cité
Le Musée des Beaux-Arts de Dijon se trouve dans un palais urbain au coeur de la cité © Seppia & Faites un voeu


Le choix des conservateurs

Régulièrement les musées achètent des oeuvres co-financées par des subventions versées par le Fonds Régional d'Acquisition des Musées, des dotations de l'Etat et de la Région (sous certaines condition et à hauteur de 40 à 50%). Les musées disposent également de leurs fonds propres, un "fond d'acquisition".

Les oeuvres doivent correspondre à des critères de recherche. Les oeuvres peuvent être variées mais leur recherche doit être justifiée. Elles doivent répondre à un haut niveau de qualité, et à Dijon elles doivent enrichir la représentation des artistes bourguignons ou s'inscrire dans une collection. 

Aujourd'hui le Musée des Beaux-Arts de Dijon possède 131 000 oeuvres dont 1600 sont exposées dans les salles du musée. Parmi ces 131 000 œuvres, il y a 70 000 feuilles d’art graphique (dessins et gravures).
 

Des acquisitions à découvrir

A partir de mars 2020, une sculpture de Jean Auguste Barre (1811-1896) sera présentée pour la première fois au Musée des Beaux-Art dans la salle "Le goût de l'histoire". Achetée lors d'une vente publique à Paris, elle a été acquise en juin 2019 pour une somme totale de 6 300 euros.

Il s'agit d'une statuette de 60 cm de hauteur " Marie de Bourgogne partant à la chasse au faucon". Une oeuvre réalisée dans la période 1840-1844.
 
Marie de Bourgogne partant à la chasse au faucon - Photographie de Jean-Auguste Barré (1811-1896) -
Marie de Bourgogne partant à la chasse au faucon - Photographie de Jean-Auguste Barré (1811-1896) - © Musée des Beaux-Arts de Dijon

 
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