"On a l'épée de Damoclès au-dessus de la tête" : les Ehpad redoublent de vigilance pour éviter un retour du Covid-19

Plusieurs Ehpad ont dû reconfiner leurs résidents après des cas positifs de Covid-19. D'autres, qui ont pour l'instant échappé à l'épidémie, redoublent de vigilance pour limiter au maximum les risques de contamination. "Si on devait refermer de nouveau, on est prêt", nous explique-t-on.

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Archives. © Guillaume Bonnefont / MAXPPP
Alors que le nombre de cas positifs au coronavirus augmente, certaines maisons de retraites ont été contraintes de reconfiner leurs résidents. C'est le cas par exemple à Digoin en Saône-et-Loire, où les visites sont suspendues à l'Ehpad des Opalines après la découverte d'un cluster. On y déplore deux décès et trois personnes hospitalisées. La campagne de dépistage engagée sur place a mis en évidence la contamination de 15 résidents sur 39. Lors de la première vague de l'épidémie, cet Ehpad comme les deux autres de la commune avaient été épargnés par le coronavirus. 

À Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes, dans l'Yonne, le coronavirus est pour l'instant resté à la porte de l'Ehpad Bois-Lancy. C'est là où, au plus fort de l'épidémie, le personnel avait décidé de se confiner volontairement avec les 72 résidents. "En date du 29 mars, on a constitué deux équipes. La première est restée quinze jours à dormir avec les résidents de l'établissement. Et la deuxième équipe a pris le relais sur la deuxième quinzaine", raconte Sonia Vast, la directrice. "On a eu quasiment 70% du personnel qui est resté confiné. C'était essentiellement des infirmières, des aides-soignantes et puis un membre de la direction dans chaque équipe".
 

Quand on a eu le pic de l'épidémie en France, nous étions relativement protégés parce qu'on vivait en autarcie avec les résidents dans la structure. 

Sonia Vast, directrice d'Ehpad


"Si on devait refermer de nouveau, on est prêt"

Depuis, le confinement a été levé et les portes de l'établissement icaunais ont pu rouvrir en juin. Mais des consignes strictes ont été mises en place. Outre le port du masque et le lavage des mains, les visiteurs doivent venir sur rendez-vous et il ne leur est pas possible d'aller en chambre. "On a aménagé deux salons à l'entrée du bâtiment, ça nous permet de nous assurer que les mesures barrières sont bien respectées, que le port du masque est bien maintenu", détaille la directrice. Après le départ des visiteurs, le mobilier est entièrement désinfecté.

Depuis le mois de juin, le protocole n'a pas changé. Il n'est pas question pour l'instant de restreindre les visites. "Tant qu'on n'aura pas la recommandation de fermer les portes, je laisse les visites comme elles le sont aujourd'hui. C'est quand même important que les résidents aient une vie familiale. L'année est compliquée", indique Sonia Vast. "Les personnes qui viennent visiter sont très sérieuses et ont bien pris en considération tout l'engagement que nous avions pris d'avoir dormi sur site."
 

Je ne sais pas comment les semaines à venir vont se dérouler. Les équipes sont formées. Si on devait refermer de nouveau, on est prêt. On est capable de réagir en l'espace de quelques minutes.

Sonia Vast, directrice d'Ehpad


À Dijon, à l'Ehpad Les Cassissines, un petit tour de vis a été donné le 9 septembre. Alors que la visite en chambre était possible pendant quelques temps, il faut désormais se contenter des espaces communs. "De nombreux dysfonctionnements ont été constatés", justifie Lorène Badet, la directrice de l'établissement qui appartient au groupe Korian.

Les horaires de visite ont cependant été élargis. Avant le 9 septembre, c'était possible de 14 à 17h en semaine et de 14h à 16h le week-end. Désormais, les visiteurs peuvent venir entre 13h et 18h tous les jours. "Le but est vraiment de garder la liberté des résidents et des familles, tout en maintenant la prévention et en les protégeant du Covid", ajoute Lorène Badet.

Les sorties temporaires des résidents sont déconseillées. "Si toutefois les familles voulaient sortir leur résident, elles le pourront. Cependant il sera considéré à son retour comme un nouvel arrivant. Donc il aura un dépistage à son arrivée, un autre cinq jours après et il sera mis en confinement en chambre sept jours", explique la directrice.
 

On ne sait pas ce qu'il se passe à l'extérieur, c'est beaucoup trop dangereux. Les chiffres montent, on le voit. On ne peut pas prendre de risque pour un résident et mettre en danger 86 résidents et nos salariés.

Lorène Badet, directrice d'Ehpad


"On a forcément l'épée de Damoclès au-dessus de la tête"

Port du masque, lavage des mains, signature d'un registre et d'une charte par les visiteurs et prise de température : les mesures sont strictes mais elles sont là pour éviter un reconfinement. "Je n'espère pas en arriver là. Ce serait dramatique pour tout le monde. Aussi bien pour nos résidents, que pour les familles ou pour nos salariés. On y pense. On a forcément l'épée de Damoclès au-dessus de la tête, mais c'est vraiment en faisant de la prévention auprès des familles, auprès des résidents, qu'on arrivera à garder le virus à l'extérieur", indique Lorène Badet. Pour l'instant, l'établissement dijonnais n'a subi aucune contamination au Covid-19.

Dans plusieurs métropoles, les contraintes sanitaires sont durcies. À Lyon, les visites ont été réduites à deux personnes par résident et par semaine. À Marseille, la limite est fixe à deux visites par jour. Le maire de Nice, Christian Estrosi, a lui choisi de stopper toute visite dans les Ehpad municipaux.

Le président de la République Emmanuel Macron a assuré mardi 22 septembre ne pas vouloir "isoler à nouveau nos aînés", lors d'une visite dans un Ehpad du Loir-et-Cher. Il a promis une loi "ambitieuse", au début de l'année prochaine, pour répondre aux difficultés du secteur.

"Nous allons accompagner les responsables d'établissements pour que des règles soient édictées qui permettent justement une réaction proportionnée" face à l'épidémie, a déclaré le président à l'issue de sa visite. Il faut permettre aux personnes âgées de "continuer à voir la famille, celles et ceux qu'on aime, et continuer à avoir […] un minimum d'activité, de continuer à avoir des interactions parce que c'est aussi cela la vie", a-t-il poursuivi.
 
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