Terrot, Pernot, Choillot, SEB, Pétolat, SOMUA, Belorgey, Ruinet, Houdart...  Les noms de ces entreprises ont fait les beaux jours de l'industrie côte-d'orienne. Peu d'entre elles existent encore. Une très belle exposition retrace leur histoire aux Archives départementales. 

Poussez la porte des archives départementales !

C'est un passionné d'industrie, Dimitri Vouzelle, professeur agrégé au lycée Charles-de-Gaulle de Dijon, docteur en histoire, en charge du service éducatif des archives départementales de la Côte-d'Or et auteur d'une thèse sur le sujet, à qui l'on doit cette exposition. Il a fait un énorme travail de recherche pour la mise en valeur de ce formidable patrimoine. 

Parmi les documents et les objets exposés, beaucoup sont des prêts temporaires. D'autres sont des archives privées déposées aux Archives départementales. Ce sont donc des documents que l'on a rarement l'occasion de voir, concernant des entreprises qui dès la seconde moitié du 19e siècle ont été des fleurons industriels de notre département. En voici un aperçu.
Dimitri Vouzelle, docteur en histoire, à qui l'on doit cette exposition. / © France 3 Bourgogne
Dimitri Vouzelle, docteur en histoire, à qui l'on doit cette exposition. / © France 3 Bourgogne

Pétolat, Terrot, Choillot, Pernot, SEB, La Cotonnière de la Côte-d'Or, SOMUA, Wormser, Louvroil-Montbard-Aulnoye, Bellorgey, Ruinet, Vallat, Houdart...

Ces entreprises, paternalistes pour la plupart, logeaient, éduquaient et formaient leurs ouvriers, créant ainsi un lien quasiment indéfectible entre le salarié et son travail. On entrait dans ces entreprises pour y rester toute sa vie. Souvent plusieurs membres d'une même famille travaillaient chez le même employeur. De génération en génération, elles ont fourni de l'emploi à des milliers de personnes en Côte-d'Or. 

Au plus fort de leur activité, il était inimaginable que ces entreprises puissent un jour disparaître. Pourtant, beaucoup se sont retrouvées en difficulté dans la période de forte expansion économique qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Le développement de la concurrence, le matériel vieillissant, le manque d'investissements les ont obligées à faire des choix stratégiques : licenciements, fusion avec d'autres entreprises... qui n'ont pas suffi à les sauver du déclin. C'est ainsi qu'ont disparu la plupart de ces grands noms.
 

SEB, un fleuron inoxydable !

Commençons par la plus emblématique, la plus connue, de ces entreprises : SEB (la Société d'Emboutissage de Bourgogne). Elle a su évoluer et se battre face à la concurrence pour rester à la pointe de l'innovation. Un groupe international dont l'histoire a commencé en 1857, à Selongey, très modestement puisqu'il s'agissait au départ d'un simple atelier de ferblanterie.

De père en fils, l'atelier est devenu une usine qui n'a cessé de grandir.  Elle a réussi à traverser les remous du Front populaire et les heures sombres des deux guerres mondiales,  jusqu'à son ascension vers la renommée mondiale qu'on lui connaît aujourd'hui. 
 
Gravure de la ferblanterie à Selongey en 1900  / © Fonds SEB
Gravure de la ferblanterie à Selongey en 1900 / © Fonds SEB

La société anonyme Pétolat comptait environ 500 ouvriers au début des années 1920. 

Qui se souvient de Pétolat ?


Cette entreprise familiale, locomotive de l'industrie mécanique à Dijon, se trouvait au nord de la ville où elle occupait de vastes terrains. Deux emplacements : l'un avenue du Drapeau, l'autre le long de la route de Ruffey (aujourd'hui, l'avenue de Stalingrad).

Fondée en 1883 par Alfred Pétolat, l'entreprise était spécialisée dans la fabrication de matériel de chemins de fer et tramway, et de matériel de voie étroite en particulier pour les établissements miniers. 

Elle équipait de nombreuses compagnies de chemin de fer en métropole et dans l'Empire français. Elle possédait des bureaux à Paris, à Alger, ainsi que dans les grandes villes (Marseille, Lille, Lyon).
Catalogue de l'entrepise Pétolat - 1931 / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADC0,1 JO 65
Catalogue de l'entrepise Pétolat - 1931 / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADC0,1 JO 65

Les premiers ennuis financiers commencent dans les années 1960. Après avoir fusionné avec une autre entreprise, Boilot, spécialisée dans les engins de levage, Pétolat change de production. Elle fabrique des grues. Mais, de licenciements en rachats, l'aventure industrielle de Pétolat se termine dans les années 1970.
 
Catalogue de l'entreprise Pétolat - 1931 / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADCO,1JO 65
Catalogue de l'entreprise Pétolat - 1931 / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADCO,1JO 65

Elle est chouette, ta Choillot !

Si vous savez ce qu'est une Choillot, c'est que vous êtes un vrai Côte-d'Orien ! Le nom de la marque était synonyme de l'objet.

Une Choillot c'est une remorque, du nom de l'entreprise qui la fabriquait. Plus exactement qui LES fabriquaient car il y en avait différents modèles dans le catalogue de l'entreprise. Créée en 1930, l'entreprise Choillot frères est devenue la Maison Choillot en 1936, puis en 1939, la Société Choillot.
Les remorques et poussettes Choillot pouvaient supporter jusqu'à 350 kilos de charge. / © Fonds M.-T.Boutry-Choillot - Archives Départementales de la Côte-d'Or - ADCO
Les remorques et poussettes Choillot pouvaient supporter jusqu'à 350 kilos de charge. / © Fonds M.-T.Boutry-Choillot - Archives Départementales de la Côte-d'Or - ADCO

Rapidité Economie : Le plus important progrès réalisé dans le petit transport

Sur l'un des documents, l'histoire de la Choillot de 1925 à 1996, on peut lire : "le seul véhicule portant jusqu'à huit fois son poids de marchandises". La production de la Société Choillot a atteint son apogée dans les années 1950. 

L'exposition des Archives départementales donne beaucoup de place à cette entreprise grâce aux prêts de documents publicitaires, affiches et extraits de catalogue. Il y a aussi quelques remorques, dont une que l'on peut voir attelée à une moto, ce qui se faisait beaucoup à l'époque.

 

Elle est chouette (aussi) ta Terrot !

À Dijon, personne n'a oublié les heures glorieuses de l'entreprise Terrot, dont les bâtiments immenses sont toujours visibles boulevard Voltaire à Dijon.

Fondée en 1187, elle a fabriqué d'abord des machines à tricoter avant de se lancer dans la production de bicyclettes, puis de motos à partir des années 1920.

Terrot a aussi fabriqué des landaus, production interdite en 1943 (afin de réserver les matières premières au matériel de guerre) mais qui reprendra après la Libération.

Aujourd'hui l'association ARBRACAM continue à faire rouler des motos Terrot. Des passionnés qui les entretiennent, les bichonnent avec amour. L'association a apporté sa contribution à l'exposition : elle a prêté bien sûr des motos, mais aussi beaucoup d'autres documents. 
 
Les chaînes de production des motos Terrot / © Fonds ARBRACAM
Les chaînes de production des motos Terrot / © Fonds ARBRACAM

Gaufrettes, piou-piou, petit-beurre et autres douceurs...

La manufacture dijonnaise des biscuits Pernot, à Dijon, possédait deux usines. L'une rue de Jouvence et l'autre rue Courtépée (40.00 mètres carrés). Fondée en 1869, elle employait au début du 20e siècle quelque 1 200 ouvriers et ouvrières

C'était une énorme entreprise qui exportait ses produits dans le monde entier avec des comptoirs de vente à Bruxelles, Athènes, Berlin, Vienne, Saint-Pétersbourg, Shangaï, New York

Elle proposait des pains d'épices en tout genre : des nonnettes, des chanoinesses, des pain d'épices santé, des pavés, des glacés, pour n'en citer que quelques-uns. Et une multitude de biscuits avec un choix de conditionnement en paquets, en boîtes spéciales, en paquetage de luxe... 
 
Vue générale des usines Pernot, rue Courtépée à Dijon 1902-1935 / © Archives départementales de la Côte-d'Or- ADCO 56 J 87
Vue générale des usines Pernot, rue Courtépée à Dijon 1902-1935 / © Archives départementales de la Côte-d'Or- ADCO 56 J 87

Cette entreprise a joué un grand rôle pendant la Première Guerre mondiale, fabriquant des biscuits pour les Poilus et oeuvrant pour les blessés hospitalisés à Dijon.

Ses dirigeants, Lucien et Georges Richard, ont créé l'Office central de secours aux blessés. Ils sont également à l'origine du fameux Poilus-Palace qui accueillait les soldats permissionnaires en gare de Dijon.

Une baisse d'activité pendant la Seconde Guerre mondiale et le décès des frères Richard dans les années 1930 a entraîné la biscuiterie Pernot vers son déclin. Elle a disparu à la fin des Trente Glorieuses. 
 

"Wormser Frères et fils", fournisseurs de la Marine et de la SNCF

Autre société industrielle, à  Dijon : les Ateliers de constructions mécaniques de Montchapet "Wormser frères et fils", une grosse entreprise fondée en 1896 qui était implantée rue Nicolas Berthot. Elle fabriquait des machines-outils, en particulier des poinçonneuses-cisailles. Ses principaux clients étaient la Marine et les chemins de fer. 

L'entreprise Wormser, très connue, était présente chaque année à la Foire de Paris. Mobilisée pour l'effort de guerre pendant la Première Guerre mondiale, cette famille d'origine alsacienne, a dû se réfugier en zone libre en 1940 et a été dépossédée de son entreprise pendant la Seconde Guerre mondiale. L'usine a été gérée par administrateur provisoire, puis vendue à des hommes d'affaires de la région parisienne.

Après la Libération, l'entreprise a pu retrouver ses propriétaires légitimes, dont l'un s'était engagé dans la Résistance et y avait pris une part très active. La société Wormser a fonctionné jusque dans les années 1960. 
 
Catalogue des fabrications de l’entreprise Wormser - Années 1930  / © Archives départementales - ADCO, fonds Wormser
Catalogue des fabrications de l’entreprise Wormser - Années 1930 / © Archives départementales - ADCO, fonds Wormser

L'exposition accorde une large place aux heures sombres de la Seconde Guerre mondiale. On peut voir notamment des documents sur le classement des entreprises françaises, les mesures de spoliation en France et les listes des entreprises bourguignonnes qui en ont été l'objet.

Dès 1940, une ordonnance allemande instaurait le recensement de toutes les entreprises "juives". Tous les commerces concernés devaient placarder une affiche sur leur devanture.  
 
Affiche devant être placée sur les vitrines des magasins et des entreprises dont les propriétaires, désignés comme juifs par Vichy et les autorités d'occupation, ont été remplacés par des administrateurs provisoires. / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADCO, 1090 W 38
Affiche devant être placée sur les vitrines des magasins et des entreprises dont les propriétaires, désignés comme juifs par Vichy et les autorités d'occupation, ont été remplacés par des administrateurs provisoires. / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADCO, 1090 W 38

La SOMUA : un des principaux employeur à Semur-en-Auxois

Montzeron, près de Semur-en-Auxois, la Société d'Outillage Mécanique et d'Usinage d'Artillerie (SOMUA) était également l'un des fleurons de l'industrie côte-d'orienne. Fondée en 1835 , la société a été le premier constructeur français de machines-outils.

Elle employait 500 salariés à Semur-en-Auxois. Le déclin a commencé dans les années 1960. Depuis 2009, les 5 000 mètres carrés de bâtiments sont à l'abandon.  
 
Vue de l'usine de Montzeron au début du 20e siècle  / © Bertrand Hugonnard-Roche
Vue de l'usine de Montzeron au début du 20e siècle / © Bertrand Hugonnard-Roche

Quand la Côte-d'Or filait du coton

En Côte-d'Or, on a travaillé le coton à Brazey-en-Plaine, à Trouhans et à Longvic. L'exposition des Archives départementales montre des photos prises à l'intérieur des usines de la Société cotonnière de la Côte-d'or. 

On y voit des ouvrières, longues robes et cheveux remontés en chignons, travaillant dans les usines à l'ourdissage et sur des métiers à tisser.
 
Société cotonnière de la Côte-d'Or à Brazey-en-Plaine - Salle des métiers à tisser / © www.delcampe.net
Société cotonnière de la Côte-d'Or à Brazey-en-Plaine - Salle des métiers à tisser / © www.delcampe.net

Des documents apportent un éclairage sur la lutte ouvrière lors du Front populaire en 1936. Plus d'une cinquantaine d'établissements industriels ont été occupés en Côte-d'Or.

Une grève particulièrement longue à la Société cotonnière de Côte-d'Or où le patron a pris la décision de licencier tout le monde. Pour être ré-embauché, les salariés ont chacun dû signer une lettre de repentance. "Regrettant de nous être mal conduits vis à vis de vous, en nous mettant en grève, nous vous prions de nous pardonner" !
 
Lettre " de repentance" pour être réembauché par la Société cotonnière de la Côte-d'Or - Juillet 1936 / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADCO, 10 M 86
Lettre " de repentance" pour être réembauché par la Société cotonnière de la Côte-d'Or - Juillet 1936 / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADCO, 10 M 86

Travailler pour l'occupant

Beaucoup d'informations sur la condition ouvrière au fil du temps, dans cette exposition où les jeunes générations peuvent s'instruire à la lecture d'authentiques documents. Exemple : l'affiche placardée à Dijon, comme partout en France en 1942, pour inciter les ouvrier français à aller travailler en Allemagne.

Contre trois ouvriers, les autorités allemandes permettaient le retour d'un prisonnier français. Cette campagne n'ayant pas eu le succès espéré, le gouvernement de Vichy mettra en place peu de temps après le Service du Travail Obligatoire (STO).
 
Affiche du gouvernement français, "Ouvriers français, le président Laval, dans son discours du 22 juin dernier, vous a dit : C'est la relève qui commence" - 1942 / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADCO, 5 Fi 185
Affiche du gouvernement français, "Ouvriers français, le président Laval, dans son discours du 22 juin dernier, vous a dit : C'est la relève qui commence" - 1942 / © Archives départementales de la Côte-d'Or - ADCO, 5 Fi 185

"Un siècle d'industrie en Côte d'Or 1850-1950", cette exposition du service éducatif des Archives départementales de la Côte-d'Or, est assortie d'un livret distribué aux visiteurs.

Elle donne à voir la réalité de ce tissu industriel foisonnant qui a existé dans notre département ainsi qu'un aperçu de ce qu'a pu être la vie de ceux et celles qui y ont consacré leur vie. Peut-être parmi eux, y avait-il vos parents? vos grands-parents et autres aïeux?

Il y a beaucoup à voir et à apprendre. Alors, n'hésitez pas à aller visiter cette exposition. Elle est gratuite. Elle se trouve au rez-de-chaussée.  Il n'y a qu'à pousser la porte!

Jusqu'au 28 septembre, Archives départementales de la Côte-d'Or - 8 Rue Jeannin - Dijon