Sylvie Massu : “Je me prépare à un long combat”

Sylvie Massu redoute la disparition des cinémas du centre-ville. / © Charlotte Becquart
Sylvie Massu redoute la disparition des cinémas du centre-ville. / © Charlotte Becquart

Le groupe Eiffage a annoncé en début de mois la création de deux cinémas sur le site de la Cité de la gastronomie. CinéAlpes et l’Eldorado en seront. Le plan ? Créer treize salles grand public et art et essais. Sylvie Massu, propriétaire des cinémas Darcy et Olympia à Dijon, s’inquiète du projet.

Par Charlotte Becquart

Il existe trois opérateurs sur l'agglomération dijonnaise. On compte : CinéAlpes, qui détient le Devosge en plein centre-ville et le Cap Vert à Quetigny ; l'Eldorado, cinéma indépendant situé rue Alfred de Musset ; et le groupe dijonnais MJM, qui détient le Darcy et l'Olympia. Si les deux premiers se joignent à la Cité de la gastronomie, le dernier reste sur la touche. Sa propriétaire, Sylvie Massu, donne son avis sur le projet.


L’idée de créer un cinéma au sein de la Cité de la gastronomie a beaucoup fait polémique à Dijon, quel est votre avis là-dessus ?

Sylvie Massu : Quand Eiffage a annoncé créer un complexe cinématographique, personne n’a compris. Qu’est-ce que cela apportera à un projet régional et gastronomique ? Quand on est touriste, on ne va généralement pas au cinéma. Sauf si l’on est dans une station balnéaire et qu’il pleut un après-midi ! De mon côté, je pense surtout que c’est pour justifier le nombre de visiteurs. A la base, ils ont déclaré que c’était pour rééquilibrer l’offre dans l’agglomération, mais ce qu'il va se passer est totalement l’inverse.

Si le projet se concrétise, les cinémas du centre-ville risquent-ils d’en souffrir ?

Sylvie Massu : En fait, la création de ces salles ne va même pas diversifier l’offre dans l’agglomération. 500.000 entrées sont attendues, et elles ne peuvent pas sortir de nulle part. On a déjà de très bonnes entrées à Dijon, donc la question qui se pose est : sur quoi vont-ils les prendre ? Selon nos estimations, cela nous retirerait pas loin de 180.000 entrées sur les cinémas Darcy et l’Olympia. Je pense que toutes les salles ne pourront pas vivre. Soit il y a un cinéma qui y laisse sa peau, soit tous vont essayer de vivoter.

On a beaucoup parlé d’une délocalisation de l’Olympia à la Cité de la gastronomie, avez-vous été approchée ?

Sylvie Massu : Au départ, j’ai en effet rencontré des représentants du groupe Eiffage. Mais ça ressemblait plus à un rendez-vous loupé sur un quai de gare. Plus tard, je leur ai écrit pour discuter d’un cinéma d’art et essais, ce qui était pour moi plus cohérent au vu du projet de la Cité de la gastronomie. Je leur ai fait savoir que j’étais contre un établissement généraliste. J’avais également pensé à une belle salle dédiée à des séminaires d’entreprise avec, pourquoi pas, des projections en lien avec la gastronomie ou la région. Mais ce n’est pas allé plus loin. J'aurais été perdante avec un emplacement à la Cité de la gastronomie et je n'ai aucune envie de quitter le centre-ville.

 

Que pensez-vous du partenariat d’Eiffage avec CinéAlpes et l’Eldorado ?

Sylvie Massu : Ce qui me gêne d’abord, c’est qu’avec le cinéma Cap Vert et 9 salles grand public au sein de la Cité, CinéAlpes obtient un monopole. Par ailleurs, ouvrir treize salles, c’est trop. J’espère en tout cas que la jauge va être vue à la baisse, pour que cela soit moins dangereux pour les cinémas du centre-ville. Ça inquiète beaucoup les commerçants. Si les cinémas du centre sont mis en difficulté, cela fragilise plusieurs petits commerces voisins. Certains obtiennent une part conséquente de leur clientèle grâce aux cinémas. Le Darcy est un établissement emblématique de la ville et sans l’Olympia, il ne se passerait plus grand-chose avenue Foch. Du coup, on redoute la mort du centre-ville.

Comptez-vous intervenir pour protéger le Darcy et l’Olympia ?

Sylvie Massu : On a essayé d’en parler, mais le maire de Dijon refuse d’en discuter. En 2007, François Rebsamen a mis l’ouverture de l’Olympia dans le bilan de son mandat, donc aujourd’hui on ne comprend pas trop cette absence de communication. En tout cas, j’ai un peu de billes dans ma poche. Il faut savoir que quand j’ai lancé le projet de l’Olympia en 2007, l’Eldorado a déposé un recours contre son ouverture, arguant qu’il y aurait trop de salles à Dijon. Ce qui n’a pas été le cas puisqu’au final, je n’en ai pas créé de supplémentaires, le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée, NDLR) m’ayant demandé de fermer l’ABC. Je compte donc déposer des recours, créer une pétition et peut-être même installer une bâche sur le Darcy. En tout cas, ce qui me réconforte, c’est qu'énormément de gens me soutiennent. Je me prépare à un long combat et je n’ai pas du tout l’intention de baisser les bras.

5 choses à savoir sur le futur multiplexe

  • 2 cinémas différents vont être créés. L’un s’appellera Ciné Ducs et possèdera 9 salles dédiées aux productions grand public. Le deuxième, Supernova, aura 4 salles consacrées au cinéma d’art et essais.
     
  • La compagnie CinéAlpes, propriétaire du Devosge et du Cap Vert, s’occupera de Ciné Ducs, tandis qu’une équipe de l’Eldorado gérera Supernova.
     
  • Le cinéma Devosge devrait être fermé à la suite de ces changements. L’Eldorado se maintiendrait rue Alfred de Musset.
     
  • Un multiplexe composé d’un cinéma généraliste et un deuxième consacré aux films d’auteur serait une grande première en France.
     
  • La Cité internationale de la gastronomie et du vin devrait ouvrir ses portes en 2019.

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