Moins de bovins pour réduire les gaz à effet de serre ? Un rapport "vécu comme une blessure pour les éleveurs"

Ce lundi 22 mai dans un rapport, la Cour des comptes a appelé à diminuer le cheptel bovin en France pour lutter contre les émissions à effet de serre. Mais pour Arnaud Rousseau, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles en visite en Côte-d'Or ce vendredi 26 mai, c'est une fausse solution face au problème.

Le rapport de la Cour des comptes du lundi 22 mai a secoué la terre autour du secteur agricole français. Jugeant le "bilan de l'élevage bovin pour le climat défavorable", la Cour recommande au gouvernement de "définir et rendre publique une stratégie de réduction" des vaches en France.

"Des calculs faits sur des coins de table"

C'est pour répondre à cette annonce qu'Arnaud Rousseau, nouveau président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), s'est rendu ce 26 mai à Gissey-sous-Flavigny (Côte-d'Or), à la rencontre d'un couple d'éleveurs.

“Il est important que cette venue sur le terrain s’accompagne d’une discussion dans une exploitation pour montrer en quoi l’élevage vu de Paris avec des calculs faits sur des coins de table ne correspond pas à la réalité des territoires telle qu’on la vit.” 

"Ce rapport a été vécu comme une blessure pour les éleveurs qui ont l’impression d’être les victimes expiatoires. C’est très à la mode de trouver les boucs émissaires d’un sujet beaucoup plus important qui est : comment va-t-on réduire les émissions et décarboner notre activité ?"

Arnaud Rousseau

président de la FNSEA

Le président de la FNSEA voulait s'extraire de la capitale afin de recentrer le débat sur le terrain concerné par la polémique. Il estime que c'est ici qu'on trouve la représentation des acteurs de l'élevage.

"La famille qui nous accueille aujourd'hui me paraît très symbolique de ce qu'est l'élevage français", assure-t-il. "Des jeunes qui y croient, qui sont dans l'économie, qui se posent des questions. Mais aussi l'écosytème qu'il y a autour. L'abattoir qui est à quelques kilomètres, les vétérinaires... tout ça, c'est beaucoup d'emplois et on ne peut pas aborder le sujet sur de vaines polémiques."

La fin de l'importation plutôt que la réduction ?

Arnaud Rousseau ne nie pas que dans un certain nombre de secteurs, l'agriculture a des progrès à faire : "C’est le cas dans les élevages, des engrais azotés... mais ceux qui disent que diminuer le cheptel serait un moyen simple ne savent pas de quoi ils parlent.” 

“S’acheter une bonne conduite en disant qu’on aura réduit les gaz à effet de serre parce qu’on aura diminué le cheptel, mais en important plus de l’extérieur... c’est à la fois un faux débat, une fausse route et très condescendant vis-à-vis des éleveurs.”  

Arnaud Rousseau

président de la FNSEA

La consommation de viande bovine en France représente environ 1,5 million de tonnes par an en France depuis quelques années, selon Arnaud Rousseau. Un chiffre qui ne diminue pas en tonnage, mais qui est revu à la baisse par individu.

“En revanche, on observe de plus en plus de l’importations”, s’agace le président de la FNSEA. “Près de 400 000 tonnes, soit à peu près 25 % de ce qui est consommé qui vient d’ailleurs.” 

Les éleveurs ont déjà parcouru "un grand chemin"

Joseph et Déborah Laligant, le couple qu'Arnaud Rousseau est venu visiter, élèvent 70 limousines à Gissey-sous-Flavigny. Ils sont dans l'incompréhension face aux directives énoncées dans le rapport de la Cour des comptes : "C’est surprenant. Au niveau de la filière élevage, on considère qu’on a déjà de l’acquis avec un grand chemin parcouru. Avec la décarbonation, si on enlève encore des milliers de vaches vous allez avoir des pâtures qui ne sont pas mécanisables et qui vont partir en friches. On est un peu subjugués par la logique de ce rapport.” 

Josselin Laligant et les autres éleveurs continuent à avancer vers des modifications de leurs pratiques, avec une volonté forte de réduire leur empreinte carbone.

Optimiser la surface avec un système de rotation des pâturages, donner un minimum d’alimentation achetée aux vaches, contrôler la génétique de l’herbe cultivée... les exemples ne manquent pas à la bouche de l’éleveur qui n’entend pas s’arrêter là : “On y arrive très bien. Si on axe vraiment là-dessus, c’est avec ça qu’on arrivera à obtenir la décarbonation de l’élevage.” 

"En France, je trouve qu'on a l'agriculture la plus vertueuse au monde. On ne doit pas laisser partir ça."

Josselin Laligant

éleveur de vaches à Gissey-sous-Flavigny

La Cour se trompe de combat, selon Josselin. "Réduire un cheptel ce n'est pas la solution", souffle-t-il. "Par contre, essayer de priviliégier le circuit court... Si on mange toujours la même quantité de viande et qu'elle est produite de cette façon ça ira. Si on l'amène de milliers de kilomètres par paquebot et qu'elle n'est pas produite de la même façon... Je ne vois pas trop l'intérêt de réduire les vaches chez nous si c'est pour la faire venir d'ailleurs."

Il craint également que cette réduction n'accélère les problèmes du secteur agricole comme la disparition des agriculteurs et les difficultés économiques qu'ils rencontrent au quotidien.

Arnaud Rousseau interpelle Élisabeth Borne

Face à la peur que représentent les décisions futures du gouvernement à la suite du rapport, le secteur de l’élevage compte bien se faire entendre. 

Le président de la FNSEA voit d’ailleurs comme une heureuse coïncidence la venue d'Elisabeth Borne en Côte-d’Or le même jour que lui. L’occasion pour lui de l’interpeller : “C’est le rôle du gouvernement et singulièrement de la Première ministre de donner les orientations. Après cette polémique de début de semaine, moi j’attends d'Elisabeth Borne qu’elle clarifie la position du gouvernement sur l’avenir qu’elle entend donner à l’élevage. Il faut aussi donner un signe aux hommes et aux femmes qui font ce métier.” 

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En revanche, Arnaud Rousseau reste prudent quant aux actions qui pourraient être mises en place pour faire valoir leur opinion. “Nous sommes des gens responsables. En France, il y a un climat en ce moment qui est particulièrement chamboulé. Je ne suis pas sûr que ce soit pertinent de rajouter ce type de polémique. Je pense qu’on a plutôt besoin d’envie collective, de faire nation autour de cette question des émissions de carbone qui nous touche tous et l’agriculture doit prendre sa part.”  

Avant d’énoncer une mise en garde à l’attention d’Elisabeth Borne : “Il faut que le couperet tombe. Si on peut éviter de sortir de l’apaisement on le fera, mais on ne va pas laisser les éleveurs périr tout seuls.” 

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