Salon de l'agriculture : la Bourgogne-Franche-Comté aura-t-elle sa vache égérie en 2025 ?

En 13 ans, la Bourgogne-Franche-Comté n'a pas encore eu l'occasion de faire de l'une de ses vaches l'égérie du salon international de l'agriculture à Paris. Est-ce pour bientôt ?

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Oreillette en 2024, Ovalie en 2023... Chaque année, le salon international de l'agriculture choisit une égérie, représentante d'une race de vache française. Chaque année, l'élue est largement mise en avant : c'est la star du salon, celle que l'on voit sur tous les panneaux publicitaires de l'événement et dans toute la France. Depuis 13 ans que ce principe de vache égérie existe, aucune bête de Bourgogne-Franche-Comté n'a encore eu la chance d'en faire partie. Peut-on en rêver pour 2025 ? Ce n'est pas si simple ! 

La charolaise ?

Lorsqu'on pense à la Bourgogne, on pense d'abord aux belles et imposantes charolaises. En Bourgogne-Franche-Comté, on compte environ 450 000 têtes - principalement autour du berceau de la race, entre Saône-et-Loire, Nièvre et l'Allier voisin.

Mais la race a déjà été représentée il y a peu à Paris : Idéale, une charolaise, était l'égérie du salon de l'agriculture en 2020. Elle n'est pas originaire de Bourgogne-Franche-Comté mais d'un élevage tout proche, à Cours-la-Ville dans le Rhône. 

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La montbéliarde ?

L'autre race emblématique de notre région, c'est bien sûr la douce montbéliarde, dont le lait sert à fabriquer le comté, morbier et autres fromages du massif jurassien. A l'échelle nationale, c'est la deuxième race laitière. Chez nous, les montbéliardes sont présentes majoritairement dans le Doubs et représentent plus de 100 000 têtes à l'échelle régionale.

Mais l'organisme de sélection de la race, en charge de déposer sa candidature auprès du salon de l'agriculture, n'a déposé aucun dossier cette année. C'est ce que confirme son directeur Cédric Fourcade : "Nous ne sommes pas très partants en raison du coût de l'opération", indique-t-il.

"Différents sons de cloche nous parviennent, mais on entend parler de budgets entre 150 000 et 300 000 euros !" Une somme colossale que l'organisme de sélection ne peut pas assumer seul. "Si c'est ça, on sait qu'il faudra solliciter des fonds de la région et des départements."

Par ailleurs, d'autres rendez-vous occupent l'agenda de la race montbéliarde. "On sort du national 2023, il y a un autre national en 2026 puis un dans le Jura en 2028...", liste Cédric Fourcade. Décrocher la place d'égérie au salon de l'agriculture n'est donc pas une priorité. 

La brune ?

La vache brune est reconnaissable par sa belle robe et ses yeux expressif. Elle est, après la prim'holstein, la deuxième race laitière de France. Et le Châtillonnais, en Côte-d'Or, est l'un des deux berceaux de la race. C'est grâce au lait de la brune qu'on fabrique les fromages AOC de Bourgogne : Epoisses, Langres, Chaource.

"Beaucoup de fromagers sont attachés à la brune, qui est aussi de plus en plus exportée. Récemment, des génisses pleines ont été envoyées au Sénégal car c'est une race qui supporte très bien la chaleur", explique Alain Terrillon, président de la fédération Gen'Brune.

Pour autant, l'organisme de sélection de la race n'a pas déposé de dossier pour l'année à venir. Comme chez les montbéliardes, on a conscience qu'être choisi comme race égérie n'est pas de tout repos.

Pas si simple !

En réalité, c'est un véritable parcours du combattant. "C'est un boulot énorme, un investissement monstre", prévient la directrice du salon de l'agriculture Valérie Le Roy, interrogée par France 3 Bourgogne. 

"Déjà, il faut que l'organisme de la race soit structuré, organisé pour travailler avec nos équipes de communication à peu près à partir de novembre. Il faut créer des éléments de langage, se structurer, avoir un suivi commercial car les retombées commerciales sont importantes."

La directrice du salon insiste aussi sur l'aspect financier de l'aventure "égérie". La race choisie devra pouvoir financer un emplacement de 100 m² à l'entrée du salon pendant 9 jours entiers. Les éleveurs présents de façon "classique" ont des emplacements plus petits, donc moins cher, et ne restent souvent pas pendant tout le salon.

"Il faut avoir des partenaires financiers"

Valérie Le Roy

directrice du salon de l'agriculture

Autre exigence : l'éleveur choisi se retrouve au centre de l'attention médiatique et publique, et doit s'adapter. "Il faut accueillir les visites des politiques, avoir un discours et une communication construite. Lorsqu'on révèle l'égérie autour du 15 novembre, il y a un engouffrement de journalistes, de TV, de radio... Il faut que l'éleveur soit d'accord, prêt à recevoir tout ce monde et que sa famille le soit aussi car souvent, ça déborde."

Pour aider les éleveurs égéries, le salon de l'agriculture leur organise un "media training" d'une journée entière à Paris : sessions de questions/réponses, répétitions... "On s'entraîne pour les aider à avoir un discours construit autour du salon." Troisième contrainte : le temps.

"On prévient nos éleveurs qu'à partir de début janvier, même avant, préparer le salon en tant qu'égérie représente deux jours de boulot par semaine."

Valérie Le Roy

directrice du salon de l'agriculture

Un investissement important pour des agriculteurs qui manquent souvent de temps dans leurs journées. Il faut aussi qu'ils prévoient de se faire remplacer sur leur ferme durant les 9 jours du salon de l'agriculture.

Et ensuite ?

Autour du mois de mai, le comité "élevage" du salon de l'agriculture se réunit pour étudier les dossiers déposés et choisir la prochaine race. "Une fois qu'on a choisi, on prévient le président de l'association et on voit avec lui quel éleveur serait d'accord pour faire le grand plongeon." Une fois l'élu désigné, le comité du salon de l'agriculture se rend sur place. "On fait connaissance, on prend des photos et des vidéos, on leur explique et on travaille ensemble", indique Valérie Le Roy.

Mais quels sont les critères de sélection des races égéries ?

"Nous avons deux critères fondamentaux pour respecter l'équité : une alternance de race à lait et de race à viande, et une alternance de race à gros effectif et à petit effectif"

Valérie Le Roy

directrice du salon de l'agriculture

Oreillette, l'égérie 2024, représente la race normande, une laitière à fort effectif. En 2025, il est donc probable que ce soit une race à viande, avec peu de représentants en France, qui soit choisie.

Les chances semblent s'éloigner pour la Bourgogne-Franche-Comté qui, en plus de la charolaise, de la montbéliarde et de la brune, compte un effectif important de simmental et de prim'holstein, deux races laitières. A priori donc, la prochaine égérie ne sera ni bourguignonne ni franc-comtoise. Encore quelques années de patience !