Procès de l'incendie de la fourrière de Besançon : 8 ans de prison à l'encontre du commanditaire, 168 véhicules avaient brûlé

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sophie Courageot avec Sophie Hienard
La fourrière de Planoise, victime d'un incendie criminel, mardi 31 décembre 2019.
La fourrière de Planoise, victime d'un incendie criminel, mardi 31 décembre 2019. © L. Ducrozet France Télévisions

C’était un procès très attendu sur fond de trafic de drogue. Presque deux ans après les faits, 7 hommes étaient convoqués mercredi 24 novembre devant le tribunal correctionnel de Besançon. Ils encouraient une lourde peine, de 10 ans de prison. L'incendie a fait plusieurs millions d'euros de dégâts.

8 ans pour le principal instigateur

Le principal instigateur d'un incendie criminel qui avait détruit le 31 décembre 2019 la fourrière municipale, plus de 160 véhicules et un centre commercial du quartier Planoise à Besançon a été condamné à huit ans d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Besançon.
"C'est lui qui dirige, tout en étant à distance, ça lui a couté 3.000 euros et ça génère 10 millions d'euros de préjudice à la société", a fustigé à l'audience le procureur Étienne Manteaux, requérant la même peine au nom du "droit des habitants de Planoise à vivre en paix".


Quatre autres prévenus impliqués à différents degrés dans la préparation et l'exécution de l'incendie ont été condamnés à des peines allant de 18 mois de prison, dont 12 avec sursis, à cinq ans de prison, dont 24 mois avec sursis


Selon leurs avocats, ils n'étaient que les "exécutants" et les "fusibles", d'une organisation criminelle qui leur donnait quelques centaines d'euros pour rendre des "services" difficiles à refuser.


En revanche, le tribunal a relaxé deux prévenus "au bénéfice du doute", le parquet annonçant qu'il ferait appel de ces relaxes.

"En attaquant une BMW pour détruire les preuves d'un crime, vous avez attaqué le quotidien des habitants du quartier, de vos proches", a plaidé Me Michaël Goupil, pour la ville et l'agglomération de Besançon.

31 décembre 2019. Ce qui devait être un jour de fête dans le quartier de Planoise, vire au cauchemar

Vers 9 h, un homme se présente à l’accueil de la fourrière municipale, il cherche à localiser une voiture. Sous la menace, trois hommes cagoulés et armés vont pénétrer quelques minutes plus tard dans les lieux. Le personnel de la fourrière est tenu en joue avec une arme factice. Deux suspects mettent le feu à un véhicule. L’incendie va se propager et embraser au total 168 voitures stationnées sur place. Les épaisses fumées vont endommager le supermarché situé au-dessus. Durant deux jours, les pompiers vont lutter dans ce milieu souterrain où la température a atteint 800 degrés, l'édifice est touché dans sa structure.

Dehors, les riverains sont anéantis. Dans ce quartier où beaucoup vivent avec de petits revenus ou n'ont pas de travail, des centaines de personnes ont perdu leur voiture.

Sur fond de trafic de drogue, une seule voiture était visée par les incendiaires

Une berline allemande était la cible de l’attaque par incendie. Ce véhicule avait servi quelques jours plus tôt dans une affaire. Le 25 décembre, des coups de feu, une quinzaine avaient retenti dans le quartier. Les malfrats voulaient effacer toute trace, ils avaient pris la fuite dans cette berline.

Les tirs auraient été échangés lors d'un règlement de comptes. Une guerre des clans, sur fond de trafic de drogue.

Six prévenus seulement à la barre devant le tribunal correctionnel

Les six hommes dont un représenté par son avocat comparaissaient pour « destruction par incendie » et « association de malfaiteurs ». 

Le Dolois absent, commanditaire de l'opération est toujours en fuite. Un mandat d'arrêt le vise.

Lors de cette longue journée d’audience, le procureur a rappelé que cet incendie s'inscrivait dans un contexte de guerre des clans : celui de la Tour et celui de Picardie, les deux se partageaient des points de deals dans le quartier. Un "modèle de contre-société et de toute puissance" d'après le procureur. Une organisation qui pourrait "tout acheter avec de l'argent'". De violents affrontements armés ont opposé, de novembre 2019 à mars 2020, deux bandes rivales pour le contrôle du marché de la drogue à Planoise, faisant un mort et une douzaine de blessés, âgés de 14 ans à 31 ans. Une cinquantaine de personnes ont été mises en examen dans ce dossier en cours d'instruction.

Contre les 3000 euros reçus en tout par les potentiels incendiaires de la fourrière, il y a 10 millions d'euros de préjudices pour la ville. Certains des accusés ont reconnu les faits.

Lorsque les prévenus ont témoigné ce matin, la peur transparaissait déjà sur leurs visages. À la question "pourquoi ?", "pourquoi avoir accepté d'acheter des armes ?", "pourquoi avoir rempli le bidon d'essence ?", certains répondaient ne pas "avoir eu le choix" par "crainte des représailles". Aucun ne mentionne l'identité du commanditaire, ni les raisons de l'opération.


L’incendie de la fourrière a causé des millions d’euros de dégâts. 6 millions rien que pour la reconstruction de l’Intermarché qui n’a rouvert qu’en novembre 2021. Depuis l’incendie, la fourrière municipale n’a pas réintégré les lieux. Les voitures sont désormais stockées dans un autre site, rue Thomas Edison. 

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