Besançon : des enfants privés de cantine, une famille déménage

Un recours administratif a été déposé par le collectif "Cantines en colère". / © Maxppp/Guillaume Bonnefont
Un recours administratif a été déposé par le collectif "Cantines en colère". / © Maxppp/Guillaume Bonnefont

Depuis la rentrée scolaire de septembre, près de 100 enfants sont privés de cantine dans les écoles de Besançon. Manque de personnel, capacités d'accueil limitées ou encore productions de repas insuffisantes... Les raisons sont multiples.

Par Mary Sohier

C'est jour de rentrée pour Marley, 4 ans. Alors qu'il avait débuté l'année scolaire à Besançon, le petit garçon est de retour à l'école maternelle de Thise ce lundi 4 novembre. Toute la famille vient en effet de déménager faute de place à la cantine. Une situation qui met en colère Amélie Girod, maman de Marley : "Nous avions emmenagé à Besançon en juillet dernier. C'était un vrai choix d'habiter en ville. Et puis en septembre, ça a été la douche froide."

Sans explication, son fils ne peut prétendre à la périscolaire et à la restauration scolaire de l'école maternelle Chaprais : "À chaque fois que j'appelais, on me donnait des raisons différentes : pas assez de places, manque de personnel ou de nourriture."

Obligée d'emmener son fils au travail

Amélie et son compagnon s'organisent donc comme ils peuvent pendant plusieurs semaines.

Je suis commerciale dans l'immobilier. J'ai des rendez-vous entre midi et deux. J'ai donc dû emmener mon fils sur mon lieu de travail.
- Amélie Girod, maman de Marley

Une situation pas vivable sur le long terme. La famille a donc pris une situation radicale : "Nous avons été obligés de déménager et de retourner sur Thise. Certes, la grand-mère pouvait dépanner mais ce n'est pas tenable. Nous n'avions pas non plus les moyens de payer quelqu'un pour s'occuper de notre fils entre midi et deux. Et puis quelle stabilité pour lui ?"
 

Des enfants privés de cantine
Une quinzaine de parents dont les enfants n'ont pas pu être accueillis en septembre se sont constitués en collectif.


Le quotient familial comme mode de sélection

Le cas de Marley n'est pas isolé. Les deux fils de Jennifer Seppings scolarisés à l'école Henri Fertet n'ont eux aussi pas accès à la cantine : "C'est le système D. De temps en temps, je me libère de mon travail sinon des parents d'élèves disponibles les prennent en charge." Dans cette école, six enfants sont concernés. En cause : un manque de capacité de production des repas. Et pour choisir les enfants qui n'auraient pas accès à la cantine, l'école s'est appuyée sur le quotient familial. Les enfants des foyers ayant les revenus les plus élevés sont ceux qui n'ont pas accès à la restauration. Un procédé qui fait polémique au sein des parents d'élèves tout comme la méthode : les parents ont été prévenus une semaine avant la rentrée .

On paye des impôts locaux mais on ne peut pas bénéficier de la cantine pour nos enfants. C'est aberrant.
- Jennifer Seppings, maman de deux enfants
 

Un recours administratif déposé

Au total, près de 100 enfants seraient concernés sur Besançon. Une quinzaine de familles a d'ailleurs créé un collectif le 3 septembre 2019 : "Cantines en colère". Le collectif a envoyé une série de propositions à la mairie de Besançon comme la mise en place d’un double service dans les écoles maternelles ou encore le recours à de la sous-traitance pour une partie des repas. Ils se sont aussi rapprochés des candidats aux élections municipales pour que les cantines deviennent un sujet de la campagne. Par ailleurs, le collectif a déposé un recours administratif devant le tribunal administratif.

Contactée par nos soins, Claudine Caulet, conseillère municipale déléguée à la restauration scolaire, s'est dit "consciente de la situation" et réfléchit à des "solutions alternatives".

Que dit la loi ?

Depuis la loi "Egalité et Citoyenneté" de janvier 2017, les municipalités sont dans l'obligation d'accueillir tous les enfants dans ses services de restauration scolaire public. En décembre 2017, la ville de Besançon s'était vue débouter par le tribunal administratif dans une affaire similaire rappelant que "l'inscription à la cantine des écoles primaires est un droit pour tous les enfants scolarisés". Une décision qui avait alors fait jurisprudence.

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