Besançon : des étudiants dénoncent des violences sexuelles à l'Institut supérieur des Beaux-Arts (ISBA)

Un groupe a été créé sur les réseaux sociaux pour dénoncer des faits d’agressions et violences sexuelles commis "par des professeurs, titulaires ou non, et des membres de l’équipe administrative", au sein de l'Institut supérieur des Beaux-Arts (ISBA) de Besançon. 

L'ISBA, Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon.
L'ISBA, Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon. © Clément Jeannin - France 3 Franche-Comté
"On doit parler de ce qui se passe à l'Institut Supérieur des Beaux Arts de Besançon. La responsabilité de l’établissement ne peut être pointée partout, mais clairement les limites de l’acceptable ont été dépassées depuis longtemps."

Sur une page Facebook baptisée "Balancetonecoldart // Besançon", un groupe d'étudiants a décidé de briser le silence. Ils dénoncent, à travers des témoignages, des faits d’agressions et violences sexuelles commis "par des professeurs, titulaires ou non, et des membres de l’équipe administrative" au sein de l'ISBA, école d'art de Besançon.  

"Des étudiants soumis à un rapport d'autorité avec les agresseurs"

"De ce qu'on sait, pour l'instant, ce ne sont que des violences sexuelles commises sur des hommes. Ce sont des étudiants ou anciens étudiants, soumis à un rapport d'autorité avec les agresseurs. Ils se font fortement alcooliser. Ils sont mis en confiance. Cela pose vraiment la question de la notion de consentement" nous explique l'une des membres de l'association, à l'origine des dénonciations publiques.

"Cela a commencé par des bruits de couloir. Mais tout le monde le sait depuis des années. Nous, on a essayé de formaliser les choses pour que ça s'arrête et que cela n'arrive pas à d'autres personnes. On reçoit des messages depuis hier, de gens qui ont envie de témoigner pour des faits similaires, ou pour témoigner que la direction savait" explique-t-elle.

Une source interne, qui souhaite garder l'anonymat, nous a confirmé un "secret de polichinelle", concernant un membre haut placé de l'administration de l'école. "Les faits ont débuté en 2008-2009, à l'arrivée de cette personne dans l'administration" explique-t-elle, tout en pointant du doigt des actes pernicieux, à la limite de la légalité. Un certain L., aurait à plusieurs reprises convié des étudiants masculins chez lui pour des soirées festives où le sexe était omniprésent. Un certain G., proche de L. est également mis en cause par des élèves.

Deux plaintes déposées

"Quelques secondes plus tard, j'ai ouvert les yeux, j'ai baissé la tête, et j'ai vu G. en train d'enlever la ceinture de mon pantalon. Sa tête est descendue au niveau de mes cuisses, et ses doigts se sont dirigés vers la fermeture éclair dans le but de l'ouvrir et d'accéder à mon caleçon. Il a touché mon sexe au travers du tissu. Je l'ai repoussé en disant que je ne voulais pas ça" témoigne un jeune homme sur la toile, au sujet de G., professeur vacataire, disposant de passe-droits au sein de l'école bisontine. 

Cet élève a déposé deux plaintes pour harcèlement sexuel contre L. et agression sexuelle contre G, le 13 septembre. Joint par nos soins, il nous explique : "L'année qui a suivi l'obtention de mon diplôme, plusieurs personnes de l'équipe pédagogique et de l'encadrement ont commencé à me fréquenter. Il y a eu des liens amicaux mis en place. Et j'ai assisté à plusieurs soirées entre gens 'privilégiés'. On buvait beaucoup, on était en petit comité, dix personnes maximum. C'était des personnes très proches des agresseurs en question. Les sujets dérivaient très vite sur des sujets sexuels et ils parlaient ouvertement de leur vie sexuelle et incitaient les autres à en parler également, comme un concours entre guillemets. Cela poussait les gens pas à l'aise à divulguer des choses, sous l'emprise d'alcool et sous l'emprise de ces personnes là."
© Clément Jeannin - France 3 Franche-Comté

"Ca m'a pris du temps de comprendre que ce qui m'était arrivé n'était pas normal"

"Lors d’une soirée en février 2020 où j’avais bu et fumé, j’ai fini par m’endormir chez lui. À mon réveil vers 05h00 du matin, je me suis rendu compte que mon pantalon était baissé, alors que G. était en train de me faire une fellation" détaille également une autre victime.

Ces soirées "festives" étaient selon les dires de certains étudiants, orchestrées par L. et G., tel un petit club sélect. "On ne se rend pas bien compte de ce qu'il se passe. Ces agressions sont banalisées et relativisées dans ce genre de soirées, notamment lorsque les deux agresseurs sont là. Ils parlent également des allégations à leur égard. Ils relativisent la chose, ils disent que ce n'est pas très grave" nous explique l'étudiant victime, tout en ajoutant : "Ca m'a pris du temps de comprendre que ce qui m'était arrivé n'était pas normal. Dans une école d'art, il y a, en tout cas à l'ISBA, un discours de déconstruction des rapports de pouvoir, des hiérarchies pour qu'on puisse aboutir à une sorte d'horizontalité, sauf que dans les faits ce rapport hiérarchique est toujours là."

Les étudiants engagés dans ce combat ont choisi ce mode opératoire après avoir constaté le mutisme de la direction, face à une situation pourtant connue. Les instigateurs des dénonciations sur les réseaux sociaux précisent : "Et ces dernières années, les mouvements de libération de la parole ne viennent jamais des institutions. Nous, on a des positions qui sont anticarcérales. On n'est pas dans une injonction à aller porter plainte car seulement 1% des violeurs sont condamnés. On veut que ces personnes soient exclues. On veut juste que cela s'arrête"

Les professeurs de l'Institut supérieur des Beaux-Arts de Besançon ont réagi dans un communiqué, à la suite des dénonciations d'élèves et anciens élèves de l'établissement concernant des faits de harcèlement et agressions sexuelles. Ils se disent choqués et indignés. "Les faits, s'ils sont avérés, ne devront pas rester impunis" expliquent-ils.

Leur communiqué complet dans cet article.

"Ces personnes là ne sont pas venues à l'administration nous le dire"

Interrogé par France 3 Franche-Comté, Laurent Devèze, directeur de l'établissement, a tenu à "limiter sa communication à l'essentiel".

Il a déclaré : "Nous manifestons notre solidarité vis à vis de ces douleurs, de ces souffrances, qui ne nous laissent pas indifférents. Nous, l'équipe administrative, sommes disponibles pour les étudiants mais n'avons été saisis d'aucune demande, d'aucune plainte. J'ai découvert ce qu'il se passait sur internet. Ces personnes là ne sont pas venues à l'administration nous le dire. J'ai eu longuement la mairie ce matin, et madame la maire a décidé de diligenter une enquête administrative. La conclusion de l'enquête sera transmise au procureur puisqu'il y a une plainte déposée. Je fais confiance à l'enquête administrative et à la justice de mon pays." 

"On ira jusqu'au bout"

Anne Vignot, maire de Besançon, a réagi ce mardi 22 septembre. "Ces témoignages, s’ils sont confirmés, sont à prendre très au sérieux. En tout état de cause, si des faits graves étaient avérés, ils ne pourraient rester impunis. Une enquête administrative interne est immédiatement diligentée par la Ville pour examiner le fonctionnement de l’Institution et permettre de libérer la parole, si c’est nécessaire" a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Et d'ajouter au micro de France 3 : "Maintenant il est nécessaire de faire entendre qu'on ne laissera pas passer ce genre de choses. Je ne lâcherai pas une situation comme celle-ci. On veut savoir ce qu'il s'est passé. On ira jusqu'au bout."
 
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