Coronavirus Covid-19 : "Paroles de soignants", à l’Ehpad de Thise dans le Doubs, endeuillé par 26 morts

L’établissement du groupe Korian situé près de Besançon (Doubs) a été le premier Ehpad fortement touché en Bourgogne Franche-Comté. L’Ehpad nous a ouvert ses portes. Résidents et soignants se confient sur ce qu’ils ont vécu de l’intérieur.
© Emmanuel Rivallain - France 3 Franche-Comté
Dans cette résidence médicalisée pour personnes âgées dépendantes, le Covid-19 a fait irruption début mars. C'est un des premiers établissements touchés en Bourgogne-Franche-Comté. Le coronavirus est entré dans l'établissement via une aide-soignante qui avait été contaminée après avoir participé au rassemblement évangélique à Mulhouse. L'établissement comme les autres Ehpad de France n'était pas encore en confinement.
En six semaines, 50 des 79 pensionnaires vont être infectés par l’épidémie. 26 sont décédés.
 
© Eric Debief - France Télévisions

Les soignants que nous avons pu rencontrer racontent ce combat qu’il a fallu livrer de l’intérieur, dans leur établissement confiné. Pendant que la presse pointe du doigt l’hécatombe à Thise.


Voir partir nos résidents, certains étaient là depuis de nombreuses années, a été difficile, pour les soignants et pour les familles 

confie Stéphane Rozet, infirmier.

Dans cet établissement, l’équipe souligne une solidarité  sans faille des personnels. « Cela a été difficile, mais on a eu la chance d’avoir tout ce qu’il fallait au niveau du matériel et des renforts humains » ajoute l’infirmier.
 
© Eric Debief - France Télévisions


A Thise, il a fallu accompagner les personnes en fin de vie. Autoriser une dernière visite aux familles qui le souhaitaient. «Je suis fière d’avoir été là, d’avoir apporté tout mon amour à ces personnes qui sont parties » explique Christelle Arbez-Cottet, infirmière . « On a essayé d’être là au mieux pour eux, leur donner de l’amour, de la tendresse, de les apaiser pour que ce soit le moins douloureux possible » ajoute-t-elle. «On sait comment on a travaillé » ajoute une aide-soignante. « On a apporté de la dignité, on a essayé d’être là, on a fait des heures supplémentaires, malgré la fatigue » complète sa collègue.


La moitié du personnel a eu le Covid-19


Dans cet établissement, 25 membres de l’équipe, soit la moitié du personnel, ont contracté le covid-19. Partis en quarantaine, ils sont ensuite revenus travailler, dès que c’était possible. « On a des eu des renforts, je n’ai jamais vu une telle solidarité » souligne Stéphane Rozet. Des personnels sont venus de Bordeaux ou Marseille pour aider. Une aide-soignante venue d’une autre région dormait dans son camping-car près de l’établissement.


Au départ, on était vus, nous soignants comme des pestiférés


Durant six semaines, les personnels vont se battre contre le Covid-19. Dire que l'on travaille à l’Ehpad de Thise, est parfois douloureux. Une aide soignante se souvient des gens qui reculent alors. Même sur un contrôle routier. « Au départ, on était vus, nous soignants comme des pestiférés, on avait l’impression de porter la peste, si je puis dire » explique la jeune femme derrière son masque. Les salariés se sont sentis par moments rejetés. La Poste ne voulait plus livrer les colis. Les poubelles de l’Ehpad n’étaient plus ramassées.
 
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Thérèse, 92 ans a survécu au Covid mais perdu plusieurs voisines


Alors que « la vague » est passée dans cet établissement, la vie continue. Il faut entourer les 54 résidents désormais comme Thérèse, 92 ans. Elle a été malade. Par chance, le Covid-19 lui a laissé une chance.
Cette résidente a appris au fil des jours que ses voisines de table « étaient parties » comme elle dit. «Cette maladie là, me restera jusqu’à la fin de mes jours…avec le temps, on espère qu’ils trouveront un vaccin » confie la résidente dans sa chambre. Des moments d’angoisse, des larmes qui montent, elle en a eu. «Le personnel a été merveilleux. Ils savent nous comprendre, nous consoler, je les remercie de tout mon coeur, on ne doit pas les critiquer, ils ont été merveilleux » dit-elle.
 
© Eric Debief - France Télévisions


Je me bats pour ceux qui restent


Habitués à gérer la fin de vie, les personnels ont été confrontés à des décès très nombreux, sur un temps restreint. Comment ont-ils tenu psychologiquement ? « On en parle beaucoup, avec les collaborateurs, les équipes de l’hébergement ou des soignants » explique Mme Arbez-Cottet. Elle dit avoir cette force, toujours, de venir au travail pour ceux qui restent. Malgré 26 décès, « moi j’en ressors pleine de dynamisme, il faut qu’on avance, qu’on donne cette joie de vivre à ceux qui restent. Après oui, c’est difficile, on pense à ceux qui nous ont quitté, mais ils nous donnent la force de continuer, d’avancer….On a choisi ce métier, aujourd’hui ce métier là prend tout son sens » estime-t-elle. « Bien sûr que tout cela change une personne, je sais que ça m’a changé, je ne verrai plus mon travail comme avant » conclut l'infirmière.
 

Au sein des 300 établissements Korian en France, le bilan est de 356 décès à ce jour. Dont 26 sur le seul établissement de Thise. Aucune famille n’a déposé plainte dans cet Ehpad du Doubs où tous les salariés ont repris le travail.

Regardez notre reportage à l'Ehpad de Thise

 
Coronavirus : Paroles de soignants à l'Ehpad de Thise lourdement endeuillé
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