INTERVIEW. "Prêts pour gagner le Tour de France 2020", Groupama-FDJ affiche ses ambitions pour Thibaut Pinot

Frédéric Grappe, directeur de la performance de l’équipe Groupama-FDJ depuis 2015, nous a reçus jeudi 30 juillet dans le centre de performance de l'équipe cycliste à Besançon. Il voit Thibaut Pinot capable de remporter le Tour de France cette année, un an après l'abandon du Haut-Saônois.

Thibaut Pinot fait partie des favoris pour le Tour de France 2020.
Thibaut Pinot fait partie des favoris pour le Tour de France 2020. © Y. Valat - MaxPPP
Dans quel état de forme avez-vous retrouvé votre équipe après le confinement ?

On a mis en place une méthode pour les 40 coureurs (de Groupama-FDJ et Continentale). Un modèle qui visait à repartir sur des bases solides après le confinement. Certains coureurs ne pouvaient s'entraîner que sur un home-trainer, d’autres ont eu la possibilité de courir sur le terrain. On a mis les deux groupes au même niveau pour amener de la charge d’entraînement et de l’intensité après avec trois stages différents : un autour de Thibaut Pinot, un avec le groupe de sprinters, et un avec les polyvalents. J’ai vu des coureurs engagés, prêts, avec bonnes bases de travail. Quand on voit leur évolution, on est dans le bon timing. Nos troupes seront fortes !

Votre leader, Thibaut Pinot, est-il dans les temps pour être à son meilleur pour le Tour de France ? 

On l’espère. Tout a été prévu pour que l’état de forme soit très bon. Ce qui va changer, c’est le Tour en septembre. C’est bien pour nous et pour le cyclisme en général, ça a permis de mettre en place une vraie préparation. Les équipes vont arriver prêtes, on va avoir un bon Tour de France. Pour Thibaut, tout se passe très bien, il va arriver très très fort.
 
Frédéric Grappe travaille pour Groupama-FDJ depuis 2000.
Frédéric Grappe travaille pour Groupama-FDJ depuis 2000. © D. Colle - France 3 Franche-Comté
 
Vous avez accompagné la progression de Thibaut Pinot. Comment a t-il progressé pour faire partie des favoris pour la Grande Boucle cette année encore ? 

On connaît Thibaut depuis ses années junior. Il a des qualités de grimpeur très très fortes et est un peu un artiste dans sa manière de faire. Il apprend et met en place des choses avec le temps, il a besoin de tester pour mettre en place et quand c'est acquis, c’est du solide. Thibaut arrive maintenant dans ses bonnes années. On a mis en place des stages en altitude pour lui ces dernières années, avant ce n’était pas le moment. C'est important de prendre en considération les réponses d’un leader, c’est un athlète exceptionnel, il n’y en a pas beaucoup, vous ne pouvez pas obliger un leader à faire quelque chose, ça ne fonctionne pas. Il a construit un modèle de performance très stable au niveau de l'entraînement, du médical, du matériel.

Et une équipe s'est construite autour de lui. Un leader a besoin d’une équipe forte pour gagner un grand tour. Tout seul, Thibaut ne peut pas en remporter un. Il faut du temps pour recruter des bons coureurs et les former. Quand Thibaut est arrivé en 2010, il n'a pas pu se mettre au service d'un grand leader, il n'y en avait pas. Il a perdu du temps, ce n'était pas facile. Aujourd'hui, on a une équipe prête. Aujourd'hui, on a cette équipe solide au niveau du matériel, du médical, de l'entraînement, et des coureurs autour de lui : on a l’équipe prête pour aller gagner le Tour. On n'aurait pas tenu ce langage il y a quelques années, on connaissait nos limites. C’était un rêve, mais on connaissait les marches pour y arriver.  La venue de Groupama a été une bouffée d’oxygène. Ca a permis d'amener des moyens en plus pour recruter, aller plus loin dans ce qu’on met en place, ça donne une envie générale, une motivation supplémentaire.
 
3 questions à Frédéric Grappe

Vous avez de grandes ambitions...

On l’affiche ouvertement, on va sur les grandes courses pour gagner, il y a le Tour, on a d’autres leaders, on affiche des équipes solides. On a une des meilleures équipes du monde pour emmener Arnaud Démare sur le sprint, une équipe très forte en montagne pour aller chercher de belles étapes et faire un général sur le Tour... Ce sont des choses qu’on n’aurait pas affichées auparavant. Avant, on n’avait pas toutes les pièces du puzzle, on sait qu’on les a et on est prêts, on va tout donner pour aller chercher le Graal. Avant on n’était pas prêt à l’assumer. Gagner, c’est compliqué, mais on est prêts.

En plus d'être un très bon grimpeur, Thibaut Pinot a beaucoup progressé en contre-la-montre. Comment l'expliquez-vous ?

Pour gagner un grand tour, il faut être un très bon grimpeur et perdre le moins de temps possible sur les chronos. Il faut également être un bon rouleur : les chronos sur un grand tour se jouent sur un état de fatigue. Depuis qu'il est tout jeune, Thibaut sait que le chrono est un effort sur lequel il doit travailler et se perfectionner, c’était imprimé dans son esprit. Ce n’est pas un spécialiste du chrono ni un excellent rouleur, mais quand il est en forme, dans un environnement de bonne stimulation, c’est un bon rouleur. Ca lui permet de jouer le classement général, d’où l’intérêt d’avoir de très bons vélos, lié avec un entraînement spécifique.

Pensez-vous qu'il va supporter la pression, lors du contre-la-montre à La-Planche-des-Belles-Filles, non loin de sa ville, Mélisey ?

Il y aura de la pression, évidemment, il est chez lui. Il faut qu'il la transforme en stimulation positive. Thibaut sait gérer ça. C'est un atout formidable pour lui de connaître les routes par coeur, il sait où poser sa roue, il va savoir gérer son effort au millimètre. Dans ce chrono, il y a plus d'éléments favorables que défavorables.

A t-il digéré son abandon de l'année passée ?

Un athlète de haut niveau se construit dans la difficulté, pas dans la facilité. Thibaut a construit sa carrière sur des moments très compliqués, mais il rebondit toujours plus haut quand il est au fond du trou. La fin du Tour 2019 a été extrêmement compliquée pour lui et le staff, ça a été dur à vivre. Il se passe des choses que vous ne maitrisez pas, on ne sait toujours pas ce qu’il s’est passé. Il s’est passé quelque chose qu’on ne pouvait pas prédire.

L’important c’est de soutenir l’athlète et de trouver des solutions. Il y a cette qualité de soutien dans l’équipe. Thibaut a été reconstruit, c’est un athlète qui a assimilé tout ça, je suis persuadé qu’il va être très très fort sur ce Tour. Il a une revanche à prendre. Mais pas sur lui-même. Je suis persuadé que son corps se reconstruit à un niveau supérieur, il a tout assimilé, avec un gros travail mental, physique, médical. Toutes les dimensions sont réunies : un athlète très fort, une équipe très forte, on est prêts pour vivre un tour performant et se battre avec les grosses équipes.
 
Dans les coulisses du centre de performance de la Groupama-FDJ, à Besançon, dans le Doubs
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