"Je le sens très mal", les soignants du CHU de Besançon inquiets face à l'enclenchement du plan blanc

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Pour faire face à la deuxième vague de Covid-19, l’hôpital de Besançon (Doubs) a réenclenché son plan blanc jeudi 22 octobre 2020. Une annonce qui inquiète certains soignants du CHU. Témoignages.
 

"On a tous reçu dans nos boites mail un message de la direction qui nous a informé que le plan était maintenant en vigueur". Ca y est, le plan blanc est relancé depuis jeudi 22 octobre 2020 au CHU de Besançon. Une façon de se préparer à la deuxième vague de Covid-19, qui touchera bientôt le Doubs.

Les soignants, eux, savent qu’ils vont devoir se tenir prêts. Car le souvenir du plan blanc de mars de 2020, reste gravé dans les mémoires.

Un état d’esprit différent qu'en mars

Marc Paulin est infirmier en soins intensifs dans le service pneumologie du CHU de Besançon. Durant le premier plan blanc, il était en tête de ligne : "Pendant la première vague, je m’étais mis à totale disposition de l’hôpital, je m’étais retrouvé en service d’admission Covid de nuit", raconte-t-il. A l’annonce du nouveau plan, l’homme explique avoir été surpris : "Un plan blanc c’est quelque chose d’exceptionnel qui nous met un petit coup derrière la tête. Même si c’était prévisible, c’est toujours une annonce qui secoue et qui ne nous laisse pas indifférents".

Contrairement au plan blanc de mars, cette fois-ci, le soignant se dit plus méfiant : "Autant, en mars, j’avais envie de participer, je me sentais empreint d’une mission qui me dépassait, autant là… Je suis dans la retenue, je me pose toujours des questions".

Revivre ce qu’on a vécu, je ne peux pas l’imaginer

Marc Paulin

Un état d’esprit que partage cette agente de service hospitalier, qui a souhaité rester anonyme : "Des fois, je me dis que je devrais être motivée, car cette fois, on sait ce qui nous attend. Mais c’est totalement le contraire", explique-t-elle.

"J’ai le moral à zéro, j’ai franchement peur. Au premier plan blanc, je n’avais pas peur du tout".

Pour Marie-Madeleine Lambert, infirmière aux urgences, l’inquiétude repose surtout sur le manque de répit : "Les cadres nous l’ont dit, "préparez-vous à ne pas avoir de vacances à Noël et vos vacances de la Toussaint elles sauteront"".

"Je me dis qu’on va jamais s’en sortir. En plus, la grippe va arriver donc, on va avoir un afflux de grippe et de Covid, on ne saura pas sur quel pied danser. Ça va être affreux".

Une première vague qui a laissé des séquelles

Ces inquiétudes sont liées pour certains au traumatisme qu’a pu être le premier plan blanc de l’année 2020. La première vague de Covid-19 a laissé des traces psychologiques et émotionnelles importantes.

"J’ai attrapé la Covid. J’ai été bien malade, mon épouse et mes enfants aussi", raconte Marc Paulin. Il continue : "Revivre ce qu’on a vécu, je ne peux pas l’imaginer. Je ne sais pas si mes capacités psychologiques et physiques me permettent d’envisager de refaire la même chose".

Je me suis forgé une carapace

Laura Gallo

Laura Gallo est aide-soignante en soins intensifs depuis trois ans, dans le service pneumologie du CHU de Besançon. Pour elle, le premier plan blanc fut une expérience "intense": "Je n’avais jamais connu de crise sanitaire comme celle-ci. Je m’étais portée volontaire car j’avais envie de donner de mon énergie et de ma jeunesse", explique la jeune femme de 25 ans.

"On a tous un petit peu changé. Je me suis forgé une carapace, mais c’est vrai que j’espère ne pas craquer pendant cette deuxième vague".

Des efforts pas suffisamment récompensés ?

"Je suis quand même en colère", avoue Marc Paulin. Pour l’infirmier, tous ces efforts durant la première vague n’ont pas été récompensés et les annonces faites durant le Ségur de la santé, ne suffisent pas : "La situation n’a pas évolué d’un iota, les récompenses attendues étaient en deça de tout". Une colère qui justifie, selon lui, ses questionnements face au deuxième plan blanc.

Laura Gallo partage la pensée de son collègue : "On ne va pas cracher sur l’argent reçu mais, on ne réclamait pas ça à la base. On réclame des lits en plus. On ne peut même pas séparer les patients. On réclame aussi plus de personnel".

A l’inverse, Marie-Madeleine Lambert, considère que les efforts fournis lors du premier plan blanc étaient tous naturels : "La prime c’était cadeaux, mais honnêtement, on a fait notre boulot. Comme un militaire qui part six mois en mission fait le sien", conclut l’infirmière. Pour tous, les jours à venir risquent d'être éprouvants.