Loi immigration. À Besançon, une manifestation ce dimanche pour le "retrait d'un texte bâti sur la haine de l'étranger"

Dimanche 21 janvier 2024, de nombreuses associations, partis politiques et syndicats ont appelé à manifester contre la loi immigration, adoptée en décembre 2023 par l'Assemblée nationale. À Besançon, le cortège se rassemblera à 10h sur l'esplanade des droits de l'Homme.

Un mois après son adoption par l'Assemblée nationale, la loi immigration est toujours au cœur des débats. En France, ils seront des centaines dans les rues à manifester contre ce texte de loi, dimanche 21 janvier 2024. Un mouvement qui fait suite à "L'appel des 201", du nom d'une tribune anti loi-immigation parue le 7 janvier dernier dans le média en ligne Mediapart, signée par 201 personnalités. 

Associations, syndicats, politiques... Depuis, ils sont nombreux à avoir annoncé leur participation. C'est le cas à Besançon, où le rassemblement est prévu à 10h sur l'esplanade des droits de l'Homme. "Le 14 janvier, on était déjà plus de 400 dans les rues. Là, on attend bien plus de monde" explique Maryse Fischer. Bénévole au sein de l'association CCFD Terre-Solidaire, à Besançon, elle fera partie du dimanche du cortège bisontin. "Si nous manifestons, c'est pour une chose, le retrait de cette loi, construite avec un seul objectif : de rejet de l'étranger".

Au côté de CCFD Terre-Solidaire, de nombreux organismes, comme la Ligue des droits de l'Homme (LDH). "Le retrait pur et simple, c'est ce que l'on demande" assène Barbara Romagnan, présidente de la section de la LDH à Besançon. "Cette loi est la consécration des principes du Rassemblement National. Elle introduit une préférence nationale et affiche un non-respect de l'état de droit. C'est un scandale. On est le pays de la Révolution française, qui a aboli les privilèges à la naissance. Avant, l'accueil des étrangers, être le pays des libertés, cela faisait notre fierté".

Si cette loi est promulguée, on irait vers une négation de l'héritage historique français, fortement marqué par l'immigration. Les étrangers ont construit notre pays. Pendant la Seconde guerre mondiale, la Résistance comportait en son sein un nombre d'étrangers. C'est en partie grâce à eux que De Gaulle, dont se revendique beaucoup de personnes aujourd'hui, a pu revenir en libérateur.

Barbara Romagnan,

présidente de la section de la Ligue des droits de l'Homme à Besançon

Constat partagé par la maire de la ville, Anne Vignot (EELV). À Besançon, le cortège contre la loi immigration sera marquée par la présence de l'édile, vent debout contre la loi immigration depuis le début. "Cette loi entache l'esprit républicain de la France, bien sûr que je me devais d'y être" explique-t-elle. Pour la maire, cette marche est nécessaire afin de "rappeler l'histoire de l'immigration en France, redire à tous que notre société s'est toujours enrichie des échanges, des mélanges entre peuples".

Pragmatique, l'élue l'assure, être dehors dimanche matin sera une manière de rappeler au Conseil constitutionnel, saisi par le Président de la République pour analyser le projet de loi, son rôle de "garde-fou essentiel de la République".

Le Conseil constitutionnel comme ultime espoir

"On attend beaucoup du Conseil constitutionnel. Il peut barrer la route à plusieurs mesures contraires à notre démocratie. Il faut qu'il soit à la hauteur de sa tâche, de la France et de son histoire" continue-t-elle. "Dans les années 30, nos institutions n'ont pas su faire obstacle à des lois de ce genre. On sait bien comment ça a fini. J'espère que nous avons retenu les leçons de l'Histoire".

Emmanuel Macron et son gouvernement ont fait passer une loi en rappelant eux-mêmes que nombre de ses pans étaient inconstitutionnels. Je trouve cela choquant, alors qu'ils sont garants de nos lois par leur fonction. C'est une remise en cause des institutions de la République. Ce travail de respect de la Constitution aurait dû être fait bien plus tôt. On crée ici un dangereux précédent.

Anne Vignot,

maire de Besançon

Malgré tout, les opposants à la loi immigration veulent s'accrocher à cette dernière barrière que représente le Conseil des Sages. "Je ne me fais pas d'illusion, on est allé trop loin pour un retrait total" souffle Françoise Leroy, animatrice de l'équipe bisontine de l'association Cimade. "Tout ce qu'il nous reste, c'est alerter le Conseil constitutionnel pour qu'il ampute ce texte de ces aspects les plus odieux".

Pour ce faire, Françoise Leroy a fait partie de plusieurs groupes, composés de membres d'organisations hostiles au texte, qui ont rédigé une vingtaine de "contributions", envoyées ensuite au Conseil constitutionnel. "On a analysé chaque thème de cette loi, point par point, de façon juridique" explique la militante. "J'ai moi-même participé à celle concernant les mineurs isolés. On veut pointer l'illégalité criante de ces mesures".

Le défi : "mobiliser les Français"

Ces contributions éclaireront-elles l'avis des "Sages" ? Réponse le 25 janvier 2024, jour de l'avis final du Conseil constitutionnel. En attendant, les détracteurs de la loi immigration essayeront de gagner une autre bataille en manifestant, celle de l'opinion. "Le gouvernement s'entête à dire que cette loi était voulue par les Français. Mais c'est faux" conclut Françoise Leroy. "Quand on leur explique ce qu'elle contient réellement, beaucoup la rejettent. Nous, l'opposition, avons juste besoin d'être soutenu et à ce titre, l'appel de ces 201 personnalités, connues de tous, est une bonne chose". On espère vraiment mobiliser les gens".

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Cela suffira-t-il ? Réponse le 21 janvier, où toutes ses organisations "espèrent mobiliser les Français" pour empêcher toute promulgation. Et si cela ne suffit pas, qu'importe. La plupart des interlocuteurs interrogés nous ont confié leur volonté de combattre, même une fois la loi immigration entrée en vigueur.