Afyda Antara s'est choisi une devise : "Se démarquer, c'est être remarquable". Plus que des vêtements, la créatrice bisontine imagine des tenues de combat, pour les hommes comme pour les femmes. Cette guerrière dans l'âme transformerait presque le cuir en maille. Chacune de ses créations est une armure, une protection contre les préjugés, une ode à l'acceptation de soi-même et des autres.

La créatrice Afyda Antara ou l'art d'être remarquable
Un reportage de Sofian Aïssaoui, Denis Colle, Mehdi Bensmaïl, avec Afyda Antara, Charles Lyautey et Leslie Cury

Le vêtement c’est comme une armure de tous les jours. Par mes vêtements je m’affirme, je montre qui je suis.

Grande dame qu’elle est, elle souhaite garder le mystère sur son âge. Et peu importe après tout : « Il n’y a pas d’âge pour commencer » précise très justement celle qui est née à Besançon et y vit toujours. Afyda Antara n’enlève que très rarement ses épaisses lunettes noires signées Prada. Il n’y a peut-être que dans son atelier que ses yeux noirs se révèlent enfin. Des yeux noirs comme le cuir qu’elle travaille sans cesse. Une matière qu’elle affectionne pour son caractère. Avec ses grands cheveux bouclés et ses tenues en cuir, elle passe difficilement inaperçue.

La quête de reconnaissance

J’ai envie de prouver qu’on peut commencer avec rien et réussir.

Fille d’une famille modeste, Afyda Antara était déjà proche de la mode toute petite : « Comme on n’avait pas les moyens, ma maman nous fabriquait nos vêtements pour la rentrée. J’étais déjà fan des carreaux. J’exigeais que les motifs soient écossais et que les cols soient ronds. Sinon je faisais une crise ! » raconte-t-elle dans un éclat de rire. Encore au lycée, la mode est présente dans sa vie. Une rencontre avec une styliste lui met la puce à l'oreille : "Elle m'a dit que j'étais faite pour ça." confie Afyda. Mais, passionnée de littérature, Afyda ne se lance pas tout de suite dans le monde de la mode. A ce moment-là, elle rêve de devenir journaliste mode. "C'était une manière d'allier ma passion pour l'écriture et celle pour la mode !". Seulement, son stage à l'Est Républicain n'y fera rien : les frais de scolarité des écoles de journalisme restent trop élevés.

 

Le grand saut

Pour mon papa, créatrice ou styliste de mode ce n’était pas un métier. C’était un jeu.

En 2012, c’est le grand saut pour Afyda Antara. Après une formation de modéliste à Poitiers et plusieurs stages chez de grands noms (Hugo Boss, Kenzo), elle décidé de se lancer. Un peu contre l’avis de son père : "Pour mon papa, créatrice ou styliste de mode ce n’était pas un métier. C’était un jeu." Et très vite, elle prend conscience que la vie d’autoentrepreneur n’est pas de tout repos en France : "Au début on est seul, on combat seul. C’est dur de faire accepter ses idées. La réalité c’est que c’est un combat, il faut vraiment en vouloir et s’attacher."

 

Le succès à l'étranger

L’étranger m’a ouvert des portes que je n’aurais pas pu franchir en France. J’ai pu travailler avec de grands noms comme Gucci, Prada ou encore Patricia PP

L'histoire aurait pu se passer autrement pour Afyda Antara. Elle aurait pu se lancer ici chez elle, en France. Mais tout ne s'est pas passé exactement comme prévu : "J’ai boudé la France pendant des années et Paris particulièrement. Ils n’ont pas été tendres avec moi, car je ne viens pas de ce milieu-là.  En France quand on arrive, on nous demande notre CV, notre nom, nos recommandations." confie-t-elleMais l'histoire s'est bien terminée pour elle. Finalement, ses clients se trouvent au quatre coins du monde : aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Chine... Et la France semble maintenant reconnaître son talent. Enfin.


Pour retrouver toutes les créations d'Afyda Antara, rendez-vous sur son site web.