Les nouveaux entrepreneurs #1 : “Se lever le matin avec l'envie d'aider quelqu'un” avec l'association La Roue de Secours

ÉPISODE #1. Découvrez “Les nouveaux entrepreneurs”, ces hommes et femmes qui ont choisi d’oeuvrer pour l’intérêt commun et de placer leurs valeurs au centre de leur activité. Récit avec l'association La Roue de Secours, implantée à Montbéliard et Besançon.

Après la série web “Les nouveaux paysans”, France 3 Franche-Comté met en lumière trois projets d’entreprenariat innovants, éthiques et à haute valeur environnementale ou sociale. Découvrez “Les nouveaux entrepreneurs”, ces hommes et femmes qui ont choisi d’oeuvrer pour l’intérêt commun. Cette semaine, notre journaliste Sarah Rebouh vous fait découvrir l'association La Roue de Secours implantée à Montbéliard et Besançon.

Par une belle journée, je me suis rendue à Montbéliard, dans les locaux de l’association La Roue de Secours. Créée en 1998, elle avait pour but, à l’époque, de permettre aux travailleurs précaires sans moyen de locomotion de louer une mobylette pour pouvoir se rendre au travail et ainsi accéder à l’emploi. “Il y avait 8 mobylettes à la base ! Je suis arrivé en 2000, nous n’étions que deux, un mécanicien et moi. Ce sont des travailleurs sociaux du CCAS de Besançon qui ont eu cette idée” se rappelle Hugues Menant, avec une douce nostalgie. Le directeur de La Roue de Secours était alors agent d’accueil au sein de la toute jeune association.

“J’étais déjà dans l’associatif sportif. J’étais président d’un club de handball dans le Jura. Sinon je travaillais en tant qu’agent immobilier. Mais cela ne me plaisait plus. J’avais envie de donner du sens. Quand on se lève le matin, c’est vrai qu’on sait qu’on va pouvoir aider. On n’attend pas de reconnaissance. On en a de temps en temps, mais ce n’est pas le but” m’explique-t-il, sourire sur le visage.

L’association La Roue de Secours, implantée à Montbéliard et à Besançon, s’est donnée pour mission de lever les freins à l’insertion sociale et professionnelle en favorisant l’aide à la mobilité et aux déplacements. Elle est un acteur de ce qu’on appelle désormais l’économie sociale et solidaire. En clair, la structure aide les personnes en grande précarité à louer ou acheter un véhicule pour pouvoir se rendre au travail de manière autonome et durable. Elle dispense également des formations et propose des bilans de mobilité. L’enjeu est grand quand on sait que les difficultés d’accès à un moyen de transport constituent le principal frein d’accès à l’emploi.

"On est une association, on est là pour aider un maximum"

En effet, en France près de 7 millions de personnes connaissent des difficultés à se déplacer, soit environ 20 % de la population en âge de travailler. 28% des personnes en insertion professionnelle abandonnent leur emploi ou leur formation pour des raisons de mobilité, selon les chiffres du ministère du Travail.

L’un des principaux volets de l’activité de “La Roue de Secours” est son “garage solidaire”. Hugues Menant me le fait visiter. Ici, l’association dispose d’un grand garage tout équipé. “On a eu des financements publics qui nous ont permis d’acquérir des locaux de qualité, on a de la chance” se réjouit le directeur qui me présente Ibrahim Majjouti, chef d’atelier ainsi que Reza Hosseini, mécanicien. Les deux hommes s'affairent autour d’un véhicule chacun. Reza travaille sur les freins avant d’une Peugeot 206, pendant qu’Ibrahim plonge les mains sous le capot d’une 307.

Ibrahim, le jeune chef d’atelier, est embauché depuis bientôt deux ans. Je l’interroge pour savoir s’il pense que son travail à La Roue de Secours est différent de celui qu’il ferait chez un concessionnaire lambda. “La différence, c’est la pression. On est une association, on est là pour aider un maximum, donc on ne va pas se mettre une pression énorme. Le projet est différent. En bossant ici, on se lève le matin avec une envie, l’envie d’aider quelqu’un. C’est un challenge personnel quoi…” m’explique-t-il.

"Des tarifs adaptés"

“Ici, on a des tarifs adaptés. On est à 36 € de l’heure pour les réparations, et on vend nos véhicules au prix du marché, mais jamais au-delà de 3000 euros. Les véhicules qu’on loue et qu’on vend sont uniquement des véhicules qui nous sont donnés par des particuliers ou par des entreprises” détaille quant à lui Hugues Menant, tout en précisant que les créneaux réparation sont disponibles uniquement sur rendez-vous. Les personnes peuvent bénéficier des services proposés par La Roue de Secours en fonction de leur niveau de ressources financières. La plupart du temps, elles sont accompagnées par des structures d'aide sociale ou par Pôle Emploi.

Le directeur se rappelle qu’à la création du garage, une grande pédagogie a été nécessaire pour que les garages aux alentours, qui fonctionnent sur un autre modèle, comprennent qu’il ne s’agissait pas d’une concurrence déloyale. “J’avoue avoir largement sous-évalué le besoin de pédagogie autour du projet. Certains garages pensaient qu’on ferait de la concurrence déloyale, car nous sommes subventionnés, mais d’autres ont compris tout de suite qu’on répondait à d’autres besoins et les premiers ont changé d’avis” se réjouit le quinquagénaire. 

Hugues Menant vit son travail, très chronophage, comme une passion. Ce qui l’intéresse particulièrement, c’est la diversité des tâches et la création de projets, notamment en réseau. C’est d’ailleurs l’un des points forts du milieu associatif. Pour lui, la mise en commun des savoirs et des compétences prend tout son sens avec “La Roue de Secours”, membre du réseau Mob-In, qui “fédère les acteurs de la mobilité inclusive, solidaire et durable”.

L’association fait également partie de Solidarauto. Cette fédération regroupe l’ensemble des garages solidaires présents dans le pays et favorise la création de nouveaux projets de ce type : “Souvent les projets de La Roue de Secours naissent comme ça. Les idées viennent... un peu de moi des fois, mais après on essaie vraiment de co-construire et le réseau est super important. Par exemple, on est en train de développer un logiciel en commun, donc on améliore nos outils, pour un meilleur suivi. Au début, on était isolés les uns des autres.”

“Sans financements publics ou privés, il n’y aurait pas de Roue de Secours”

Hugues, qui a passé un Master II en Economie sociale et solidaire à l’âge de 42 ans mais avoue volontiers son incompétence en mécanique, n’oublie pas que rien ne serait possible sans investissements financiers. La Roue de Secours a été aidée par divers organismes publics mais aussi par des fondations privées, telles que la fondation PSA, AG2R ou encore La MACIF. “Je pense que sans financements publics ou privés, il n’y aurait pas de Roue de Secours. On ne pourrait pas. Pour le garage, le but, ce serait d’arriver à 80% d’auto-financement. Mais par exemple, le conseil en mobilité, c’est 10% de financements autonomes et 90% de financements externes. La location, c’est déficitaire. Mais c’est à nous de trouver un modèle économique” analyse le directeur.

Les financements, c’est aussi la possibilité pour la structure d’assurer une pérennité financière et de garantir la dimension professionnelle du projet, d’autant que la précarisation des bénéficiaires est de plus en plus visible, selon le directeur : “On est une association, mais nous sommes des professionnels. On peut et on doit se professionnaliser, ne serait-ce que pour nos salariés. Et aussi pour le côté garage. On ne peut pas louer ou réparer une voiture sans diplôme.”

Malgré les difficultés inhérentes au milieu associatif, le rythme de travail exigeant et la crainte d’une année à l’autre de voir des financements disparaître et ainsi fragiliser le projet, Hugues Menant compte bien terminer sa carrière à La Roue de Secours. “Je suis bien parti pour terminer là. Quand on bosse en collectif sur l’éco-mobilité, et que c’est un gros projet, et qu’on arrive à quelque chose... Là, c’est un sacré enrichissement personnel. Même si ça ne se compte pas en euros” conclut-il.

>> Pendant un mois, notre journaliste Sarah Rebouh vous fait découvrir des entrepreneurs engagés, baptisés pour l'occasion “Les nouveaux entrepreneurs”. Loin des logiques de marchés, d’enrichissement financier et de mise en concurrence, ils créent des modèles alternatifs, pensés pour l’intérêt commun. Samedi prochain, découvrez l'histoire de la SCOP de livreurs à vélo Véloconnect, implantée à Besançon.

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