"Les tiques étaient déjà là au temps des dinosaures, on ne s'en débarrassera pas" : comment mieux connaître la petite bête qui pique (et apprendre à vivre avec)

Imaginé il y a déjà 7 ans, CiTIQUE est un programme national de recherche participative qui vise à mieux comprendre l’écologie des tiques et les maladies qu’elles transmettent. Parce que la prévention est l'affaire de tous, assurent les scientifiques.

Qui s'y frotte s'y pique. Elle est de nouveau prête à mordre. Entre avril et novembre, la tique est à l'affût, tapie en forêt ou dans les jardins. Elle peut même s'inviter chez vous. Car la méchante petite bête n'est pas forcément toujours là où on l'attend. "C'est vrai que la moitié des gens qui se font piquer en France le sont en forêt, reconnaît Jonas Durand, ingénieur de recherche du programme CiTIQUE. Mais une personne sur quatre est piquée dans son jardin, 3% dans les parcs et 3% à l'intérieur de leur domicile."

Manque de vigilance

Voilà pourquoi, aujourd'hui, les spécialistes de CiTIQUE tentent de sensibiliser le grand public à ce "risque de proximité". Ils ont lancé il y a trois ans le projet TIQUoJARDIN, porté par INRAE, l’ANSES, le Laboratoire d’excellence ARBRE, l’Université de Lorraine et le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement (CPIE) Nancy Champenoux. Les premiers résultats sont édifiants. "Cette étude a été menée dans 200 jardins autour de Nancy, précise Jonas Durand. Et elle montre que les tiques prolifèrent autant en milieu urbain qu'en milieu rural."

Et le danger est là. Car la transmission des agents pathogènes, comme la bactérie qui provoque la maladie de Lyme chez l'homme, peut être une question de temps. "Quand les gens se trouvent dans un espace familier, ils font moins attention aux piqûres de tiques. 60% des personnes qui se font piquer en forêt retirent la tique en moins de 24 heures. Mais seulement 50% des personnes qui se sont fait piquer dans leur jardin ou à leur domicile. C'est une différence assez importante d'où le besoin de prévention."

Une grande "tiquothèque"

Le programme national de recherche participative CiTIQUE a été lancé en 2017 et son objectif est ambitieux. Il s'agit bien sûr et avant tout de faire progresser les connaissances scientifiques sur l’écologie des tiques et permettre ainsi d’améliorer la prévention des maladies qu'elles peuvent transmettre. Mais les scientifiques veulent aussi impliquer les citoyens et grâce à eux, réunir un maximum d'informations sur les tiques piqueuses.

Toutes les personnes piquées sont encouragées à effectuer un signalement sur une application, le site internet ou via un simple formulaire papier, et à envoyer la tique aux chercheurs. L'idée est de constituer une grande collection d’échantillons et de données associées, unique en France, accessible à tous les chercheurs : une véritable "tiquothèque".

CiTIQUE ouvre aussi ses laboratoires au public et propose à tous les volontaires des stages de recherche participative. Particuliers, professionnels, associations, tout le monde est enfin associé pour imaginer des discours de prévention efficaces. Car une chose est sûre, les tiques ne sont pas près de disparaître de notre environnement.

Les tiques étaient déjà là au temps des dinosaures, il y a 100 millions d'années, on ne s'en débarrassera pas. Il y en aura problement après nous si les hommes disparaissent. Là où il y a de la vie, il y a des tiques, même en Antarctique avec les oiseaux."

Jonas Durand, ingénieur de recherche programme CiTIQUE.

Il existe environ 900 espèces de tiques dans le monde. Mais on en compte uniquement une quarantaine en France. Celles dont vous pouvez croiser le chemin appartiennent à l’une des trois espèces les plus communes ici : Dermacentor reticulatus, Rhipicephalus sanguineus et Ixodes ricinus.

La bébête qui monte, qui monte

Impossible néanmoins de dire si le dérèglement climatique a modifié ou va modifier les choses. "Il faut plus d'une dizaine d'années et plusieurs générations pour voir si le réchauffement climatique a une influence sur les tiques."  D'où la nécessité encore une fois de recenser de façon précise ces acariens, les différentes espèces présentes dans l'Hexagone, et leur répartition sur le territoire, région par région.

C'est notamment le cas de la tique géante ou tique à pattes rayées (Hyalomma marginatum). Elle a été observée pour la première fois en 2015 chez des bovins dans les Pyrénées-Orientales. Elle est active entre fin mars et juillet-août. On la retrouve essentiellement sur les chevaux et le bétail.  Si sa piqûre est inoffensive et ne représente aucun danger sanitaire pour l'animal, elle peut transmettre un virus responsable d'une maladie qui peut être mortelle pour l'homme : la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Ce virus sévit déjà en Grèce, en Turquie et en Espagne.

Cette tique est très surveillée et elle nous inquiète. Elle est très présente en Afrique du Nord. C'est une espèce invasive et elle pourrait possiblement remonter plus au nord avec le réchauffement climatique.

Jonas Durand, ingénieur de recherche programme CiTIQUE.

Vivre avec la tique

Une menace qui ne doit pas faire oublier que la tique fait aussi partie de tout un écosystème. "La tique est importante pour la biodiversité, insiste Jonas Durand. Elle est source de nourriture pour bon nombre d'autres animaux : araignées, fourmis, oiseaux ou lézards, et même pour certains champignons ! Il faut donc apprendre à vivre avec. Le risque est très présent, mais il ne faut pas dramatiser. Il ne faut pas que les gens aient peur, mais apprennent à se protéger."

Depuis janvier 2017, CiTIQUE a répertorié près de 70 000 piqûres d'humains en France, plus de 12 000 sur des animaux (dont la moitié sur des chiens). En Bourgogne-Franche-Comté, on a ainsi signalé un peu plus de 5 500 piqûres. Des chiffres bien loin de la réalité, avouent les scientifiques.

"Dans son dernier baromètre qui date de 2019, Santé Publique France estimait que 6% des Français avaient été piqués lors des 12 derniers mois, indique Jonas Durand. On est seulement entre 12 000 et 20 000 signalements seulement par an sur des hommes ou des animaux pour CiTIQUE, on peut faire mieux !"

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