Salon de l’agriculture : “J’utilise les réseaux sociaux pour montrer notre travail d’agriculteur”

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En réaction à l’agribashing, Anna Boucard, agricultrice avec son mari Jean-François dans le Doubs, publie de nombreux posts sur les réseaux sociaux pour “parler de son métier sans rien cacher”. Productrice d’Emmental grand cru à Bernois, elle est venue présenter son fromage sur le stand d’Agridemain au Salon Internationale de l’Agriculture. Avec dans sa poche, de nombreux petits galets à semer dans les allées des pavillons de la Porte de Versailles.

Anna Boucard manie aussi bien les # et les @ que ses 42 vaches montbéliardes. On le voit sur la botte qu'elle a déposée sur le stand de Agridemain du salon de l'agriculture. Un regroupement issu de la  FNSEA et d'autres organismes, qui affiche son message sur son site : "En donnant la parole aux agriculteurs, à tous ceux qui participent à la production agricole, notre ambition est de vous raconter l’histoire de cette agriculture sans artifice, empreinte de réalisme, avec ses atouts et ses défis". 

Tout est bon pour donner une bonne image des agriculteurs. Depuis plus d’une dizaine d’années, elle passe plusieurs heures par jour sur son téléphone pour publier sa vie quotidienne sur l’exploitation qu’elle tient avec son mari.  

Le couple produit du lait qui est transformé en emmental grand cru. Une IGP encore peu connue produite à deux pas des terres à Comté. C’est pour en parler qu’Anna Boucard est venue passer deux jours à Paris.  

“On est en agriculture raisonnée. On travaille avec un technicien, on n’est pas là pour mettre une surdose.” Sans la solliciter, l’agricultrice aborde d’emblée la question des pesticides et des engrais. “Un jour, me raconte-t-elle, des randonneurs se sont arrêtés à la ferme. J’ai pris le temps de leur montrer le petit carnet dans lequel on doit noter tous les phytos qu'on met dans les sols. Quand une personne a des a priori sur mon métier, j’arrive toujours à la convaincre !”.  

“Il faut oser leur parler” 

Anna Boucard est convaincue de faire du bon travail. Elle insiste sur le bien-être de ses animaux et le bon rendement de ses 30 hectares de céréales. Le prix de leur lait, acheté par la fromagerie de l’Hermitage, tourne au tour des 480 euros les 1000 litres. Une rémunération qui leur permet de vivre correctement et qui prouve la qualité de leur lait. Anna Boucard travaille en conventionnel. “ Avant d’être bio, rétorque-t-elle, il faut l’être dans la tête.”

Contrairement à ce que l’on observe dans de plus en plus d’exploitations, Anna et Jean-François ne visent pas l’autonomie de leur exploitation. Ils vendent leurs céréales et achètent des compléments alimentaires pour nourrir leurs vaches en plus du fourrage. Une stratégie qui pourrait, peut-être, évoluer si le prix du concentré continue de s’envoler. En six mois, il est passé de 80 à 120 euros la tonne.

 “Ne rien cacher” 

Qu’est-ce-que cela veut dire bien travailler ? Nous discutons tout en marchant dans les allées du salon de l’agriculture. Et si on vous demande d’aller encore plus loin dans la préservation de l’environnement ? “Ah, ça c’est mon mari qui pourrait vous répondre.”  

Plus de 4 000 personnes suivent la page facebook du GAEC de la Motte. “Je parle sans rien cacher au grand public. Le consommateur a l’impression qu’on leur cache plein de choses. Il faut tout le temps qu’on se justifie. Avec les collègues, on voudrait stopper l’agribashing. Pensez au bien-être animal, c’est bien mais si l’éleveur ne va pas, l’animal il voudra pas aller.” 

Parmi ses nombreux engagements, Anna Boucard fait partie de groupe de paroles sur facebook. Avec “Agricultrices face à la crise”, elle est en prise direct avec les difficultés de la profession. “On échange énormément” me dit-elle avec conviction. Anna Boucard a l’empathie facile et un sens du dialogue qui a tout du bon sens.  Avec son tee-shirt vert “Les agriculteurs ont du cœur" et son bonnet rose “Agricultrice solidaire”, Anna Boucard met son charisme au service des autres. En relevant des défis, des agriculteurs reversent de l’argent à la Banque à l’alimentaire.  

Cette générosité si attachante, on la retrouve dans l’une de ses dernières passions : Anna Boucard est venue au salon avec plein de petits galets peints dans sa valise.

 

Des petits galets semés dans les allées du salon comme des bouteilles à la mer. C’est le principe de ce jeu lancé sur facebook. Les visiteurs qui auront récupéré l’un de ces petites pierres les redéposeront là où bon leur semble. Une chaîne comme les aime Anna Boucard. Avec une petite exception. Le plus gros galet, elle l'a réservé au propriétaire de Neige, l'égérie du salon 2022. Anna Boucard a posé devant la vache avec un réelle plaisir. Sincère jusqu'au bout. 

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