Deux jeunes loups vont-ils être abattus en Suisse ? Les défenseurs de la meute du Marchairuz entre France et Suisse appellent à un rassemblement

Les loups sont de retour. Deux meutes se sont sédentarisées dans les montagnes du Jura. Samedi 9 octobre 2021, les défenseurs du loup se mobiliseront sur le site naturel du Marchairuz dans le canton de Vaud en Suisse, pour dénoncer l’abattage prévu de deux jeunes loups par les autorités suisses.

La mobilisation prend de l’ampleur. Médiatiquement, le loup est devenu le sujet sensible en Suisse. Samedi 9 octobre de 14h à 16h, les défenseurs du loup emmenés par Alain Prêtre se réuniront sur le site du Marchairuz, non loin de la frontière avec Bois d’Amont en France. Un paradis blanc bien connu des skieurs l’hiver pour ses pistes de ski nordique, et l’été pour ses paysages d’alpages au-dessus du lac de Joux. Dans ce décor, s'étend l’unique zone de présence permanente du loup en Bourgogne-Franche-Comté. Depuis 3 ans environ, on y compte une dizaine d’individus. La première reproduction y a été observée dès 2019.

Pourquoi abattre ces deux jeunes loups en Suisse ?

La meute actuelle du Marchairuz a prélevé 11 veaux ces derniers mois dans ce secteur. Un quota qui permet aux autorités suisses de passer à l’action pour protéger les éleveurs.

L’Office Fédéral de l’Environnement (OFEV) de Suisse a approuvé la demande de régulation déposée par le canton de Vaud. Les tirs prévus ciblent deux jeunes loups. L'OFEV préconise de tuer ces louveteaux devant leurs parents pour que "les loups redeviennent craintifs". Le canton peut réaliser ces tirs jusqu’à fin mars. “Les garde-faune sont postés quasiment toutes les nuits depuis début septembre pour tenter de les abattre, mais les jeunes louveteaux sont de plus en plus autonomes, ça va devenir compliqué de les tirer”, espère Alain Prêtre.

Un homme en grève de la faim pour épargner les loups

Sur place, selon lui, des opposants aux tirs des loups interviennent régulièrement pour s’interposer entre garde-faune et la zone où sont censés être les loups. Amoureux du loup, un bûcheron Suisse Fabrice Monnet et son association “Defend the wolf” a même commencé le 22 septembre une grève de la faim sur place pour dénoncer la décision des autorités suisses. Il a déjà perdu 8 kilos. 

“C’est à nous être humain de nous adapter à la présence du loup, c’est pas au loup de s’adapter, il y a des moyens qui existent. C’est à l’Etat de mettre la main à la pâte", estime-t-il.

Tirer les loups, une décision absurde et contre productive pour les défenseurs du loups

Pour Alain Prêtre et ceux qui se mobiliseront ce samedi, la décision prise par Béatrice Métraux, conseillère d’Etat verte et cheffe du département vaudois de l’environnement n’est pas la bonne. “Le fusil est la réponse expéditive qu’elle a décidé de mettre en œuvre à la suite de la prédation d’une petite dizaine de bovins par le loup. Cette mesure est dénoncée par l’ensemble du monde scientifique et par un certain nombre d’éleveurs".

“L’abattage de deux loups, non seulement, ne résoudrait rien, mais amplifierait le risque de prédation sur les troupeaux. Il s’en suivrait indiscutablement un éclatement et une dispersion de la meute. La chasse d’un cerf ou d’un sanglier, les proies de prédilection du loup, exige une attaque collective. Un loup isolé est dans l’incapacité de tuer un grand herbivore comme le cerf. Cela signifie que les attaques sur les veaux, proies beaucoup plus modestes, se multiplieront dès lors que la meute se disloquera” expliquent les défenseurs du loup dans un communiqué.

Au fusil, ils préfèrent qu’on aide les agriculteurs à s’équiper pour cohabiter avec le loup. Selon eux, la part des attaques de loups, 11 veaux sur un cheptel de 1500 est bien moins importante que les pertes subies au printemps pluvieux et froid. Une centaine de bêtes avaient alors péri.

Tuer des loups alors qu’il n’y a aucune protection ici, ça n’a aucun sens.

Fabien Bruggmann, photographe

Samedi, le photographe jurassien Fabien Bruggmann se rendra sur le site du Marchairuz. Ce passionné photographie le loup dans le monde entier, du Jura aux Abruzzes, à la frontière entre Pologne et la Biélorussie où il se retrouve face à face avec une meute entière. Pour lui, la décision des autorités suisses n’est pas la bonne. “Je n’ai rien contre l’abattage d’un loup qui poserait problème. Au Marchairuz, il n’y a que quelques parcs électrifiés. Il faudrait plus de chiens de protection. Face à une meute de loups, il faut une meute de chiens” estime-t-il, invitant les cantons à financer des chiens patous plutôt que de l’argent pour l’indemnisation des éleveurs.

Il regrette cette décision d’abattage systématique . “On sait que ça ne sert à rien” dit-il. Selon Fabien Bruggmann, la meute du Marchairuz contre entre 10 et 15 individus. Elle a atteint sa taille limite et va s’éclater. “Les petits nés dominants vont partir, on n’aura jamais dans ce secteur plus de loups, c’est un phénomène biologique, on le sait depuis des siècles” augmente ce défenseur du loups.

Une autre meute se reproduit dans le massif du Risoux entre Jura et Doubs

La zone de présence permanente du loup, ZZP du Marchairux fait l’objet depuis 2018, d’un protocole de suivi spécifique franco-suisse. Elle évolue sur un territoire allant du Mont d’Or dans le Doubs, à la Valserine dans le Jura et le canton de Vaud. Le 5 octobre, la Préfecture du Doubs a annoncé que le suivi estival effectué cet été sur le département du Doubs a permis de confirmer la reproduction de l’espèce et l’installation d’une 2e meute sédentarisée sur le massif du Risoux qui s’étend du Doubs au Jura. Le suivi hivernal, permettra d’affiner la connaissance sur cette nouvelle meute, née de celle du Marchairuz, et de connaître plus précisément ses déplacements.

Un comité départemental « grands prédateurs » est prévu courant octobre pour partager, avec les différents acteurs concernés par la présence du loup et du lynx, les dernières informations de suivi et présenter le dispositif d’alerte et d’accompagnement des éleveurs (aides et indemnisations) en cas d'attaques.

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