Covid-19 : perte d’emploi, annulation de stage, cours à distance... La galère des jeunes pendant la crise sanitaire

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sylvia Bouhadra .

La crise sanitaire a considérablement aggravé la précarité des jeunes. Entre perte de petit boulot, annulation de stage, mais aussi décrochage scolaire, doutes et incertitudes font désormais partie intégrante du quotidien des 18-25 ans. Témoignages.

"C’est dur d’avoir 20 ans en 2020", déclarait le président de la République Emmanuel Macron, le 13 octobre, alors qu’il annonçait les premières mesures de couvre-feu. Et c’est une réalité, la pandémie a lourdement pesé sur le quotidien des 18-25 ans. Ils n'ont pas pu travailler cet été, les étudiants ont vu leurs cours annulés et leurs examens décalés… Et ce n’est pas prêt d’être terminé au vu de la situation toujours dégradée.

 

 

Je me faisais refouler de partout

Victor

"Mes projets sont tombés à l’eau à cause de la crise sanitaire". Victor a 21 ans. Après trois ans d’études d’art appliqué à Dole (Jura), l’épidémie a eu un impact considérable sur sa recherche d’emploi : "Ça a été très difficile de trouver des contrats. Le seul travail que j’ai réussi à trouver, c’est un 24 h par semaine", explique-t-il. Alors, après avoir été logé par son père pendant le confinement, Victor se retrouve sans domicile fixe : "J’ai vécu deux mois sans logement. Il m’arrivait de dormir dans ma voiture par manque de finances".



Aujourd’hui, Victor a retrouvé un logement et travaille pour une enseigne de prêt-à-porter à Besançon (actuellement en chômage partiel). Un emploi loin de son domaine de prédilection : "Là, j’ai eu la chance de trouver un travail, mais avant ça, je me faisais refouler de partout. À la base je suis dans l’infographie et la réalisation et c’est des secteurs qui sont en galère", continue le jeune homme. Victor est loin d’être le seul de sa génération à avoir eu des difficultés dans sa recherche d’emploi. Les moins de 25 ans sont les plus touchés par les suppressions d'emplois précaires entraînées par la pandémie. 



Cassandra Stévenard est étudiante en classe préparatoire au lycée Victor Hugo de Besançon. Pour subvenir à ses dépenses durant l’année, elle est dans l’obligation de travailler les deux mois d’été. Or, cette année, ce fut très compliqué : "À cause de la crise sanitaire, j'ai eu de grandes difficultés à trouver un emploi et n'ai eu que trois semaines de salaire…", raconte la jeune femme de 20 ans. "Je me retrouve donc à devoir financer une année entière (la scolarité est gratuite, mais les manuels, la nourriture, les vêtements, les transports ne le sont pas) avec 1000 euros en tout et pour tout", poursuit-elle.

 

Je passe des nuits blanches à réfléchir

Julie Bali

Julie Bali a 24 ans et est étudiante en master 2 d’art du spectacle à Besançon. Elle aussi a eu des difficultés à trouver un job d’été : "Cet été, je n’ai pas pu bosser et j’ai dû acheter des livres assez chers, car les bibliothèques universitaires étaient fermées", raconte la jeune femme. Suite à l’annonce du nouveau confinement mercredi 28 octobre, l’étudiante dit ne plus réussir à dormir. Elle est angoissée. La raison ? Julie Bali craint de perdre son nouveau travail : "A la rentrée, j’ai trouvé un travail en périscolaire. Mais comme j’ai des soucis de santé, j’ai préféré me mettre en arrêt de travail pour 15 jours pour ne pas prendre de risque". 



Elle continue : "Il y a une part de moi qui a peur d’être licenciée ou de devoir démissionner. Ils vont peut-être en avoir marre de payer deux personnes et moi, je ne peux pas risquer ma santé", avoue-t-elle. Car Julie Bali est travailleuse handicapée. Elle souffre d’une maladie auto-immune chronique. "Du coup, là, si je perds mon emploi ça va être très difficile. C’est vraiment anxiogène. Depuis le discours du président, je passe des nuits blanches à réfléchir".

 

J'ai peur de ne pas réussir à maintenir un rythme de travail adéquat

Cassandra Stévenard



Quant aux études, les difficultés sont également notables. La fermeture des universités en mars dernier a été la cause d’un décrochage scolaire chez bon nombre d’étudiants. Cassandra Stévenard, l’avoue, elle a eu du mal à tenir le rythme de la prépa : "Sans la pression des professeurs, des interrogations, des cours au rythme soutenu... Comment conserver le rythme de travail caractéristique de la prépa ? Personnellement, et je ne suis pas la seule, j'ai décroché".

 

"La reprise des cours a été assez difficile. C'est un gros changement de rythme, c'est retrouver des cours difficiles après plusieurs mois de "repos". Pour être honnête, mes notes illustrent bien ma difficulté à retrouver les réflexes acquis en 2 ans de prépa", conclut-elle.



Pour Julie Bali, les cours pendant le confinement ne sont pas simples non plus. "Les cours, c’est un peu la catastrophe. À la fac j’avais une preneuse de notes, mais là, avec le confinement, ce n’est pas possible et j’ai besoin de plus de temps pour pouvoir réussir mes examens". En plus, l’étudiante en art du spectacle a vu son stage de dernière année annulé. "Je devais partir à l’étranger pour un stage et là, c’est mort. Ça remet en cause un an et demi de travail".

 

Je me sens complètement délaissé par l'Etat

Victor



En France, 1,5 millions de jeunes sont précaires. Pour leur venir en aide, une aide exceptionnelle de 200 euros a été versée en juin à quelque 800 000 jeunes de moins de 25 ans. Une aide loin d’être suffisante pour Victor : "Je me sens complètement délaissé par l’Etat. On nous octroie certaines aides, mais faut remplir pleins de conditions", déplore-t-il. Le jeune homme devait toucher une prime Covid de plus de 700 €. Qu’il n’a jamais reçu : "J’étais en intérim pendant cette période. Une aide devait être versée. On nous a dit pleins de trucs différents et finalement, on n’a rien perçu", conclut-il. Comme d'autres, il espère pouvoir reprendre le travail dès la fin de ce deuxième confinement.
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