Glyphosate : Monsanto condamné à payer 289 millions de dollars à un jardinier américain atteint d'un cancer

© JOSH EDELSON / AFP
© JOSH EDELSON / AFP

Le géant de l'agrochimie, qui n'a pas informé de la dangerosité de son Roundup à l'origine du cancer de Dewayne Johnson, a décidé de faire appel. De quoi donner du grain à moudre aux agriculteurs et politiques francs-comtois, divisés sur la question de cet herbicide controversé. 

Par Adrien Gavazzi

Un tribunal de San Francisco a donc condamné ce vendredi Monsanto, les jurés ayant déterminé que le géant de l'agrochimie avait agi avec "malveillance" et que son herbicide Roundup, ainsi que sa version professionnelle RangerPro, avaient "considérablement" contribué à la maladie du plaignant, Dewayne Johnson.

Tombé dans les bras de ses avocats à l'annonce du verdict, partagé entre larmes et sourire, cet Américain de 46 ans réclamait plus de 400 millions de dollars, estimant que les produits de Monsanto avaient entraîné son cancer et que la multinationale avait sciemment caché leur dangerosité. 

Cette dernière a été condamnée à 250 millions de dollars de dommages punitifs, assortis de 39,2 millions de dollars d'intérêts compensatoires.
  
L'entreprise a par ailleurs immédiatement réagi dans un communiqué, annonçant qu'elle avait l'intention de faire appel et réitérant l'idée que le glyphosate, principe actif du Roundup, ne cause pas le cancer et n'est pas responsable de la maladie du plaignant.

Les élus francs-comtois divisés 

Le glyphosate fait l'objet d'études et de décisions contradictoires depuis de nombreuses années. Plébiscité par les cultivateurs pour son efficacité et son faible coût, il fait particulièrement polémique en Europe et notamment en France.

Emmanuel Macron avait promis son interdiction sous trois ans, le temps de trouver un pesticide moins polluant ; des amendements en ce sens avaient été déposés à l'Assemblée. Ils ont finalement été rejetés par les députés.

Parmi eux, pour la Franche-Comté, seule Fanette Charvier (LREM) s'est prononcée pour l'interdiction. Barbara Bessot Ballot (LREM) s'est prononcée contre. Les autres députés étaient tous absents au moment du vote, y compris Eric Alauzet (LREM), pourtant connu pour ses positions écologistes. 
 

Pesticides : votre député a-t-il voté pour ou contre l'interdiction du glyphosate ?

Interdire l'utilisation du glyphosate d'ici trois ans, le temps de trouver un autre pesticide moins polluant : pour certains députés, la promesse du président de la République devait être complétée par une loi. Des amendements à la loi agriculture et alimentation ont été déposés en ce sens.


Suite à la parution de cet article, Eric Alauzet a tenu à réagir : « J’ai à la fois déposé un amendement visant à interdire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant la substance active « glyphosate » à compter du 1er juillet 2021 et cosigné l’amendement de mon collègue Mathieu Orphelin qui proposait une interdiction aménageable dès mai 2021.

(...)

Les deux amendements ont été discutés dans la nuit de lundi à mardi, à partir de 1H10 avec un vote à 1H40 du matin, alors que la séance est habituellement levée à 1H00. Mon amendement a été défendu par ma collègue de la première circonscription du Doubs, Fannette Charvier. »

La FNSEA, partisane du glyphosate, « faute de mieux »


Chez les paysans aussi, le débat est très vif entre partisans d'une agriculture plus raisonnée et ceux qui sont favorables à l'utilisation de l'herbicide. Nous avions réalisé un reportage sur cette question en octobre 2017, au moment du renouvellement en Europe de la licence du glyposate : 
 

Reste à savoir si la condamnation de Monsanto, la première peut-être d'une longue série (on enregistre des milliers de procédures en cours rien qu'aux Etats-Unis), fera évoluer les positions des uns et des autres sur ce sujet explosif. 

 

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