Fondée il y a plus de 1400 ans par Saint Colomban, l'abbaye de Luxeuil-les-Bains se réinvente avec de nouveaux propriétaires

Fondée en 590 par le moine et prophète irlandais Saint Colomban, l'abbaye de Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône) cherchait depuis six ans un nouveau propriétaire. Le diocèse de Besançon a vendu et donné les clefs jeudi 18 avril à un couple, Pascale et Jean-Yves Parisot. Un centre d'événementiel et de séminaires professionnels doit ouvrir au printemps 2026.

Si la signature de l'acte (de 50 pages et 400 pages d'annexes !) chez le notaire a eu lieu le 15 février, c'est bien ce jeudi 18 avril, en présence de tous les acteurs du dossier, que le diocèse de Besançon a remis les clefs de l'abbaye de Luxeuil-les-Bains aux nouveaux propriétaires Pascale et Jean-Yves Parisot, cadres dirigeants de profession.

L'ensemble architectural de 6 000 m2 et son parc devraient accueillir en 2026, après les derniers travaux, des séjours de travail résidentiel pour les entreprises. Le montant de la transaction n'a pas été pour l'heure révélé.

Cela faisait six ans que le diocèse de Besançon cherchait à céder cet édifice immense et difficile à entretenir. L'abbaye a accueilli tout à tour un séminaire, puis une maison d'accueils de groupes de chrétiens. "Pour nous, ce qui était important, explique l'économe du diocèse de Besançon Philippe Tixier à notre équipe de reportage Isabelle Brunnarius et Jean-Stéphane Maurice, c'était de trouver un projet qui fasse consensus avec toutes les parties prenantes. Il y a beaucoup d'associations, de bénévoles et de collectivités territoriales qui sont associés à l'abbaye."

Le collège privé hébergé encore aujourd'hui dans ces lieux va d'ailleurs être transféré dans l'ancien collège public de la ville, un bâtiment de la communauté d'agglomération dans lequel celle-ci a renoncé à s'installer. "Il y a eu tout un tas de tractations, de discussions compliquées, retrace le maire de Luxeuil-les-Bains Frédéric Burghard. Cela a créé quelques tensions au sein même de l'équipe municipale, du conseil communautaire, mais tout le monde s'est accordé à dire qu'il ne fallait pas laisser passer cette opportunité d'achat de l'abbaye par les Parisot. Donc, on a trouvé le mécanisme pour prendre cette belle décision à l'été dernier qui a permis à l'acte de cession d'aller jusqu'au bout."

Un projet inscrit dans une longue histoire

Ni la statue de Saint Colomban bâton de pèlerin en main, ni les peintures monumentales, ni aucune trace du passé chrétien millénaire des lieux ne sera ôtée. Le couple d'entrepreneurs y tient. Le cadre offrira une ambiance studieuse et apaisée. 10 millions d'euros vont encore être investis pour restaurer un toit, le plancher affaissé de la chapelle et remplacer toutes les fenêtres. 

Le site proposera à partir de 2026 :

  • un centre de conférence d'une capacité de 300 personnes
  • de nombreuses salles de réunion équipées
  • 60 chambres
  • de la restauration, un verger et un jardin potager sur place
  • des espaces de silence
  • des offres de soins du corps et bien-être ainsi que de la méditation

Un ancrage dans la ruralité

Outre des séjours de travail résidentiels pour les entreprises, des expositions et événements culturels ouverts au grand public, l'abbaye de Luxeuil proposera un "colloque annuel international sur la Nouvelle Ruralité Durable". "Notre souhait, c'était d'avoir un projet qui impacte une zone rurale, précise Pascale Parisot. On est très attachés aux zones rurales. On a beaucoup reçu nous-même, ce qui nous a permis de faire des études, d'avoir des professions à haut niveau de responsabilité. Et en fait, c'est un peu aussi la volonté de rendre aux zones rurales ce qu'elles nous ont apporté."

L'abbaye de Luxeuil, bien qu'au cœur de la Haute-Saône, revendique au sud des Vosges et en Bourgogne-Franche-Comté, dont le couple est originaire, une localisation dans le "centre géographique et historique" de l'Europe. À 30 et 45 minutes des gares TGV de Remiremont et Belfort-Montbéliard, à 1h20 de l'aéroport international de Bâle-Mulhouse et proche de trois autoroutes. Pascale et Jean-Yves Parisot entendent faire rayonner la bâtisse pour de longues années encore.