Haute-Saône : "Nous on le dit, c'est un loup", les agriculteurs à bout après une huitième attaque

Une nouvelle réunion de crise était organisée ce mardi 19 janvier, alors que les éleveurs ont appris qu’une nouvelle attaque avait eu lieu l’avant-veille. C’est la huitième ce mois-ci. Officiellement, l'animal en cause n'a toujours pas été identifié comme étant un loup.

Devant l'un des ovins tués à Ormoy dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 janvier, des empreintes
Devant l'un des ovins tués à Ormoy dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 janvier, des empreintes © Antoine Laroche / France Télévisions

Pour la deuxième fois en cinq jours, une réunion du comité départemental Loup était organisée ce mardi 19 janvier. Après huit attaques dans des élevages en 15 jours, et plus de 80 ovins tués, les agriculteurs et leurs représentants, des associations d’élus et de protection de la nature, l’Office français de la biodiversité et les services concernés de la préfecture ont notamment évoqué les mesures de protection à prendre. En effet, malgré les demandes des représentants des agriculteurs, l’autorisation de tirs de défenses est pour le moment écartée. “Il y a 81 animaux tués si on compte les disparitions et ceux qu’on a dû euthanasier" se désole Emmanuel Aebischer, président de la FDSEA 70 “si 81 ça ne suffit pas, qu’est-ce qu’il faut donc ?” 

Si pour la FDSEA, il ne fait aucun doute qu’un loup est à l’origine de ces attaques, les services de l’Etat restent pour l’instant prudents.  Dans un communiqué du 15 janvier, la préfecture expliquait que les constatations faites sur les lieux des attaques par l’OFB “conduis[aient] à ne pas écarter la responsabilité du loup, compte tenu des caractéristiques de la prédation et des traces laissées par l’animal”

Pour le président de la FDSEA, cette situation est “usante”. “Il faut qu’on arrête de tourner autour du pot” déclare Emmanuel Aebischer “tout le monde le sait et personne le dit”. Le président du principal syndicat agricole évoque pour preuve les morsures dont ont été victimes les brebis, les empreintes retrouvées dans la neige auprès des cadavres et une vidéo tournée par un promeneur dans la forêt la semaine dernière. “Ils ne veulent pas le dire, mais nous on le dit” assure-t-il “c’est un loup.”

Des attaques à répétition 

Depuis le début du mois de janvier 2021, sept attaques de troupeaux d’ovins ont été dénombrées, toutes dans le secteur Port-sur-Saône. La première s’est déroulée à Arbecey, dans la nuit du 6 au 7 janvier. Une vingtaine de brebis ont été retrouvées mortes, égorgées et souvent éventrées. La nuit suivante, 5 moutons ont été tués à Breurey-les-Faverney. Puis, du 11 au 12 janvier, à quelques kilomètres seulement, à Fleurey-lès-Faverney, 8 moutons ont été victimes d’une autre attaque. Enfin, chaque nuit du jeudi 14 au dimanche 17 janvier, des ovins ont été attaqués, dans des élevages à Gervigney-Mercey, Jussey, Cendrecourt et Ormoy. 

Lors de cette réunion du comité départemental Loup, les participants ont également appris qu’une nouvelle attaque a été commise, dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 janvier, à Passavant-la-Rochère, où deux brebis ont été tuées. 

L'hypothèse d’un loup qui se déplacerait le long de la Saône

Avec cette dernière attaque, se dessine une nouvelle hypothèse : il pourrait s’agir d’un animal qui se déplace vers le Nord, en suivant la Saône. Ainsi, au cours de cette réunion, plusieurs acteurs ont évoqué une attaque de moutons dans le Jura près de Dole fin novembre 2020. Le même animal pourrait en être à l’origine. “Est-ce qu’il est en train de quitter la Haute-Saône et de remonter dans les Vosges ?” s’interroge Emmanuel Aebischer, “on ne peut pas se contenter de ça, et ce n'est pas un cadeau pour nos voisins”. 

Une série d’attaques en septembre 2020 

Ces attaques à répétition rappellent les événements de la fin de l’été 2020. Entre le 11 août et le 21 septembre, 20 ovins et 15 bovins avaient été tués, au cours de 21 attaques dans le secteur de Fougerolles, en Haute-Saône et dans les Vosges. L’hypothèse était alors qu’il s’agissait d’un loup dont le comportement aurait été dénaturé. Après plusieurs semaines de réunions, la préfecture avait autorisé des tirs de défenses. Un louvetier avait abattu un loup le mercredi 23 septembre au Val-d’Ajol dans  les Vosges voisines. 

Les premiers éleveurs vont être indemnisés indique la Préfecture de Haute-Saône

8 attaques, 74 ovins tués, 6 disparus et 8 blessés dans le Nord-ouest de la Haute-Saône depuis le 7 janvier 2021. La Préfecture a indiqué à l'issue du comité loup que, "à ce jour 3 constats de dommage ont été validés par la DDT et les courriers d’indemnisation vont être proposés aux éleveurs dans la foulée. Les services de l’État indiquent étudier avec les éleveurs victimes de ces attaques les mesures de protection et, le cas échéant, d’effarouchement susceptibles d’être mises en oeuvre sans délai. Un premier lot de clôtures électrifiées a ainsi d’ores et déjà été mis à disposition. Enfin, parmi les éleveurs ayant subi des attaques, ceux qui auront pris des mesures de protection pourront demander, après un diagnostic établi par la DDT, à êtreautorisés à réaliser des tirs de défense.


Le comité départemental « Loup » a également pu rendre un avis favorable sur le projet de classement des communes du département élargissant l’accès aux financements pour la protection des troupeaux contre la prédation par le loup. Les attaques récentes ont ainsi pu être prises en compte dans le projet de classement et ce sont ainsi 61 nouvelles communes, classées en « cercle 2 » qui pourront bénéficier dès 2021 d’un accès élargi aux aides de l'opération de protection de l'environnement dans les espaces ruraux portant sur la protection des troupeaux contre la prédation dit “OPEDER”.


La Préfete doit se rendre mercredi 20 janvier sur le terrain avec les agriculteurs concernés par ces attaques.
Il reste conseillé aux éleveurs de continuer d’exercer une surveillance accrue de leurs troupeaux sur le nord de la Haute-Saône.

 

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