INFO FRANCE 3. Le père de Nicolas Zepeda dévoile 14 arguments pour contrer l'accusation lors du procès en appel à Vesoul

Humberto Zepeda, père de Nicolas Zepeda accusé d'avoir assassiné Narumi Kurosaki, une étudiante japonaise en 2016 à Besançon, nous a transmis un argumentaire complet, censé prouver l'innocence son fils. Détails.

Le père de Nicolas Zepeda n'a pas l'intention de rester muet face au sort de son fils. Tout va se jouer dans la salle d'assises du palais de justice de Vesoul, dès ce jeudi 23 février. Contrairement à l'an passé, Humberto Zepeda s'est placé dès mardi en première ligne face aux caméras. Il a dévoilé d'emblée la stratégie de défense de Nicolas Zepeda, arrivé dans le box des accusés sans avocat ( on vous l'explique dans cet article).

On se souvient que Zepeda père était resté totalement silencieux en première instance, se refusant à tout commentaire, avant, pendant et même après le verdict, se rangeant derrière Me Jacqueline Laffont, pourtant visiblement en désaccord avec elle. Cette fois, il apparaît très offensif, déterminé à pointer du doigt la justice française. Il le clame haut et fort : son fils est innocent. Le père de famille au visage fermé n'est pas arrivé les mains dans les poches à Vesoul mais avec un discours bien rodé et une liste d'arguments qu'il a souhaité transmettre à France 3 Franche-Comté, ce mercredi 22 janvier.

Cette liste contient 14 points détaillés, sur lesquels la famille Zepeda entend s'appuyer pour prouver à la justice française que le trentenaire est innocent. Ils ont été traduits par nos soins de l'espagnol au français, le plus scrupuleusement possible dans un souci de respect de la parole de M. Zepeda, avec les tournures de phrases originelles que cela implique.

Ecoutez Humberto Zepeda, au micro d'Emmanuel Rivallain et Florence Petit :

Les 14 arguments de défense d'Humberto Zepeda, père de l'accusé

1 ► "Nous ne savons pas avec une certitude absolue et il n'existe aucune preuve concrète, irréfutable ou scientifique de la manière, du moment et du lieu où Narumi a disparu ou a perdu la vie, questions qui sont confirmées par les déclarations de deux témoins qui disent être certains de l'avoir vue aux dates de sa disparition et dans des lieux différents".

Précision de notre rédaction : Les témoins en question n'ont pas été interrogés durant le premier procès à Besançon, en 2022. Les témoignages n'ayant pas été jugés crédibles par les enquêteurs.

2 ► "Il n'y a aucun témoin oculaire de la commission du crime".

3 ► "Il n'y a pas d'images ou d'enregistrements des caméras de vidéosurveillance qui montrent l'acte du crime, bien qu'il y ait 29 caméras dans tout le campus et des rondes nocturnes par les gardes de la résidence universitaire (selon la presse de l'époque, il y a une image d'une caméra de la résidence universitaire qui montre Nicolás quittant le bâtiment seul et avec sa valise aux premières heures de ce jour). Que s'est-il passé ? Ce que la caméra a enregistré a disparu".

Précision de notre rédaction : Des enregistrements vidéo d'un rôdeur ont été visionnés pendant le procès. Ce dernier avait le visage dissimulé et portait les mêmes vêtements que ceux de Nicolas Zepeda. Le GPS de son véhicule bornait à cet endroit à chaque fois que l'individu apparaît sur les caméras de vidéosurveillance. Certaines caméras installées sur le campus étaient mal entretenues, mal orientées et défectueuses. Aucune image d'un homme transportant un cadavre n'a été présentée par l'accusation lors du premier procès.

4 ► "Aucune arme du crime, quelle qu'elle soit, n'a été trouvée avec les empreintes digitales de Nicolas".

5 ► "Aucune trace de l'ADN de Narumi n'a été trouvée dans le véhicule que Nicolas utilisait pour se déplacer ces jours-là, ni dans le coffre ni sur les sièges arrière".

6 ► "La valise n'a jamais été retrouvée et il n'y a aucune preuve qu'elle ait été brûlée dans la forêt ou abandonnée au bord d'une rivière. Des tonnes d'ordures ont été fouillées au centre de collecte de la ville et rien n'a été trouvé".

Précision de notre rédaction : La valise dont parle Humberto Zepeda est celle que Narumi Kurosaki avait dans sa chambre universitaire. Elle n'a en effet pas été retrouvée par les enquêteurs. Ces derniers soupçonnaient Nicolas Zepeda de l'avoir utilisée pour transporter le corps de sa victime. Des tonnes d'ordure ont effectivement été passées au tamis. C'était pour retrouver des restes humains, comme l'avait expliqué  Edwige Roux-Morizot, procureure de la République de Besançon au début de l'affaire en 2016.

Revivre le déroulé de l'enquête dans l'affaire Nicolas Zepeda, grâce à nos archives :

durée de la vidéo : 00h09mn00s
Alors que le procès en appel de Nicolas Zepeda, Chilien condamné à 28 ans de réclusion criminelle pour l'assassinat de son ex-petite amie, s'ouvre à Vesoul du 21 février au 10 mars, replongez au coeur d'une affaire judicaire hors norme grâce aux archives de France 3 Franche-Comté. ©France Télévisions

7 ► "Aucune reconstitution de scène n'a été ou ne sera effectuée pour voir les horaires et les itinéraires qu'une personne aurait pu emprunter, confirmer les cris, l'acoustique du lieu et les distances. Le voisin immédiat de la chambre n'a rien entendu. D'autres ont entendu divers cris sur plusieurs étages, mais aucun n'a dit "c'était dans la chambre 106". Certains ont même dit que c'était à l'extérieur des locaux".

Précision de notre rédaction : Concernant les cris entendus lors de la soirée présumée du meurtre, les témoignages d'étudiants lors du procès bisontin ont été particulièrement marquants. Une jeune femme qui résidait juste en face de la chambre de Narumi Kurosaki en 2016 a rapporté avoir entendu "un cri assez aigu", lui faisant penser à un film d'horreur en train d'être visionné. C'était concomitant à des  "booms sur les portes, les meubles" . Une autre étudiante a parlé de "cris très forts, ressemblant à des cris de douleurs, 10 minutes, en continu" (relire notre article) . Une autre témoin a formellement reconnu Nicolas Zepeda sur une photo . Elle dit l'avoir vu en pleurs dans les cuisines collectives du bâtiment universitaire. Durant le procès à Besançon, la question du lieu exact du crime a effectivement été soulevée. Plusieurs hypothèses ont été débattues et notamment celle d'un acte commis hors de la chambre 106, dans la cage d'escalier, ce qui pourrait expliquer que le voisin direct de la victime n'a rien entendu, contrairement à des personnes situées dans les étages.

8 ► "A au moins 4 occasions, des personnes sont entrées dans la chambre de Narumi avant que les enquêteurs n'y entrent, y compris le petit ami français (ndlr, Arthur Del Piccolo), qui, dirons-nous, a été trompé par Narumi avec Nicolas. Et cette rencontre était absolument consentie selon les images qui montrent Narumi guider Nicolas vers l'entrée de l'immeuble".

Précision de notre rédaction : Nicolas Zepeda a déclaré avoir eu une relation sexuelle consentie avec Narumi Kurosaki la nuit de sa disparition. Pour son père, la victime aurait donc trompé son petit ami Arthur Del Piccolo, en renouant une relation amoureuse avec Nicolas Zepeda. L'enquête a démontré que des amis de la victime, dont son petit ami, inquiets de sa disparition, sont effectivement entrés dans la chambre de Narumi Kurosaki, grâce au gardien de l'immeuble universitaire. 

9 ► "La police a trouvé des documents sur la table de nuit qu'elle n'avait pas trouvés la première fois qu'elle est entrée dans l'immeuble. Qui peut croire qu'une personne qui sait que les hivers à Besançon sont rudes, peut n'avoir qu'un seul manteau ? Quand elle était au Chili, il y a des photos [de Narumi] avec deux manteaux différents. Qui peut croire que Narumi n'a qu'une seule paire de chaussures d'hiver ? Le lieu des faits a été absolument contaminé, beaucoup de choses ont été déplacées".

Précision de notre rédaction : Cet argument a été exploré par la défense lors du premier procès. La disposition des affaires personnelles dans la chambre de CROUS laissait penser que Narumi a quitté son logement sans son manteau, ses chaussures et son sac à main. Ces faits ont troublé l'audience à Besançon. Humberto Zepeda insiste sur une contamination potentielle de la scène de crime, voire une modification délibérée dans le but d'induire en erreur les enquêteurs. 

10 ► "Comment faire confiance à un rapport de localisation VPN, s'il dit qu'un signal a été déclenché par le téléphone portable de Narumi depuis Londres (Nicolas ne connaît pas Londres, il n'a jamais visité cette ville)" .

11 ► "Et l'autre signal enregistré au Chili (ndlr, du téléphone de Narumi), dont l'heure correspondrait à celle du retour de Nicolás au Chili, aurait été déclenché alors que Nicolás était à 1 heure et 10 minutes de son atterrissage, et que le vol avait un itinéraire normal".

Précision de notre rédaction : Humberto Zepeda évoque ici le fait que les signalements des téléphones portables ne correspondent pas à l'emploi du temps de son fils. Plusieurs experts, dont un investigateur en cybercriminalité, ont été appelés à la barre en ce sens l'an dernier pour expliquer les agissements numériques de l'accusé ( relire notre article). 

12 ► "Ils disent que la police n'a pas enquêté tout de suite parce que Nicolás aurait fait croire qu'elle était vivante. J'imagine que le téléphone portable fonctionnait avec la reconnaissance faciale ou l'empreinte digitale ou un code secret. Rappelons que pour changer le mot de passe de ce téléphone portable, il fallait obligatoirement entrer le mot de passe initial. L'empreinte digitale ou la validation via la reconnaissance faciale ne sont utilisées que pour se connecter. Du coup, 4 jours ont été perdus à cause d'une négligence impardonnable de la police".

13 ► "Ils font passer Nicolás pour très intelligent pour certaines choses (quand cela leur convient pour valider leur hypothèse) comme la planification du crime, par exemple, et très stupide pour d'autres comme le paiement de toutes ses dépenses avec des cartes de crédit pendant le voyage. Une personne moyennement intelligente qui voyage dans ce but ne ferait pas l'erreur de payer avec des cartes de crédit dans tous les endroits où elle se rend. Il n'y a pas de préméditation".

Précision de notre rédaction : La question de la préméditation a été au coeur des débats du procès en première instance de Nicolas Zepeda. La cour d'assises de Besançon a retenu le caractère prémédité de cet acte, dans la mesure ou l'accusé avait fait l'acquisition d'un bidon d'essence, d'allumettes et de détergeant, tout en précisant que la première intention du Chilien était de reconquérir Narumi Kurosaki. L'assassinat n'aurait constitué qu'un plan B au cas où Narumi refusait les avances de Nicolas Zepeda.

14 ► "Ils n'indiquent toujours pas avec des preuves concrètes à quoi ont servi le bidon de combustible, les allumettes et le détergeant dans la commission de ce prétendu crime. Il n'y a aucune trace d''utilisation de l'un d'eux, aucune preuve que quelque chose a été brûlé, ni aucune trace de ce à quoi ces produits auraient servi". 

L'argumentaire foisonnant martelé point par point par le père de famille servira sans nul doute à alimenter la ligne défense du clan Zepeda. Me Renaud Portejoie, nouvel avocat de la défense, s'est rendu ce mercredi dans l'après-midi, à la prison de Vesoul pour rencontrer Nicolas Zepeda. Il a expliqué qu’il avait déjà rencontré plusieurs fois l’accusé et qu’il avait été contacté mardi matin pour prendre la suite de Me Vey. “Vous allez demander le report ?”, a lancé notre journaliste Florence Petit. “On va en discuter avec notre client”, a-t-il répondu avant de s'engouffrer dans l'établissement pénitentiaire.

En première instance, le Chilien a été condamné à 28 ans de réclusion criminelle pour l'assassinat de Narumi Kurosaki.

>> Sarah Rebouh avec Emmanuel Rivallain et Stéphanie Bourgeot

Cette semaine, suivez en direct les débats en cours à l'intérieur de la salle d'assises du procès de Nicolas Zepeda. Rendez-vous chaque matin sur l'article "DIRECT" de notre site internet. 

►  Retrouvez tous nos articles au sujet de l'assassinat de Narumi Kurosaki