“Il nous faut des bras pour ouvrir des unités covid”, un appel au renfort des soignants lancé en Bourgogne Franche-Comté

Face à la situation de l’épidémie critique dans plusieurs hôpitaux notamment en Saône-et-Loire et dans le Jura, l’Agence régionale de Santé lance ce mercredi 4 novembre un appel à l’aide à tous les soignants ou anciens soignants disponibles.
La deuxième vague de coronavirus touche tous les hôpitaux de France. Un appel aux renforts des soignants est lancé en Bourgogne-Franche-Comté par l'Agence Régionale de Santé.
La deuxième vague de coronavirus touche tous les hôpitaux de France. Un appel aux renforts des soignants est lancé en Bourgogne-Franche-Comté par l'Agence Régionale de Santé. © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

100 nouvelles entrées par jour dans les hôpitaux de Bourgogne-Franche-Comté 

Lors d’une visio-conférence Pierre Pribile, directeur de l’agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté a tiré la sonnette d’alarme. En Bourgogne-Franche-Comté, 1240 personnes sont actuellement hospitalisées dont 150 en réanimation. Le flux d’entrée de patients s’accélère chaque jour. On compte dans la région plus de 100 nouvelles hospitalisations par jour et 15 en réanimation.
 

Au plus fort de la première vague, les hôpitaux de la région avaient accueilli 1380 patients malades du Covid-19. “Les tensions sont extrêmes dans certains points du territoire alors que nous ne sommes qu’au début de cette seconde vague” explique le directeur de l’ARS.
 

Un appel "à tous les soignants"

Les hôpitaux ont déclenché les plans blancs, déprogrammé des opérations, mais cela ne suffit pas…. “Nos soignants n’y arriveront pas seuls” estime Pierre Pribile. L’agence régionale de Santé demande donc des renforts . “Aujourd’hui, j’appelle tous les soignants, quelle que soit leur profession, quelle que soit leur âge, l’horizon d’où ils viennent. J’appelle tous les soignants à venir en renfort auprès des hôpitaux de la région.”

Ces soignants disponibles sont encouragés à se manifester directement auprès des hôpitaux ou sur la plate-forme renfortrh.solidarités-sante.gouv.fr

Si l’ARS, ne cite pas d’objectifs chiffrés, elle reconnait que le nombre de soignants qui auraient récemment changé d’activité, pris leur retraite ou ne travaillant pas à temps plein est relativement faible. “Il peut aussi y  avoir des soignants qui ne se sentent pas capables, constate Murielle Plaza, directrice des soins au groupe hospitalier de Haute-Saône. Mais toute les bonnes volontés sont les bienvenues. A charge pour nous de les affecter au mieux. On prendra tous les bras. Il ne faut pas avoir peur de postuler. Pour ouvrir ces unités covid, on a besoin de bras” conclut le médecin. 
 

Les hôpitaux de Mâcon, Lons-le-Saunier et Paray-le-Monial en “tension extrême”

Si l’ensemble de la région Bourgogne Franche-Comté est désormais touchée, le Jura et le Sud de la Saône-et-Loire connaissent une situation de “tensions extrêmes”. “On est en grande difficulté face à cette deuxième vague, reconnaît le docteur David Clair, médecin chef de pôle au centre hospitalier de Mâcon. On a déjà atteint les sommets que l’on a connu au printemps alors que l’on n’est qu’au début”. 

Au centre hospitalier de Mâcon, 72 patients Covid sont hospitalisés ce mercredi soir. Ils sont 40 à l’hôpital de Paray-le-Monial. Sur l’ensemble du groupement hospitalier Sud-Saône-et-Loire, ce sont au total 150 malades du Covid qui sont actuellement hospitalisés. Ils étaient (seulement) 107 au pic de la première vague. 

Dans le Jura, 200 malades sont actuellement hospitalisés dont 7 en réanimation. “Ces chiffres sont trompeurs, remarque le directeur de l’ARS. Il y a des transferts quasi-quotidiens vers le Nord de la Franche-Comté”. En Saône-et-Loire, déjà la semaine dernière, une quarantaine de patients ont été pris en charge par d’autres hôpitaux de la région (Nevers, Beaune, Auxerre). Contrairement à la première vague, il ne s’agit plus seulement de patients en réanimation mais également d’hospitalisations classiques. 
 

De nombreux soignants sont contaminés par cette deuxième vague 

La principale différence avec la première vague dans les hôpitaux est le nombre de soignants contaminés. A Mâcon, 80 soignants sont covid positifs a confirmé David Clerc, médecin urgentiste. L’hôpital de Lons-le-Saunier dans le Jura est fortement touché également dans le Jura.

L’ARS s’est engagée à donner des chiffres sur ces contaminations des personnels. “Notre point de rupture en réanimation, c’est autour de 300 patients covid dans la région, on sait que c’est possible. C’est plus dur que la fois précédente car on ne peut pas redéprogrammer des malades qui attendent des soins. On a aussi un peu plus d'absentéisme. On a des soignants touchés, ils sont comme les autres” a déclaré Pierre Pribile. 
 

“Il y a des vies humaines en jeu, il faut respecter ce confinement”

Pierre Pribile invite les habitants de la région à respecter le confinement et ses règles. “Il faut que tout le monde ait la responsabilité qui est la sienne. Ce sont des vies humaines qui sont en cause. Même quand on sort de réanimation, derrière c’est très lourd pour retrouver une qualité de vie normale” ajoute le directeur de l’agence régionale de santé. 
 

Des tests antigéniques bientôt en pharmacie 

Selon l’ARS, les tests antigéniques qui livrent des résultats en moins de 30 minutes sont déjà utilisés dans certains hôpitaux de la région. Aux urgences à Mâcon par exemple. Ces tests ont aussi été utilisés dans les Ehpad pour tester les personnels au retour des vacances de Toussaint.

Ces tests seront bientôt disponibles en pharmacie. 
 

Des polémiques face à des vies humaines

Pierre Pribile s’est refusé à polémiquer sur les arrêtés pris par certains maires pour laisser ouverts des commerces non essentiels,  comme à Audincourt dans le Doubs ou Chalon-sur-Saône, Migennes, Dijon ou Beaune  en Bourgogne.

Alors qu’il avait jugé ce weekend des arrêtés “aussi clientélistes qu’illégaux”, certains élus avaient demandé sa révocation. “Je n’ai pas envie d’en rajouter sur le sujet. Je vous laisse juste mesurer l'écart entre la nature de ces polémiques et la situation dans les hôpitaux, elle est ce qu’elle est. Derrière les chiffres décrits, il y a des vies humaines qui vont être brisées. On n’est pas dans un jeu vidéo. Ca ne revient pas la vie. En réanimation, ce sont des familles qui sont dans l’angoisse, le deuil. Cela mérite un immense élan de solidarité” estime le directeur de l’Agence Régionale de Santé.
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