"Ce n'est plus vivable" : dans le Jura, une série d'attaques de loups menacent les petits éleveurs de moutons

Les attaques de loups se multiplient dans le sud du Jura, un territoire jusque-là épargné par le prédateur. Dans la majorité des cas, ce sont les troupeaux d'ovins appartenant à des éleveurs non-professionnels, souvent moins protégés, qui sont impactés.

"C'est du dégoût, de la colère". Depuis plusieurs jours, voilà les sentiments de Françoise Gilet, habitante du village de Loisia, dans le Jura. Avec son mari Bernard, le couple de retraités s'occupait d'une vingtaine de moutons. "On s'en servait pour entretenir nos champs, et puis ça nous faisait un petit complément de revenus" explique Françoise, 67 ans. "Mais aujourd'hui, avec les attaques de loups, l'élevage ovin n'est plus vivable pour des petits éleveurs comme nous".

Ce constat fait suite à une attaque de loups survenue ce dimanche 21 avril 2024 sur les moutons du couple Gilet. "On avait été épargné cette année, même si on a déjà eu des dégâts par le passé" détaille la sexagénaire. "Mais dimanche, en se réveillant, on a découvert trois de nos moutons tués, et cinq blessés. On en a euthanasié un quelques heures plus tard. On était effondré".

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Plusieurs attaques dans le secteur de la Petite Montagne

Ces ovins faisaient partie d'un lot de onze bêtes vendues dans la semaine. "On s'était résolu à les mettre à la vente justement pour ça. Pour éviter les pertes, car on a déjà été attaqué par le passé" s'exclame Françoise Gilet. "Et voilà ce qui arrive. On les avait sortis aux champs il y a seulement 10 jours... C'est rageant quand on sait qu'on s'en occupe toute l'année, qu'on établit un vrai lien avec eux".

Dans le sud du Jura, le couple Gilet n'est pas un cas isolé. Dans la région de la Petite Montagne, plusieurs attaques ont été comptabilisées ces dernières semaines autour de Loisia, comme dans les communes de Cressia ou à La Chailleuse. "Ce sont des attaques difficiles à cerner" explique Christophe Buchet, président de la FDSEA 39. "Est-ce que ce sont des meutes ? Est-ce que c'est un loup isolé ? On n'est sûr de rien, car jusqu'à maintenant, le loup avait épargné cette partie du Jura".

Tout au long de l'hiver on a eu des cas. Ca a commencé en décembre et ça continue toujours. Parfois, on a deux attaques espacées d'un mois. Et inversement, on peut en avoir plusieurs dans une même semaine.

Christophe Buchet,

président de la FDSEA 39

Comment expliquer ces attaques récurrentes, alors que des moyens de protections existent, (comme les filets électriques ou l'utilisation de chien patous) avec leur mise en place encouragée par les autorités ? "Car la plupart des éleveurs impactés ne sont pas des professionnels" reprend Christophe Buchet. "Il peut s'agir de particuliers qui ont quelques bêtes, ou d'agriculteurs retraités. Ils passent à travers les mailles de nos filets. Et parfois, les attaques ne remontent même pas".

Voilà la réelle difficulté. Contrairement aux éleveurs professionnels, aux cheptels souvent plus importants, les petits propriétaires ovins n'ont souvent pas les moyens de protections nécessaires. Pour différentes raisons. "Nous qui faisons un petit élevage, on n'a pas forcément les moyens d'investir dans les moyens de protections demandés par les autorités" reprend Françoise Gilet. " Ni l'envie, d'ailleurs. On vieillit, et j'aimerais bien expliquer à ceux qui nous disent de rentrer nos moutons tous les soirs quelle que soit la météo que cela demande du temps et de l'énergie".

"Tirer sur le loup est la solution de facilité"

Pour l'ancienne fermière, une solution serait l'augmentation des tirs de défense. Une réponse inadaptée pour Patrice Raydelet, président-fondateur du Pôle grand prédateur. "Ce serait nier que le loup est un pilier régulateur de notre écosystème et de notre biodiversité" affirme-t-il. "Tirer sur le loup, c'est une solution de facilité, mais en réalité, c'est le serpent qui se mord la queue".

Ces bêtes sont souvent peu protégées. Forcément, le loup aura donc plus de facilité pour attaquer, et fera de gros dégâts. Pour changer cela, il faut que les petits éleveurs acceptent de faire des efforts, mais également que l'administration se rapproche d'eux.

Patrice Raydelet,

président-fondateur du Pôle grand prédateur

Patrice Raydelet propose ainsi plusieurs solutions, comme l'extension des dispositifs d'aides à l'installation de dispositifs de protection pour les éleveurs non-professionnels, une aide humaine à la sécurisation d'une parcelle dédiée aux petits cheptels. Des idées qu'il faudra arriver à mettre en pratique, alors que l'administration "manque cruellement de moyens humains", insiste le président du Pôle grand prédateur.

Pour rappel, dans le Jura, le loup a fait beaucoup moins parler de lui en 2023 avec seulement 13 constats sur toute l'année. Malgré tout, une recrudescence s'est bien fait remarquer en ce début 2024, avec déjà 12 attaques, pour un total de 43 victimes animales (42 ovins et 1 bovin) selon la Préfecture du Jura. De plus, quatre arrêtés de tirs de défense simple ont été signés par le Préfet, dont trois sont encore en vigueur au 24 avril, selon les éléments communiqués à France 3 Franche-Comté.

Plusieurs mesures à décliner pour les éleveurs "amateurs"

Contactée par France 3 Franche-Comté, la préfecture indique plusieurs mesures d'accompagnements des éleveurs touchés par les attaques de loups : prêt de matériel, visite de conseil pour leur mise en place, information en temps réel des maires et agriculteurs du secteur en cas de prédation, indemnisation des victimes et un suivi pour les demandes d'aides à la protection des troupeaux (Feader) pour ovins et caprins.

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Le défi désormais : faire rentrer les petits éleveurs, non-professionnels, dans toute cette logique d'accompagnement. Au risque de voir les petits cheptels disparaître des campagnes de la Petite Montagne.

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