Changement climatique, feux de forêts : « L’ONF manque de bras ! » déclare le sénateur centriste du Doubs, Jean-François Longeot

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L'État prévoit 500 suppressions de postes à l'ONF, l'Office National des Forêts. Un rapport de sénateurs demande non seulement d'arrêter les suppressions de postes mais même d'embaucher forestiers et pompiers. Prévenir plutôt que guérir.

Jean-François Longeot, le sénateur centriste du Doubs (Président de la commission Aménagement du Territoire et du Développement Durable au Sénat) est optimiste : peut-être que l’actualité dramatique des feux de forêts fera de son dernier rapport une nouvelle loi. Comme si l’actu était venue en renfort des 6 sénateurs qui se sont penchés sur l’avenir des forêts françaises. Son titre : « Rapport sur les feux de forêt et de végétation, prévenir l’embrasement », consultable sur le site du Sénat.

Après 6 mois de travail et des dizaines d’auditions (responsables de l’ONF, des pompiers, de collectivités, de la gendarmerie…), les sénateurs sont formels dans leurs recommandations. Il faut prévenir les incendies et donc des moyens humains et matériels supplémentaires sont indispensables. Notamment à l’ONF, l’Office National des Forêts.

Ironie de l’histoire, ces sénateurs, dont certains de droite, se plaignent généralement du « trop » de fonctionnaires. Là, ils plaident pour « davantage ». Ils demandent d’arrêter les suppressions de postes. Dans le nouveau contrat État-ONF, 500 suppressions sont prévues d’ici 2025. Et même mieux, ils demandent des créations de postes ! Les syndicats se félicitent de cet appui politique.

  Prévenir et replanter

Le rapport sénatorial préconise deux grandes directions : la prévention des feux, et donc l’entretien des forêts, et également le repeuplement, c’est-à-dire la plantation de nouveaux arbres.

Mais pour atteindre ces objectifs, il faut des moyens financiers et humains.

Ce qui se passait dans le Sud de la France se passe maintenant en Bretagne !

Olivier Rietmann, sénateur LR de Haute-Saône

Membre de cette commission, Olivier Rietmann, sénateur Les Républicains de Haute-Saône, est formel : « Il faut stopper les suppressions de postes à l’ONF. Protéger la forêt, ce n’est pas la mettre sous cloche, au contraire, c’est continuer à l’exploiter et à l’entretenir. Si on ne fait rien, les arbres morts, les branches par terre, constituent une biomasse prête à brûler à la moindre étincelle. Il faut aussi aménager des pistes, et ainsi faire des coupe-feux. »

Même constat pour Jean-François Longeot, responsable de cette commission qu’il a initiée : « L’ONF manque de bras, pour la prévention et l’entretien, pour le repeuplement. Il me semble qu’il y a beaucoup de "chefs à plumes" dans les bureaux mais sur le terrain, les agents et les ouvriers sont de moins en moins nombreux. »

Le sénateur LR de Haute-Saône, Olivier Rietmann affirme : « Mettre de l’argent contre les incendies, ce n’est pas le dépenser c’est investir. L’investissement, c’est pour sauver la forêt, source de revenus, sauver aussi des habitations, des entreprises, des emplois sans même parler des vies humaines. »

Il poursuit avec véhémence : « Un gradé des pompiers nous l’a expliqué : dans le Sud, ils ont investi 200 millions et ainsi ils ont économisé 5 milliards quand on compte tout ce que coûte un incendie en dégâts et en moyens mobilisés pour en venir à bout. »

Quand 1 euro est investi, on en sauve 25 fois plus !

Olivier Rietmann, sénateur LR de Haute-Saône 

Les responsables syndicaux boivent du petit-lait ! 

L'ONF a subi des coupes sombres dans ses effectifs

Selon les syndicats, les effectifs de l’ONF ont fondu ces dernières années, partout en France. Ces 500 suppressions supplémentaires, prévues dans le contrat État-ONF, seraient le coup de grâce pour « ce service public des forêts », prévient Cécile Cambrils.

Cécile Cambrils travaille à l’ONF dans le Jura. Elle est syndiquée au Snupfen, le syndicat majoritaire, dont elle est n° 2 national. Elle a fait ses comptes : « En 20 ans en France, nous avons perdu 40 % des effectifs. Nous sommes passés au niveau national de 12 866 à 7963 personnels entre 2000 et 2020. La Franche-Comté, grande région forestière, n’a pas été épargnée. Ces quinze dernières années, nous avons connu une diminution de 25 %. Concrètement, c’est moins 200 personnes, on a dégringolé de 795 à 598. Cette baisse des effectifs a concerné les ouvriers forestiers et les techniciens. Il y a aussi moins d’effectif dans l’administratif, les forestiers de terrain font donc davantage de paperasses. »

Les syndicats se sont réunis en intersyndicale pour déposer un recours devant la justice pour obtenir l’abandon du contrat État-ONF et de ces 500 suppressions. 

Plaidoyer pour la forêt 

Cécile Cambrils vante les mérites, de la forêt, selon elle, un atout essentiel contre les dérèglements climatiques.

La forêt, c’est déjà un réservoir à eau, en plus, c’est un véritable climatiseur naturel.

Cécile Cambrils, forestière et responsable Snupfen ONF

Elle ajoute : « Les arbres captent le CO2, le gaz carbonique responsable en partie du réchauffement, et redonnent de l’oxygène… Non seulement, la forêt est à préserver mais aussi à entretenir… »

Elle revient sur les missions de l’ONF : « C’est d’entretenir les forêts mais aussi d’informer le grand public et assurer la répression quand c’est nécessaire. On a de plus en plus d’incivilités, des dépôts de déchet, de barbecues. La forêt est de plus en plus fréquentée. Il y a quelques années, on avait le temps d’aller dans les zones d’accueil, jeter un œil, voir si tout se passait bien. Mais maintenant, nous n’avons plus assez de temps, de personnels pour surveiller et mettre des amendes s’il le faut. »

Il n’y a plus assez de personnels de l’ONF, d’ouvriers forestiers, et même, dans les pépinières, certains plans, très demandés face au dérèglement climatique, pourraient faire défaut.

Jurassienne, elle est très choquée par les feux qui ont détruit tant d’hectares près du Lac de Vouglans, plus de 1000 au total. Des Canadairs, des Dash et des centaines de pompiers mobilisés, dans le Jura, on n'avait jamais vu une telle situation.

 Est-ce un bien pour un mal ?  Elle répond, avec du fatalisme dans la voix : « J’espère une prise de conscience, oui, je l’espère… »

Le sénateur Jean-François Longeot espère lui aussi une prise de conscience au plus haut niveau de l’État qui pourrait se concrétiser par l'abandon de la suppression des 500 postes de l’ONF et par une loi. 

Les autres recommandations du Sénat

 

Le rapport du Sénat, s’il se concentre sur la forêt, recommande également d'augmenter le budget de la Protection Civile, notamment pour de nouveaux moyens aériens et également recruter et former de nouveaux pompiers volontaires

 Il ne faut plus compter sur les pompiers du nord pour descendre en renfort dans le sud, ça brûle aussi chez eux ! 

Olivier Rietmann, sénateur LR de Haute-Saône

Selon le sénateur haut-saônois, on compte actuellement 250 000 pompiers dont 200 000 volontaires. Selon lui, « pour commencer, il faut 50 000 pompiers volontaires en plus et augmenter les capacités d’intervention en achetant 6000 camions "grand feu" pour en avoir 12 000 sur l’ensemble du territoire national. »

Les directions de l’ONF, à Besançon et à Paris, ont refusé de répondre à nos questions. Un sujet d’actualité très politique et beaucoup trop… brûlant.

 

 

 

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