Jura : l'hôpital de Dole ferme ses urgences la nuit pendant l'été, et il n'est pas exclu que cela continue

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Le service des urgences va fermer mais un urgentiste restera affecté au Smur, la ligne mobile d'intervention d'urgence. La pénurie d'urgentistes est en cause, sur fond de contexte tendu au sein du service des urgences de l'hôpital. Les syndicats dénoncent l'inaction de la direction.

Cet été, en cas d'urgences, il y a des chances que vous deviez prendre votre voiture et faire de la route pour vous soigner, si vous vivez à Dole ou dans son agglomération. L'hôpital Pasteur se voit dans l'obligation de fermer son service d'urgences pendant la nuit, à partir de 20h, et ce du 16 juillet au 20 août. Un service qui accueille en moyenne 30 000 patients chaque année. En cause, une pénurie de médecins urgentistes à laquelle viennent s'ajouter les congés d'été.

"Nous passons de cinq urgentistes - trois le jour et deux la nuit - à trois le jour et un seul la nuit", explique Philippe Zante, secrétaire de la CGT. Cet unique urgentiste de nuit sera réaffecté à la ligne d'intervention d'urgence Smur. Un seul urgentiste pour un bassin de 100 000 habitants.

"Nous avons perdu 30% de nos effectifs d'urgentistes", souligne le directeur de l'hôpital de Dole Gilles Chaffange. "Mais nous n'avons pas la possibilité de faire autrement", assure-t-il. "74% des passages aux urgences se font entre 8 heures et 20 heures. Nous avons donc fait le choix de préserver la journée".

Cette fermeture, le directeur l'avait pourtant exclue il y a deux semaines. "C'est une catastrophe, pour tout le bassin dolois, et pour les touristes aussi, car nous serons en période de vacances", réagit de son côté le syndicaliste Philippe Zante. "Le directeur parle d'une fermeture à partir de 20 heures, mais il pourrait y avoir un filtrage à partir de 18 heures", craint-il.

La nuit, les médecins du 15 devront réguler les appels et juger de la gravité de la situation des personnes qui appellent pour une urgence. Le patient à l'autre bout de fil pourra être réorientée vers la médecine de ville. "En cas d'urgence, le SMUR sera mobilisé. Dans le cas où ce dernier n'est pas disponible, c'est le SMUR d'un autre établissement qui peut intervenir", explique Gilles Chaffange.

Un contexte tendu

Depuis la fin de l'année dernière, les départs se sont enchainés au sein du service des urgences de l'hôpital de Dole. Certains urgentistes ont changé de service. Plusieurs facteurs l'expliquent : la fermeture de quatre services (réanimation, soins intensifs de cardiologie, la chirurgie et une ligne de Smur), qui pèse sur les équipes. "Les urgentistes ont été livrés à eux-mêmes, obligés d'opérer en visio-conférence avec l'hôpital de Besançon", soulignent Philippe Zante et son adjoint de la CGT Michel Gerbot.

Mais la crise interne qui secoue le service des urgences, sur fond de dysfonctionnements hiérarchiques et de soupçons de détournement de fonds publics, est aussi pointée du doigt. Pour les syndicalistes interrogés, le contexte national a bon dos. "La direction n'a pas réagi pour solutionner le problème depuis dix mois", souligne Philippe Zante. "Nous n'avions jamais manqué d'urgentistes depuis trois ans, contrairement au contexte national. Il manque des urgentistes depuis fin 2021. Les médecins sont montés au créneau, nous aussi. Cela aurait pu être évité", poursuit-il.

L'enquête judiciaire en cours concernant des soupçons de détournement de fonds a-t-elle pu avoir un impact dans ces départs ou réorientations d'urgentistes en cascade ? Le directeur de l'hôpital n'a pas souhaité de faire de commentaires à ce sujet.

Une fermeture à plus long terme ?

La CGT craint que la fermeture des urgences la nuit se poursuive au-delà de la fin de l'été. La direction ne l'exclue pas. "Nous avons d'autres médecins urgentistes qui ont fait part de leur volonté de changer d'orientation professionnelle", explique la direction. "Je ne peux donc garantir que le mode de fonctionnement des urgences habituel puisse être assuré de manière pérenne". Tout dépend de la capacité à réaliser des recrutements qui pourront compenser les départs.