Grand tétras : "Sans l'interdiction de la chasse dans les années 70 dans le Jura, il n'y en aurait probablement plus"

La chasse au grand tétras va être interdite en France pendant cinq ans, une décision du ministre de la Transition écologique qui concerne essentiellement les Pyrénées. Dans le Jura, cette chasse est déjà interdite depuis les années 70 en concertation avec les chasseurs, mais le développement du tourisme rend la cohabitation difficile entre le grand tétras et les hommes.

"La chasse au grand tétras est suspendue sur l'ensemble du territoire métropolitain pour une durée de cinq ans à compter de l'entrée en vigueur du présent arrêté", indique le texte du ministère de la Transition écologique daté du 1er septembre publié dans le Journal Officiel.

Le Conseil d'Etat avait imposé le 1er juin la suspension de la chasse de ce grand coq de bruyère vivant dans les montagnes, pour cinq ans, demandant alors au gouvernement de prendre cette mesure avant le 15 juillet. Il avait été saisi par plusieurs associations de défense de l'environnement qui réclamaient le moratoire, "constatant le déclin de l'espèce et l'inaction des pouvoirs publics". Celles-ci demandaient l'annulation "pour excès de pouvoir" d'un refus par la ministre de la Transition écologique de l'époque Barbara Pompili, le 12 avril 2021, de prendre un arrêté suspendant la chasse du grand tétras.

Protéger les grands tétras des Pyrénées

Ce texte précise Alexandra Depraz, directrice du groupe Tétras Jura, concerne essentiellement les Pyrénées, un secteur montagneux où vivent 4 à 5000 tétras. Dans cette région, ce gibier est considéré comme un trophée prestigieux par les chasseurs. 

Dans les Alpes, le plus gros oiseau terrestre sauvage d'Europe a disparu depuis le début des années 2000, et il reste deux femelles dans les Cévennes. 

En Franche-Comté, l'oiseau est un des symboles des grands espaces du massif du Jura. Dès les années 70, les chasseurs ont décidé de ne plus lui tirer dessus. "Une décision venue du terrain, avant l'interdiction légale" rappelle Alexandra Depraz. A cette époque, on pouvait estimer le nombre des grands tétras entre 500 et 700 individus. Cinquante ans plus tard, les mesures de comptage sont plus précises. En 2020, 280 oiseaux ont été recensés.  

Moins de grands tétras dans le Jura

Cette espèce (Tetrao urogallus) est considéré comme "vulnérable" sur la liste rouge française des espèces menacées. Bien que la chasse soit interdite depuis 50 ans dans notre région, la population du grand tétras régresse. 

Sans l'interdiction de la chasse du grand tétras, il n'y aurait probablement plus de grand tétras dans le Jura

Alexandra Depraz, directrice du groupe Tétras du Jura

Cet oiseau au majestueux plumage n'est plus présent qu'à plus de 1000 mètres d'altitude alors qu'au début du XXe siècle, le grand tétras était visible, en plaine, dans la forêt jurassienne des Moidons près de Poligny. 

Moins de zones de présence et aussi moins d'individus dans chaque zone. Les grands tétras aiment leur tranquillité et ne se reproduisent pas très facilement.

"Une poule donne naissance à environ un petit par an, même dans un très bon écosystème, décrit Alexandra Depraz. Dès qu'un adulte décède, la survie de l'espèce devient difficile".

Pour cette spécialiste du grand tétras, il est difficile de déterminer l'impact de l'arrêt de la chasse sur la population des grands tétras mais l'évolution de son environnement est aussi à l'origine de la baisse du nombre de grand tétras. "Il y a tout un tas de nouveaux facteurs qui se sont ajoutés aux facteurs des années 70" précise Alexandra Depraz.

Le développement touristique du massif jurassien est une bonne nouvelle pour l'économie mais la cohabitation de l'homme et des animaux sauvages devient difficile.

Alexandra Depraz, directrice du groupe Tétras Jura

Pour limiter l'impact des activités humaines sur la survie du grand tétras, cinq arrêtés de protection de biotope (milieu de vie) ont été pris dans cinq secteurs du département du Jura pour interdire de sortir des sentiers de randonnée entre le 15 décembre et le 30 juin, période pendant laquelle le grand tétras a besoin de calme, loin des hommes. En hiver, l'oiseau ne se nourrit que d'aiguilles de pin. Une frugalité qui l'affaiblit.

Pas de randonnée hors des sentiers à des endroits et des moments précis

Le président de Jura Tourisme, Gérôme Fassenet, déclare "faire très attention à la biodiversité". Vice-président du conseil départemental du Jura (LR), en charge du tourisme, Gérôme Fassenet est préoccupé par l'équilibre à trouver entre développement touristique et la préservation des milieux naturels.

Aujourd'hui pour la randonnée dans le Jura, on se recentre sur quelques grands parcours au lieu de créer des nouveaux sentiers comme cela a été la tendance il y a quelques années.

Gérôme Fassenet, président de Jura Tourisme

Jura Tourisme donne juste des préconisations aux communautés de communes, c'est à dire ces collectivités de gérer le développement touristique. Se recentrer sur les grands parcours, permet de mieux les sécuriser et de mieux les entretenir. "Cela a plutôt un bon écho auprès des élus des communautés de communes" estime Gérôme Fassenet.

Une préoccupation exprimée lors des assises nationales de la biodiversité qui viennent d'avoir lieu à Besançon début septembre. La sur-fréquentation des espaces naturels faisait partie des thématiques abordées. Comment faire coïncider loisirs de pleine nature et protection des milieux et espèces protégées ?

Une des préconisations est justement de rester sur les sentiers balisés surtout en hiver. Alexandra Depraz choisit une image forte pour nous faire comprendre combien la faune sauvage a besoin de calme. "Par nos pratiques en forêt, on grignote des espaces naturels des animaux sauvages" explique la spécialiste.

Randonner en dehors des sentiers battus, c'est un peu, pour les animaux sauvages, comme si des gens traversaient votre salon ou votre chambre

Alexandra Depraz, directrice du groupe Tétras Jura

VTT, promenades à cheval, trail, marche... Le Jura est le paradis des vacances en pleine nature surtout après la période de confinement. On l'a vu les touristes sont venus nombreux cet été dans le Jura. "Le retour à la nature, c'est une très bonne chose, estime Alexandra Depraz. Mais pas n'importe comment. On doit partager l'espace avec les animaux". 

Si le ministère de la Transition écologique a fini par interdire la chasse du grand tétras en France, c'est pour "tenter de reconstituer l'espèce dans les différents sites de son aire de distribution". Mais la chasse n'est pas l'unique élément perturbateur de la vie des grands tétras. Dans ce cas, il s'agit avant tout de pédagogie et de respect des milieux naturels pour préserver ce symbole de la biodiversité qu'est le grand tétras.