« J’aime Mes Bouteilles », ou comment le réemploi du verre devient une filière en Bourgogne Franche-Comté

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La guerre en Ukraine fait grimper le prix de l’énergie en Europe au point d’interroger sur la pertinence du recyclage du verre. Un procédé très énergivore qui pourrait être remplacé par le réemploi des bouteilles en verre. Comme l’a initié en Bourgogne Franche-Comté l’entreprise « J’aime Mes Bouteilles », basée à Lons-le-Saunier.

A l’origine de « J’aime Mes Bouteilles », il y a 3 entrepreneuses en quête de sens. Soucieuses de l’impact environnemental de nos modes de vie, elles décident de relancer l’utilisation de la consigne à l’échelon local.

« J’aime Mes Bouteilles » souhaite opérer sur toute la Bourgogne Franche-Comté

Après plusieurs mois de réflexion et d'étude de marché, Aude Weiss, Delphine Renevier et Muriel Charlet passent à l’action. Fin 2021, elles lancent à Lons-le-Saunier « J’aime Mes Bouteilles ». L'entreprise propose "une filière de réemploi des bouteilles en verre basée sur un modèle d’économie circulaire, durable et solidaire, dans lequel la bouteille est lavée et réemployée plutôt que d’être jetée, détruite et reproduite à l’identique".

En s’appuyant sur un réseau de producteurs locaux (brasseurs, vignerons, etc.) et de distributeurs partenaires (essentiellement des Biocoop), l’entreprise jurassienne s'emploie à remettre au goût du jour la bonne vieille consigne, abandonnée progressivement dans les années 1960 au profit du recyclage. Dès lors, elle rejoint la trentaine de projets de réemploi des emballages verre existant sur le territoire français, répartis sur 14 régions.

« J’aime Mes Bouteilles » opère quant à elle en Bourgogne Franche-Comté, principalement dans le secteur de Lons-le-Saunier, Besançon, Louhans, mais l'entreprise est aussi présente du côté de Nevers ou encore de Chalon-sur-Saône.

Le recyclage, un système pas si écologique que ça

Pour Delphine, le recyclage n’est pas une solution. Bien que celui-ci donne l’impression d’effectuer un geste écologique nous explique-t-elle, dans le meilleur des cas c’est seulement 60% du calcin (autrement dit la poudre de verre) qui est réutilisé pour produire une nouvelle bouteille. Les 40% restants provenant des apports en matières premières utilisées dans la fabrication du verre, à savoir essentiellement du sable. Le sable du désert n’est pas assez poreux, nous précise-t-elle, ce serait trop beau !

Il faut extraire cette ressource naturelle des carrières ou le prélever directement sur littoral, au mépris des écosystèmes. De plus, pour faire fondre ce mélange, il faut l’expédier vers une usine verrière qui le passera au four à plus de 1 500°c. Parfois, ces usines sont à l’étranger, comme c’est le cas pour Marseille qui envoie son calcin dans les pays de l’Est. La Bourgogne Franche-Comté a plus de chance puisqu’elle possède son usine, située à Chalon-sur-Saône.

Un réseau de distributeurs emboîte le pas

Le Biocoop de Louhans est l’un des 17 points de collecte du réseau « J’aime Mes Bouteilles ». Gilles Declipeur, son co-gérant, s’est embarqué dans l’aventure il y a à peine deux mois. Il se félicite de pouvoir proposer à sa clientèle un service local et vertueux. Dans son magasin, on trouve des bouteilles de vin, de bière et de jus de fruits portent l’étiquette « J’aime Mes Bouteilles ». Une consigne de 50 centimes est demandée au consommateur, qui récupèrera son argent lorsqu’il redéposera sa bouteille vide en magasin. Toutes les bouteilles ne peuvent pas entrer dans le process du réemploi, nous explique-t-il. Au cours des dernières décennies, les bouteilles en verre n'ont eu de cesse de s'amincir pour gagner en légèreté et ainsi réduire les coûts de transport. Devenue trop fragiles, la plupart d'entre-elles ne peuvent être envoyées au lavage au risque d’exploser. 

Un besoin indispensable de standardisation

Le principal frein au réemploi des bouteilles en verre se trouve dans la variété considérable de ces contenants (il en existe plus de 350 modèles différents !) et dans leur fragilité. Dorénavant, Delphine explique qu’il faudrait standardiser ces bouteilles en 3 catégories (vin, bière et soft) et oublier les étiquettes à colle permanente (présentes sur 90% des étiquettes) pour simplifier le réemploi.

Une fois collectées en magasin, les bouteilles étiquetées « J’aime Mes Bouteilles » sont acheminées en un point de regroupement, ou point de massification. De là partira un unique camion qui transportera jusqu’à 25 000 bouteilles en direction de Beaune, où se situe l’entreprise de Serge Cheveau, un laveur historique de la région.

Une fois lavées et débarrassées de leur étiquette, les bouteilles feront le chemin inverse et retourneront chez les producteurs qui participent à l’opération. Elles retrouveront rapidement les rayons des magasins partenaires dans le respect d'une économie circulaire jusqu'à 5 fois plus économe en énergie que le recyclage.

Delphine et Muriel ambitionnent d'installer un maillage de réemploi du verre sur toute la Bourgogne Franche-Comté, au plus près des consommateurs. D'ici à 2 mois, elles proposeront un nouveau point de collecte sur le Territoire de Belfort et bientôt, se félicitent-elles, nous devrions avoir un point de collecte dans chacun des 8 départements de Bourgogne Franche-Comté. Quant à Aude, elle s'investit dans de nouveaux projets mais reste actionnaire de l'entreprise de réemploi, entreprise qui devrait s'agrandir et compter pas moins de 7 salariés en 2023.