Loup en Saône-et-Loire : les tirs bientôt moins réglementés dans des sites "difficilement protégeables"

Depuis 2020, plusieurs loups ont sévi en Saône-et-Loire. Ce calvaire pour les exploitants agricoles les a poussés à réclamer le déploiement du statut de zone "difficilement protégeable", pour faciliter leur lutte contre les prédateurs. Une mesure désormais annoncée par la préfecture.

En Saône-et-Loire, le loup était présent dans le Clunisois depuis avril dernier.
En Saône-et-Loire, le loup était présent dans le Clunisois depuis avril dernier. © Paul Abran

Entre juin et novembre 2020, puis entre avril et juin 2021, les éleveurs ovins de Saône-et-Loire ont subi deux séries d’attaques sur leurs troupeaux attribuées au loup. En novembre 2020, puis le 8 juin 2021, 2 prédateurs ont été abattus, à chaque fois au terme d’un protocole de mesures graduelles établies par le "plan loup".

Mais la profession demande des mesures plus rapides et efficaces sur le long terme. En Saône-et-Loire, la préfecture a présenté ce vendredi 4 juin une nouvelle disposition avec la reconnaissance localement de l'impossibilité pour l'éleveur de protéger totalement ses troupeaux. L'occasion de revenir sur cette notion de zone "difficilement protégeable".

Des zones difficilement protégeables, c'est quoi ?

Le classement comme zone "difficilement protégeable" (ZDP) offrirait notamment aux éleveurs la possibilité de réaliser des tirs de défense sans que les mesures de protection préalables soient mises en place

Les tirs sur le loup sont aujourd'hui largement réglementés en Saône-et-Loire. Priorité est donnée à la protection des troupeaux. Les pâturages doivent être protégés par des filets électrifiés ou la présence de chiens. Les tirs ne sont autorisés qu'en dernier recours, si tous les autres dispositifs ont échoué.

Pour que ces tirs de défense soient autorisés, l'agriculteur doit en faire la demande auprès de la préfecture. En plus des exploitants qui en ont reçu l'autorisation, seuls les louvetiers déployés dans le cadre du "plan loup" sont autorisés à ouvrir le feu. Une trentaine de chasseurs formés à cet effet le peuvent également. Les tirs ne peuvent être effectués que si le prédateur est en position d'attaque à proximité des bêtes.

La reconnaissance de zones difficilement protégeables faciliterait les autorisations de tirs comme l'explique le préfet de Saône-et-Loire, Julien Charles. "C'est une possibilité qui est offerte par le plan loup de reconnaître que la protection intégrale de l'élevage est impossible. Ou alors à un coût qui est totalement déraisonnable. Il s'agit donc de faire reconnaitre qu'au moins une partie de l'exploitation n'est pas protégeable et dans ces conditions de pouvoir autoriser des tirs de défense sans que la condition de protection soit remplie au préalable."

La zone "difficilement protégeable" n'est pas une mesure inédite. Elle a déjà été mise en place dans la région Occitanie par un arrêté préfectoral début 2019. Les départements de l'Aveyron, de l'Hérault, de la Lozère et du Tarn étaient concernés.

L'établissement de ce statut s'est basé sur plusieurs critères. Les principaux sont :

En Saône-et-Loire, le statut "difficilement protégeable" existe désormais, mais seulement pour des sites bien précis.

Pour les éleveurs, la cohabitation avec un loup est impossible.
Pour les éleveurs, la cohabitation avec un loup est impossible. © Paul Abran

Des exploitations plutôt que des zones "difficilement protégeables"

Pour la préfecture de Saône-et-Loire, il n'est pas prévu de créer d'importantes zones "difficilement protégeables" comme dans la région Occitanie. Aujourd'hui, il est seulement question d'accorder ce statut à certaines exploitations, dans une procédure au cas par cas.

Cette solution est loin de ravir Pascal Chaponneau, éleveur et président de l'Organisme de Sélection du Mouton Charollais. Il estime que le département tout entier devrait être classifié zone "difficilement protégeable". "Rien ne sera fait autrement", s'agace-t-il.

Il faudrait qu'on baisse les bras et qu'on s'habitue aux loups ?

Pascal Chaponneau, président de l'OS Mouton Charollais

Selon le président de l'OS Mouton Charollais, la cohabitation entre loup et éleveurs est impossible. "Les gens d'en-haut expliquent que c'est très compliqué de déclarer une zone "difficilement protégeable". Alors il faudrait qu'on baisse les bras et qu'on s'habitue aux loups ?"

Par ailleurs, il ajoute que certaines mesures exigées peuvent être en contradiction directe avec ce que la politique agricole commune leur demande. "Il faut qu'on engraisse nos animaux avec de l'herbe en extérieur, mais on doit aussi les parquer dès qu'il y a un loup ? C'est un non-sens." Et il ajoute : "Cinq jeunes qui avaient le projet de s'installer dans le Charollais ont mis ce projet en stand-by à cause de la bête. Il va falloir se décider : c'est soit les éleveurs, soit les loups."

Pour Pascal Chaponneau, agriculteur n'est définitivement plus un métier d'avenir.

Une réglementation trop exigeante selon les éleveurs

Actuellement, la procédure de protection prévue par la préfecture de Saône-et-Loire passe par l'installation de filets électrifiés et le déploiement de chiens de protection. Les exploitants agricoles ne réfutent pas tous l'utilité de tels dispositifs. Ils se rejoignent en revanche sur les difficultés que représentent leur mise en place.

"Ça ne suffit plus de tendre des kilomètres de filets électrifiés", explique Pascal Chaponneau. "En plus d'être un bordel administratif, ce protocole n'a pas empêché le loup d'attaquer. C'est trop à gérer pour les éleveurs."

On manque de temps et de main d'œuvre.

Alexandre Saunier, agriculteur et président de la FDSEA 71

Pour Alexandre Saunier, éleveur et président de la section ovine de la Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles, la mise en œuvre de ces moyens de protection n'est pas compatible avec les impératifs du métier d'agriculteur.

"Les éleveurs sont à bout en termes de quantité de travail et de pression", témoigne-t-il. "On manque de temps, on manque de main d’œuvre et c'est parfois difficile de s'adapter aux reliefs."

Le coût important de ces dispositifs en freine également l'installation. Alexandre Saunier a reçu 6500 euros d'aides, somme encore insuffisante selon lui. "Avec cet argent, je ne peux protéger qu'environ un tiers de mes 600 brebis", déplore-t-il. Un problème parmi d'autres pour les éleveurs.

Face aux lenteurs administratives, le Ministère de l'Agriculture saisi

Les retours des maires et des éleveurs ont poussé le président de l'Union des Maires des Communes Rurales de Saône-et-Loire, Jean-François Farenc, à adresser un courrier au Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, ainsi qu'au Ministère de la Transition Écologique. Cette lettre cherche à faciliter les démarches pour les agriculteurs en cas d'attaque.

"Les éleveurs sont dans un état de stress, voire de désespoir", indique-t-il. "Il y a de l'émotion évidemment, lorsqu'ils se lèvent le matin et qu'ils trouvent leurs bêtes égorgées. Mais il y a aussi un souci économique, ils se dégagent déjà à peine des salaires et ils perdent des bêtes, ils doivent en euthanasier certaines... C'est urgent que les Ministères agissent."

Le Ministère de la Transition Écologique a lui été saisi à cause du temps que met l'Office français de la biodiversité à réagir sur la question, selon le président de l'UMCR 71. "Nous ne souhaitons évidemment pas l'extinction du loup. Mais sa présence n'est pas compatible avec l'élevage.

Depuis le 20 avril dernier, plus de 200 bêtes ont été tuées ou blessées à cause du loup du Clunisois. Son prélèvement et l'accord du statut "difficilement protégeable" à certaines exploitations devraient permettre aux éleveurs de travailler plus sereinement.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
agriculture environnement loup animaux nature