"Je ne tiendrai pas 10 semaines" : dans la Nièvre, le seul commerce du village est bloqué... à cause de travaux !

L'unique commerce du village de Menou (Nièvre) est pénalisé. Suite aux travaux de la grande rue, les passants ne peuvent plus stationner et s'arrêter à "l'Écourieux". Le gérant de l'établissement estime qu'il a subi 35 à 40% de pertes depuis le 21 avril.

C'est un endroit qui devait être plein de vie. Depuis le 21 avril dernier, de moins en moins de monde s'arrête à l'Écourieux, le seul commerce de Menou (Nièvre), un village situé à 50 kilomètres de Nevers.

En cause : des travaux pour rétrécir la chaussée de la grande rue, qui bloquent les deux voies pour stationner aux alentours. "C'est dur depuis le début," explique Xavier Morel, le gérant de l'établissement, au micro de Rémi Chidaine et Sophie Hémar.

"La trésorerie n'est plus là"

Le patron du café et de l'épicerie déplore une situation très difficile pour son commerce. "Je tourne à deux, voire trois cafés par journée, le matin, je n’ai personne avant 10 h 30", s'inquiète-t-il. "Pour l’instant je survis avec l’épicerie. L’année dernière j’avais un stock phénoménal, avec des produits locaux, et j’ai été obligé de réduire mes stocks parce que la trésorerie n’est plus là."

Après seulement trois semaines de travaux, Xavier Morel accuse déjà le coup : les affaires ne sont pas bonnes, pas bonnes du tout. "J’ai fait le bilan avec la Française des Jeux, je suis à une perte estimée entre 35 et 40 % de chiffres d'affaires. Ce qui est énorme pour un petit village comme ici. En plus il n’y a que l’été où je peux essayer de faire un petit peu de chiffres d'affaires, parce que l’hiver c’est très calme. Ici à Menou, il n’y a que les estivants qui font tourner le commerce et malheureusement le fait qu’il y ait des travaux, les estivants ne sont pas là."

Je ne tiendrai pas 10 semaines, c’est trop compliqué.

Xavier Morel

gérant de l'Écourieux

Plus que de voir ses finances pâtir, Xavier Morel enrage de ne pas se sentir écouté par la municipalité. "C’est très compliqué, il n’y a pas de communication", confie-t-il. "J’aurais bien aimé faire des tables rondes, qu’on se concerte, qu’on voit un petit peu les plannings, les dates, etc. Le maître-d’œuvre est venu pour la première fois fin février pour me dire que les travaux commençaient le 15 mars."

Le gérant de l'Écourieux s’est rendu au conseil municipal deux jours plus tard pour obtenir des réponses à ses questions, mais sans succès : "Finalement, tout a été vu avant mon arrivée et donc je me suis un petit peu fait balader en me disant que ça ne me concernait pas, que l’entreprise n’était pas choisie, etc. Et finalement la date a été repoussée au 22 avril." 

"Je ne comprends pas bien pourquoi les gens se plaignent"

Pascal Gilger, adjoint au maire de Menou, ne comprend pas du tout cette protestation de la part du commerçant. Il estime que le projet était prévu depuis assez longtemps.

"Ça fait environ une dizaine d’années", commence-t-il avant de corriger : "En fait on est passé par plusieurs phases sur ce projet. On avait mis des coussins berlinois à l’entrée du bourg pour ralentir les véhicules, mais ils n’ont pas trop bien marché. Ensuite on avait mis des radars pédagogiques, c’est pareil, les gens voient le radar, mais ce n’est pas pour ça qu’ils s’arrêtent. Après ce projet est né, on voulait revitaliser un peu le centre-bourg, lui redonner un peu de visibilité parce que c’est vrai qu’on le traverse, mais les gens ne voient pas qu’il y a un commerce et que c’est un village assez sympa."

Cette réunion a été faite et les gens qui étaient là, notamment le commerçant, n’a pas posé de questions. Aujourd’hui, je ne comprends pas bien pourquoi les gens se plaignent, parce que les travaux il faut les faire"

Pascal Gilger

adjoint au maire de Menou

Pour répondre à la baisse du chiffre d'affaires de Xavier Morel, il explique que la municipalité a proposé des solutions : "En fait le problème qu’on a... enfin qu’il a, c’est qu’il pouvait à tout moment, et je crois même que c’est la municipalité qui lui a proposé, de mettre “commerce ouvert pendant les travaux”. Normalement, la ville est fermée donc les gens qui venaient au commerce avant, c’était des gens du village qui n’ont pas besoin de prendre leur véhicule, donc à partir du moment où il met des panneaux ça ne pose aucun problème. Après, c’est sûr que les gens de passage, qui ne s’arrêtent pas plus que ça, il en voit moins, mais sachant que les gens peuvent quand même stationner à droite, à gauche, ils peuvent aller au commerce quand même. À partir du moment où il fait sa publicité, pour moi ça ne pose pas un problème."

D'autres habitants dérangés

Si l'adjoint au maire assure que tout a été fait pour prévenir les administrés, il y a pourtant une grogne d'une partie d'entre eux contre les travaux. "Forcément ça dépayse, ça dénature et ça démolit le village", déclare fermement une habitante. "C’est complètement dérangeant, on ne peut pas circuler comme on veut et d’autre part comme je suis pianiste, ça me gêne dans mon travail. Il y a eu une réunion, mais ils en ont tenu qu’à leur tête. Il y a des tracteurs qui passent, des camions. Il va y avoir un jour ou l’autre de la tôle froissée.”

Une autre dame s'arrête devant le trottoir éventré. Elle n'est pas contre l'initiative, mais elle en veut à la méthode : "Les travaux en soit c’est une bonne chose sauf que c’est un peu démesuré par rapport au village. Il y a un coût quand même assez impressionnant. Ça porte préjudice au commerce. Je pense qu’il a déjà pas mal perdu de son chiffre d’affaires. On aurait pu se passer de ça."

Les aménagements devraient durer jusqu'à la fin juin.