Nevers, Magny-Cours : Tico Martini, un destin lié à un circuit automobile de légende

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Écrit par Fatima Larbi

" Tico Martini, la légende de Magny-Cours ” revient sur 60 ans d'une aventure humaine, industrielle et sportive aux enjeux socio-économiques majeurs. Ce documentaire d'Eric le Seney fait revivre la mémoire d'un homme d'exception indissociable de celle d'un circuit de légende.

Tico Martini, a depuis toujours une passion pour la course automobile. Ce fil conducteur l’a amené en 1963  sur les bords du circuit de Magny-Cours, dans la Nièvre. Impossible de parler du destin de Tico Martini, sans parler de celui du circuit de Nevers-Magny-Cours.

Le film  "Tico Martini, la légende de Magny-Cours", réalisé par Eric Le Seney, retrace le parcours de cet homme exceptionnel. Au fil du tournage, le réalisateur est tombé sous le charme de cet homme discret, chaleureux, aux multiples talents : mécanicien, pilote, instructeur, constructeur de monoplaces françaises et pour son plaisir chanteur et pilote d’ULM.

Grâce à Tico Martini, un petit circuit de village est devenu en quelques années un circuit mondialement connu et  apprécié . Deux histoires indissociables !  

Il est génial cet homme, avec ce film j’ai essayé de restituer son histoire, une histoire unique et je suis tombé sous le charme, comme tout le monde.

Eric Le Seney

Eric Le Seney est un fan de Michel Vaillant, la BD de son enfance créée par Jean Graton en 1957, dont le décor est le sport automobile. En côtoyant Tico, il a retrouvé tout ce qui l’a fait rêver dans sa jeunesse : des histoires d’hommes, de passions, de machines et surtout de fraternité.

En remontant cette mémoire collective de 60 ans d’automobile, j’ai découvert des gens connectés par la passion et par l’humain, une sorte de famille, loin de mes préjugés.

Eric Le Seney

  Tico Martini : l’histoire d’un pionnier  

Tico Martini appartient à la catégorie des pionniers, des défricheurs qui, sans le vouloir, fédèrent autour d’eux des "mordus".

Pour ce jeune émigré italien, tout a commencé sur l’ile Anglo-Normande de Jersey. Pour fuir le fascisme, ses parents quittent leur village sur les hauteurs de Vintimille pour s’y installer en 1934.

C’est là que ses copains anglais, n’arrivant pas à prononcer son prénom Renato, le surnomment Tico, un surnom qui ne l’a pas quitté depuis. C’est là aussi qu’il décide de retourner en Italie pour se former à la mécanique. Lorsqu’il revient à Jersey, Tico loue un garage, achète une Cooper 500 et, lorsque son travail de barman le permet, participe à des courses locales.

C’est lors de ces compétions qu’il rencontre un autre amoureux de la vitesse, Bill Knight. Bill l’embauche dans son écurie et cette amitié lui ouvre les portes d’une carrière et d’une vie consacrée au sport automobile. 

En 1963, Bill Knight et son fils Mike créent leur propre école de pilotage baptisée "Ecole Winfield . Ils l’installent dans la Nièvre, au milieu de champs, au bord d’un petit circuit alors inconnu, à Magny-Cours . Bill et Mike demandent à Tico Martini de la diriger, d’en être le moniteur et le mécanicien.

Avec cette école, Tico fait émerger les plus grands pilotes français de son temps. En plus d’apprendre à ces jeunes l’art du pilotage, ce qui pour Tico semble être d’une grande simplicité, il leur permet de se confronter à l’occasion de courses, comme "le Volant Shell" qui devient "le Volant Elf" en 1974.

Les meilleurs se voient attribuer une voiture  et une saison de course. Cela permet à ceux qui n’ont pas d’argent de pouvoir s’adonner à ce sport très couteux. Une démarche généreuse qui ouvre le sport automobile à tous.

Quand j’ai commencé, je n’avais pas d’argent et Tico m’a énormément aidé.

Jacques Laffitte

 

 Magny-Cours : du circuit de village au circuit de  légende  

Des souvenirs, le circuit de Nevers-Magny-Cours, n’en manque pas. Jusqu'en 2008, il a été une étape du championnat du monde de Formule 1. Les meilleurs pilotes du monde s’y sont affrontés : Alain Prost, quadruple champion du monde, Mickaël Schumacher qui a gagné 8 fois sur 18 grands prix, et d’autres encore. 

En arrivant à Magny cours en 1963, Tico rencontre très vite Jean Bernigaud, maire du village et éleveurs de charolais. C'est ce fou de vitesse qui, en 1960,  installe ce circuit insolite au milieu de son exploitation. C’est le début de l’aventure Magny-Cours.

C’était un ruban de goudron de 2 km entouré de champs et de vaches charolaises. L’école Winfield était la seule entreprise installée sur le circuit et moi j’étais le seul habitant du circuit car je vivais dans ma caravane.

Tico Martini

Depuis, Magny-Cours est devenu un circuit de légende. La volonté de la famille Bernigaud, associée à celle des politiques, fait venir le grand prix de Formule 1 dans la Nièvre. Le département le rachète à Jacqueline Bernigaud en 1989 pour en faire un circuit international.

Le destin de Magny-Cours est bouleversé, le petit circuit de campagne, familial, devient alors un circuit international qui attire les plus grands. De 1991 à 2008, l’aventure de La Formule 1 dure 17 ans et 18 grands prix. Mais en 2008, le circuit de Magny-Cours connait un nouveau virage, la Formule 1 quitte la France. Le financement d’un grand prix est trop élevé et l’association organisatrice, lui préfère des circuits basés dans des lieux plus prestigieux.

Cela aurait pu être la fin du circuit, mais Magny-Cours continue à vivre. Il reste un pôle d’activité lié aux sports automobiles important en Europe. Entre les différentes compétitions, les essais et l’accueil de 23 courses, le circuit est en activité 300 jours par an. Quant au technopôle, il s’étale désormais sur 300 hectares et emploie environ 500 salariés.

Tico Martini à l'origine du technopôle de Magny-Cours  

Le technopôle de Magny-Cours doit beaucoup à Tico Martini.

Lors de son installation, l’école de pilotage Winfield utilise des monospaces anglaises qui posent de nombreux problèmes. Pour contourner ce contretemps, en 1967, Tico Martini décide de construire ses propres voitures. Elles sont connues sous le sigle MW (Martini, Winfield) puis MK (Martini, Knight).  Ces bolides destinés à la Formule 3 et la Formule 2 remportent de nombreuses victoires.  

Et si les Martini gagnent aussi souvent, c’est aussi grâce à des pilotes talentueux formés au sein de l’école Winfield. C’est le cas de Jacques Laffitte.

Le championnat de Formule 2, c’était dans toute l’Europe et cela a fait connaître les Martini.

Jacques Laffitte

Tico Martini  tente de gravir le palier le plus prestigieux de la course automobile, la Formule 1, en 1978. Il échoue et doit abandonner. Mais, ses ateliers continuent à produire des voitures qui continuent de gagner dans les autres catégories.

Jacques Laffitte très lié à l’aventure Martini rejoint la F1 en 1975 et  participe à l’épopée Ligier, la voiture bleue qui a fait rêver les français. 

En 2004, Guy Ligier rachète l’entreprise de Tico Martini mais garde l’homme. L’histoire du technopôle de Magny-Cours est marqué par ces deux monstres sacrés, des amoureux du pilotage en quête de la voiture idéale.

Même si le grand prix de France n’est jamais revenu à Magny-Cours, l’ADN  de ce circuit mythique reste le même. Le technopôle continue d’être un creuset d’innovations, des voitures Ligier continuent à y être produites grâce à l’entreprise " Ligier Automotive".  Et, depuis 2019, la formation au pilotage a retrouvé sa place avec  l’école fondée en 2019 par deux grands champions de la Formule 1 : Jacques Villeneuve et Patrick Lemarié. Grâce au Volant " Feed Racing", inspiré  du Volant Schell, ils espèrent pouvoir démocratiser ce sport comme l’avait fait, avant eux, Tico Martini avec l’école Winfield.

Tico Martini “ la légende de Magny-Cours ”,  un film de Éric le Seney 

Coproduction Keren Production / France Télévisions

Diffusé sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté le jeudi 9 juin  2022 vers 23h00

Rediffusion lundi 13 juin à 9h50

En replay sur france.tv