Nevers : six mois de prison avec sursis pour avoir laissé son chien mourir de faim dans un appartement

Un labrador a été retrouvé mort de faim et de soif dans un appartement de Nevers. Son maître a été condamné à 6 mois avec sursis, alors que le procureur avait requis de la prison ferme. Les associations de défense des animaux sont consternées.

Le palais de justice de Nevers, dans la Nièvre.
Le palais de justice de Nevers, dans la Nièvre.


C’est un acte d’une incroyable cruauté qui a été jugé devant le tribunal judiciaire de Nevers mercredi 16 septembre 2020.
Les faits remontent au mois de septembre 2019. Il y a un an, un huissier faisait un état des lieux dans le cadre d’une expulsion, quand il a découvert le cadavre d’un labrador dans la salle de bains d’un appartement de Nevers. 

Le corps de l’animal était en état de décomposition avancé. L’autopsie n’a pas été possible compte tenu de l’état de dégradation des organes. "Toutefois, la pesée fut très significative : Horus pesait 15 kilos au lieu de… 48 kilos", comme l’indiquait son carnet de santé.

Une enquêtrice bénévole du refuge de Thiernay (un refuge d’animaux abandonnés installé dans la Nièvre) a été appelée sur les lieux afin de constater la situation. Elle a trouvé le carnet de santé du chien, qui s’appelait Horus et allait avoir 6 ans. 
Elle a aussi découvert l’identité de son propriétaire, un jeune homme. 
Le refuge de Thiernay a alors déposé plainte et plusieurs associations se sont constitué partie civile : l’association Stéphane Lamart "Pour la défense des droits des animaux", l’association Les sales gosses et la Fondation Brigitte Bardot.
 

Le chien a agonisé faute de nourriture et d’eau

 
Quand l’audience s’est ouverte ce matin au tribunal judiciaire de Nevers, le prévenu était absent. Mais, il avait reconnu les faits lors de l’enquête.
Au départ, le chien appartenait à son concubin. "Quand les deux hommes se sont séparés, le concubin est parti avec les chats et il a laissé le chien au prévenu. Ce dernier a décidé un jour de déménager à la cloche de bois et s’en est allé en enfermant le chien dans la salle de bains."

"Il n’a donné aucune explication pour justifier son geste. Il a seulement déclaré aux enquêteurs qu’il était sujet à des sautes d’humeur, qu’il était suivi sur le plan psychiatrique, qu’il avait eu une enfance difficile et qu’il avait été maltraité par ses parents", explique Christophe Gérard, avocat de l'association Stéphane Lamart.

A l’audience, le procureur de la République a réclamé 6 mois de prison ferme au terme de ses réquisitions.

De leur côté, les associations de défense des animaux ont insisté sur le caractère odieux des faits et sur le fait que le chien était mort au terme d’une très longue agonie.
"Je pense que la souffrance a été extrême pour cet animal qui a essayé de s’enfuir par tous les moyens. Il a bu l’eau des toilettes, puis il a agonisé au fil du temps faute de nourriture et d’eau", rappelle Marie-Christine Chataignier, avocate du refuge de Thiernay. 

 
Reportage de Rémy Chidaine, Tania Gomes et Cécilia Ngoc avec :
-Marie-Christine Chataignier, avocate du refuge de Thiernay
-Christophe Gérard, avocat de l'association Stéphane Lamart
 

Un jugement qui suscite "beaucoup d’étonnement" 


Mais, à la grande déception des associations, le président du tribunal n’a pas suivi le réquisitoire du parquet. Au final, le prévenu a été condamné à 6 mois de prison avec sursis, une peine assortie de dommages et intérêts et de l’interdiction définitive de posséder un animal.

"Le prévenu avait déjà un casier judiciaire, il avait déjà été condamné pour des faits d’escroquerie notamment. Les faits de cruauté qui lui sont reprochés sont particulièrement odieux. Mais tout ceci n’a absolument pas ému le tribunal", déplore l’avocat de l'association Stéphane Lamart pour qui "il aurait été normal qu’une peine de prison ferme ait été prononcée".

"Dans un cas similaire à Béthune, il y a 15 jours, j’ai obtenu quatre mois de prison ferme pour l’auteur de faits similaires. Et là, la peine est de six mois avec sursis. Ce jugement suscite beaucoup d’étonnement et de consternation chez les associations de défense des animaux. C’est incompréhensible. Il y a des magistrats qui sont très sensibilisés à la cause animale et d’autres pour qui la protection animale n’est pas un sujet d’importance", ajoute maître Christophe Gérard. 
 

"Il faut une vraie justice pour les animaux"


"D’un département à l’autre, les décisions de la justice ne sont pas les mêmes pour des faits semblables", confirme Stéphane Lamart. "Si vous avez affaire à la procureure Carole Etienne, elle serait capable d’envoyer les gens en prison et de faire un mandat de dépôt. Quand elle était procureure de la République à Caen, elle a appliqué la peine maximale à un homme qui avait tué des chats en les torturant. Elle lui a mis 30 000 euros d’amende et 2 ans de prison ferme. Mais, dans un autre tribunal, on peut avoir de la prison avec sursis. C’est très aléatoire, ça dépend vraiment de la sensibilité des magistrats et des procureurs. Pourtant, on a un très bel arsenal juridique en France", estime Stéphane Lamart. 

Mais, les défenseurs des animaux ne perdent pas espoir. "Peut-être que la vague d’agressions que l’on connaît actuellement sur les équidés sera l’occasion qu’un déclic se produise et que ce sera l’occasion d’une prise de conscience dans l’opinion publique, et surtout de la part de la justice, pour qu’elle assure la protection de l’animal mieux qu’elle ne le fait à l’heure actuelle. Il faut une vraie justice pour les animaux", dit maître Christophe Gérard.

"Il y a un tollé général à chaque fois que l’association L214 publie des vidéos montrant la souffrance animale. Les réseaux sociaux nous aident aussi fortement à dénoncer les mauvais traitements et actes de cruauté. Tout cela permet de sensibiliser davantage les opinions publiques", conclut le créateur de l’association Stéphane Lamart. 


 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
animaux nature faits divers justice société