Législatives 2022 : "Obligés d’aller à Mâcon ou même à Vichy pour se faire soigner" : à Charolles, Paray, Gueugnon, des électeurs préoccupés

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Avant les législatives les 12 et 19 juin, France 3 part à la rencontre des habitants de toutes les circonscriptions de Bourgogne. Aujourd’hui, zoom sur la 2ème circonscription de Saône-et-Loire, de Charolles à Bourbon-Lancy, en passant par Paray-le-Monial, Gueugnon, ou encore Chauffailles.

C’est la plus grande circonscription de Saône-et-Loire, au sud-ouest du département. 14 cantons et 146 communes. 92% d'entre elles comptent moins de 1000 habitants. Malgré les distances qui les séparent, les 100 282 habitants du territoire ont plus de préoccupations en commun qu’ils ne le pensent.

A commencer par l’accès aux soins. La croix verte de la pharmacie de Charolles clignote en arrière-plan tandis que nous croisons Marie-Hélène. « Des officines, il y en a, mais les médecins c'est autre chose. C’est très compliqué voire impossible de trouver un médecin traitant ici et cela n’est pas mieux pour les spécialistes. Il n’y a plus d’ophtalmos à Charolles ou Paray-le-Monial, alors on est obligé d’aller à Mâcon ou même à Vichy dans un autre département pour se faire soigner». Cette ancienne technicienne de laboratoire est à la retraite depuis deux ans et demi. Elle habite Dyo une petite commune à quelques kilomètres et dit passer beaucoup de temps dans sa voiture.

« Ici on ne peut pas se passer de notre véhicule. C’est bien beau de nous parler des voitures électriques ou des transports en commun, mais quand on vit au fin fond de la campagne, on fait comment ? »

Laure Duret

Commerçante à Charolles

Dans la circonscription, plus de 83% des habitants prennent leur voiture pour aller travailler. Et cette mobilité coûte cher. Laure Duret le sait. Elle est commerçante à Charolles depuis 2019.En ce moment, les affaires sont difficiles et le pouvoir d’achat a dégringolé. « J’ai des clientes qui malheureusement ne peuvent pas s’acheter ce qu’elles veulent avec l’inflation. Je fais des chèques à échéance, ce n’est pas vraiment normal aujourd’hui pour acheter une petite robe à 29 euros ».

Qu’attend-elle des députés ? « Qu’ils se déplacent, qu’ils soient sur le terrain, avec nous, au plus près de nos préoccupations ». Parallèlement, Laure gère une société de transports avec son époux. Le covid est passé par là et sur les 18 salariés de l’entreprise, il n’en reste que 16. « On n’a pas eu d’aide, cela a été très compliqué. Là, les politiques, on ne les voit pas, on ne les entend pas ».  

C’est aussi l’avis de Clément. A 26 ans, ce cuisinier ne s’intéresse plus à la politique. « Je ne vois aucun avenir avec ceux qu’on a à la tête de l’Etat ». Il n’a pas voté pour les élections présidentielles et ne votera pas non plus pour ces élections législatives.

« Ici on se sent quand même un peu délaissé, on ne fait rien pour faire vivre les petites communes, ça meurt à petit feu ».

Clément

cuisinier

Cause ou conséquence, la population de cette deuxième circonscription vieillit. Entre 2013 et 2019 son taux de croissance est même négatif, -0.4% contre 0.4% à l’échelle nationale, selon les chiffres de l’Insee. De même, l’âge médian sur le Charolais-Brionnais est de 51 ans contre 41 ans au niveau national.  

Au sud du territoire, à la frontière avec le Beaujolais, on fait le même constat. « Beaucoup de mes clients sont des gens d’un certain âge » précise Olympe Puillet, gérante du bureau de tabac de Chauffailles. « Ils ont bien de la peine à se déplacer et ils ont besoin d’être accompagnés ». Maroquinerie, bijoux, carte grise, Olympe a diversifié son activité « On est obligés car on est loin de tout ici, mais je ne me plains pas, mon commerce tourne bien ».

Son souhait : une meilleure couverture réseau. « Il y a vraiment des progrès à faire sur ce point. Au quotidien, l’accès aux réseaux et internet c’est compliqué et c’est vraiment un inconvénient quand on a des enfants. Quand ils veulent travailler, on a pu s’en rendre compte pendant le confinement, quatre personnes sur la même connexion ce n’est pas possible alors il faut faire des choix ». L’éducation est un sujet important pour cette mère de famille de quatre enfants.

« On a ce qu’il faut jusqu’au collège, mais dès qu’on passe au lycée, ça se complique, il faut aller à Charolles et c’est bien à 35 min d’ici en voiture ».

Olympe Puillet

gérante du bureau-tabac de Chauffailles

Olympe est affirmative, elle se déplacera jusqu’aux urnes les 12 et 19 juin prochain.

Rien de moins sûr pour Bernard assis à la terrasse du bar d’à côté. « Je n’en trouve aucun de sérieux et digne de confiance, personne pour me représenter »

A Joncy, au nord-est de la circonscription, Bruno Gorassini est plus tolérant. « C’est vrai que les députés, on ne les voit pas beaucoup mais à leur décharge, ils naviguent entre Paris et leur territoire alors ça ne doit pas toujours être simple ». Salarié de la pharmacie de cette commune de 500 âmes, Bruno espère deux choses: plus de médecins et plus de mesures en faveur du climat.

« L’écologie devrait être intégrée partout. C’est un fil conducteur. C’est normal de penser écologie puisque nous devons transmettre ce monde à nos enfants mais au rythme où on va, je ne sais pas trop ce qu’on leur laissera ».

Bruno Gorassini

salarié de la pharmacie de Joncy

Dans la commune voisine, à Genouilly, Christine, garde le sourire malgré les difficultés. Cette aide-soignante aimerait bien croire au changement car elle a du mal à boucler les fins de mois. « Tout ce que je réclame, c’est une revalorisation des salaires, moi je n’ai le droit qu’au smic, je n’ai rien d’autre à côté, aucune prime, rien, donc le smic c’est ric-rac ».

Elle déplore des horaires à rallonge et peu de considération professionnelle. Mais elle trouve dans sa commune un peu de réconfort. « Ici tout le monde se connaît et on fait tout ce qu’on peut pour s’entraider, car ce n’est facile pour personne ».  

► Les élections législatives ont lieu les 12 et 19 juin prochains. Dans la deuxième circonscription de Saône-et-Loire, les électeurs pourront choisir entre huit candidats. 

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