Eurockéennes de Belfort : quel est le profil type du festivalier ?

Le public du festival des Eurockéennes, en juillet 2017. / © Sebastien Bozon / AFP
Le public du festival des Eurockéennes, en juillet 2017. / © Sebastien Bozon / AFP

Une étude sociologique a sondé les festivaliers des Eurockéennes à Belfort. Quels sont leur goût, pourquoi ils viennent ou reviennent, que postent-ils sur les réseaux sociaux ?  Plus de 1200 questionnaires ont été distribués et plus de 100 entretiens ont été menés.

Par Pauline Sauthier

Il a environ 29,5 ans. Il a 31% de chances d’être un artiste amateur. Nous disons « il », parce que le festivalier des Eurockéennes est majoritairement un homme (54% du public en 2017). Mais ce n’est pas une constante : en 2014, les femmes étaient en force.

Le nouveau public des Eurockéennes se rajeunit (moyenne d’âge des nouveaux festivaliers : 26 ans) mais les anciens sont toujours là, ils vieillissent et élèvent l’âge moyen. Les 41 ans et plus représentent 18% du public en 2017.

« Le profil type du festivalier c’est Kévin, 16 ans et Maud, 19 ans, venus avec leurs copains, leurs voisins et leurs parents », explique Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS-CEPEL, co-responsable de l’étude avec Aurélien Djakouane.  Une définition qui permet de mesurer la grande diversité des profils.


Pourquoi il vient ou revient ?

« Pour les locaux c’est « j’ai enfin l’âge », pour les extérieurs c’est « enfin libre » », résume Emmanuel Négrier à propos des personnes qui se rendent aux Eurocks pour la première fois. Le festival, très ancré dans son territoire, atteint beaucoup de jeunes belfortains. Les nouveaux venus qui ne sont pas originaires de la région arrivent pour la plupart quand ils ont réussi à organiser le voyage avec leurs amis.

« Le nouveau vient pour une tête d’affiche, on revient pour le festival et son ambiance en général », note Emmanuel Négrier.

Souvent, les néophytes reviennent. En 2017, 17% du public était fidèle au festival depuis 2015 et 11% depuis une période antérieure à l’an 2000.

Une des tendances fortes de l’étude, c’est la capacité des Eurockéennes à attirer de nouveaux publics et à les fidéliser.

Les participants aux Eurockéennes reconnaissent que le festival propose une « moindre qualité d’écoute » par rapport à un concert classique mais il promet aussi plus de « convivialité, la possibilité de découvertes, de risques ». Ceux qui ne viennent pas de la région apprécient le caractère « éclectique » des Eurocks. L’espace, Malsaucy, est considéré comme « idéal ».

Qu’est-ce qu’il écoute ?

Quatre artistes –cités 200 fois- ont particulièrement motivé la venue des festivaliers de l'édition 2017 : DJ Snake, Arcade Fire, Justice et Iggy Pop. Cinq autres ont été cités plus de 150 fois : Petit Biscuit, PNL, Jain, Booba et Phoenix.
Iggy Pop, invité en 2017, fait partie des artistes les plus cités par le public des Eurockéennes. / © SEBASTIEN BOZON / AFP
Iggy Pop, invité en 2017, fait partie des artistes les plus cités par le public des Eurockéennes. / © SEBASTIEN BOZON / AFP

Les nouveaux venus citent plus volontiers DJ Snake, Petit biscuit, PNL, Booba, Lorenzo ou Alkapote. Les anciens (plus de 5 éditions) leur préfèrent Iggy Popo, Arcade Fire, Thiéfaine ou Devendra Banhart.

Les enquêteurs ont constaté chez les festivaliers de la bienveillance vis-à-vis des programmateurs, de la tolérance, à l’égard des goûts des autres et de la curiosité pour les groupes à découvrir.

Parmi les genres musicaux aimés des festivaliers, le Rock et la pop arrivent en tête, avec une note de 17,1/20 en 2017 (une baisse par rapport à 2010, où ce style obtenait 18,1/20). Sans surprise pour qui suit la programmation, l’électro et le rap/hip hop sont de plus en plus plébiscités par le public.

Plus surprenant : le nombre de personne déclarant aimer la musique classique connaît une « progression spectaculaire ». "Ca ne fait pas partie des musiques préférées", insiste Emmanuel Négrier, "mais contrairement à ce que certains peuvent dire, la musique classique n'a pas disparu des radars de la jeunesse".

Dans les rapports précédents, le public féminin se montrait plutôt tourné vers l’électro, les musiques du monde, le classique. Le rap et le métal étaient généralement mal aimés. « Cette partition genrée des goûts musicaux semble être remise en question », révèle l’étude. « Les filles s’affirment comme des amateurs de rap ou de rock à part entière. Elles ne sont plus là pour être avec leur compagnon ou leur ami masculin mais bien parce qu’elles se reconnaissent dans l’offre musicale des Eurockéennes, notamment le rap et l’électro. »

En conclusion, le rapport note « la cohabitation, au sein du festival, de profils de goûts extrêmement antagoniques.

D’où vient-il ?

Alors que le festival bat des records d’affluence, le public belfortain est en baisse. Mais les festivaliers venus du Grand Est au sens large représentent le gros du public : 54%. Le nombre de festivaliers venus d’autres régions est en hausse.


Comment partage-t-il son expérience sur les réseaux sociaux ?

Si Facebook a la priorité des festivaliers. Instagram y tient une bonne place. 2700 comptes ont publié des images, avec en moyenne deux photo postée par utilisateur. Le filtre Clarendon est privilégié (couleurs chaude) avec les emojis « feu » et « cœur ». « La prise d’image fait intégralement partie de l’expérience du festival », note l’étude.

Les Eurocks, festival populaire ?

Le public voudrait le croire. Mais les sociologues tempèrent. Certes, "la part des publics de classe populaire est plus élevée que dans beaucoup de festivals étudiés par ailleurs », mais parmi les plus jeunes, 45% ont des parents appartenant aux classes sociales supérieures. Les étudiants, note l’étude, pourront eux aussi en faire partie une fois dans la vie active. « L’élitisation du public, à terme, est une hypothèse qui ne peut être écartée. »


Les retombées économiques territoriales

Les retombées économiques directes sont évalées à 1 38 000 € en 2010 et 2 508 85 € en 2017, soit une évolution de 40%. C’est en partie lié à l’évolution de la fréquentation, au passage de 3 à 4 jours et à l’activité économique locale.

Subventions
Pour 1€ de subvention investi, les retombées économiques sont de 8,10  € en 2010 et 19,20 € en 2017. Car malgré la baisse des subventions, le festival poursuit son développement

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