Collecte des déchets : quand les points d’apport volontaire suscitent les oppositions à Auxerre et Clamecy

Deux mouvements de contestation en Bourgogne, l’un dans l’Auxerrois (Yonne), l’autre à Clamecy (Nièvre), mais le même sujet : les points d’apport volontaire. Ces derniers jours, des opérations sont menées contre le développement de ces dispositifs et la fin de la collecte des déchets au porte à porte.

Ils sont contre les points d’apport volontaire. Et ils le clament même sur leurs poubelles. Ce lundi 15 janvier, les habitants de l’agglomération d’Auxerre (Yonne) opposés à la réforme du système de collecte des déchets ménagers, sont invités à coller sur leurs conteneurs une affichette jaune. Y est inscrit un mot d’ordre simple mais limpide : "Contre les Points d’Apport Volontaire".

Au total, 25 000 exemplaires ont été distribués par les bénévoles du collectif "AuxR_M sa collecte en porte à porte", dans les 29 communes de l’agglomération. Une pétition avait déjà été lancée en décembre dernier et une nouvelle action est déjà prévue en février.

"On n'est pas contre l'évolution du traitement des déchets. On se rend compte qu'il y a des choses à faire. Mais on part du principe que c'est un service public rendu aux gens. Il faut que ce soit le plus facile, le plus pratique", explique Nadine Lenoir, membre du collectif au micro de notre journaliste Baziz Djaouti.

700 points d'apport volontaire dans l'Auxerrois

La fin de la collecte des déchets en porte à porte et la mise en place de points d’apport volontaire d'ici 2026 sont un sujet crispant au sein de l’agglomération auxerroise depuis plusieurs mois. Pour rappel, les élus de l’Auxerrois avaient voté le 28 septembre dernier pour une réforme du système de récupération des déchets. 

Sont alors prévues l’installation de 700 points d’apport volontaire, mais aussi la suppression de cinq des sept déchetteries du secteur. Le but annoncé par la communauté de communes : améliorer la valorisation des déchets et la performance environnementale, respecter la réglementation et assurer de meilleures conditions de travail aux agents.

Avec les points d’apport volontaire, l’agglomération réduirait également ses dépenses en matière de gestion des déchets. "Les coûts de transport ont évolué, donc les coûts de traitement aussi. Si on ne veut pas avoir une pression fiscale insupportable, il faut repenser le mode de collecte et de traitement des déchets", justifiait Lionel Mion, vice-président à la Communauté d'agglomération de l'Auxerrois en charge des déchets, dans cet article du 27 septembre.

Les habitants dénoncent le manque de concertation

Ce lundi matin, cet habitant que nous avons rencontré a donc sorti ses poubelles en prenant bien soin d’y coller l’affichette. Il est farouchement opposé aux points d’apport volontaire. "Ça sert à quoi en fait ? Les personnes âgées vont faire comment pour amener leurs poubelles ? Il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais là, les gens vont prendre leur voiture pour déposer leurs poubelles ? Et on va retrouver des poubelles au coin des bois. C’est nul !", lance celui qui habite dans l’Auxerrois depuis 50 ans.

Une autre habitante croisée ce lundi matin explique elle-aussi être opposée à la réforme du système de collecte des déchets. "J’ai vu dans d’autres villes que c’était l’horreur parce que des gens déposent n’importe quoi, ils trient encore plus mal. Et c’est inconcevable pour des personnes en difficulté physique de faire 300, 400 mètres avec des poubelles. Ce n’est pas possible quoi !", confie-t-elle.

On nous impose un truc, alors que personne n’était au courant. Il n’y a pas eu de concertation citoyenne là-dessus. Peut-être que le projet est défendable, mais je ne vois que les points négatifs.

Une habitante de l'agglomération d'Auxerre

L'ensemble des opposants au projet dénonce également une décision prise unilatéralement par l'agglomération. Le mercredi 4 octobre, une réunion publique avait été organisée en présence de Crescent Marault, président (LR) de la collectivité. Une autre est prévue le mardi 30 janvier.

Les opposants aux points d’apport volontaire ont prévu d’y présenter une contre-proposition à la réforme de la gestion des déchets votée par la communauté de communes. Par ailleurs, deux recours ont été déposés contre le projet à la fin du mois de novembre, l'un par des maires locaux, l'autre par l'association Auxerre Ecologie Solidarités.

À Clamecy, ville et agglomération face à face au sujet des points d'apport volontaire

Les points d’apport volontaire, bientôt installés à Auxerre, déjà mis en place à Clamecy (Nièvre). Le dispositif ne concerne que le papier et le verre, pas les ordures ménagères et les emballages, il y a là-aussi, de nombreuses contestations.

Partout où il y a des points d'apport volontaire, il y a une problématique des déchets sauvages. Dans un village avec un seul point, c'est plus facile à gérer. Dans une commune, ça devient beaucoup plus complexe

Nicolas Bourdoune, maire (PCF) de Clamecy

Ce vendredi 12 janvier, à la demande du maire, des agents municipaux ont déposé devant le siège de la Communauté de communes Haut Nivernais val d’Yonne les déchets récupérés sur la voie publique autour de trois points d’apport volontaire.

Car la commune dénonce les conséquences du dispositif, qui favorise les dépôts sauvages. Résultat : les agents municipaux doivent ramasser ces déchets, alors que c'est une prérogative de la communauté de communes. Une tâche qui représente 85 000 euros de coûts supplémentaires pour la Ville.

"Très souvent, des habitants prennent le prétexte de ces implantations pour y déposer d'autres déchets. Pour Clamecy, cela représente le passage chaque vendredi d'une équipe de 8, 9 personnes pour assurer la propreté et nous évacuons entre deux et trois camions chaque semaine", décrit Nicolas Bourdoune, le maire (PCF) de Clamecy.

En réponse à cette action, la présidente de la collectivité du Haut Nivernais val d'Yonne a annoncé porté plainte pour dépôt sauvage. Brigitte Picq explique par ailleurs que si la collecte des déchets est une réponsabilité de la communauté de communes, celle des dépôts sauvages est une responsabilité des communes elles-mêmes.

"Ils relèvent du pouvoir de police, du pouvoir de maintenir la salubrité dans la commune qui appartient au maire. Dans toutes les communes, ce sont les agents communaux qui ramassent ces déchets et qui verbalisent pour éviter que ça se reproduise. Chaque commune s'en occupe"

Un rendez-vous devrait avoir lieu ce mercredi 17 janvier entre les différents acteurs. S'il est fructueux, le maire promet de faire enlever les déchets au plus vite.