"L'activité est pourtant bonne", après 130 ans d'existence la chapellerie d'Avallon recherche désespérément son successeur

C'est une institution veille de 130 ans qui pourrait fermer ses portes à la fin de l'année. Alors que sa propriétaire actuelle Géraldine Defert souhaite partir à la retraite, aucun repreneur ne s'est positionné pour racheter la chapellerie d'Avallon, la dernière de l'Yonne. La boutique est pourtant rentable.

On en compte entre 200 et 300 en France. On les appelle les modistes lorsqu’ils créent des couvre-chefs pour femmes, et des chapeliers lorsqu’ils en fabriquent pour les hommes. Dans l’Yonne, la dernière représentante de ce savoir-faire, c’est Géraldine Defert. Elle est à la tête de la seule chapellerie du département, installée à Avallon.

Un établissement mythique, ouvert en 1892, mais qui pourrait fermer à la fin de l’année. Car à 62 ans, l’artisane compte prendre sa retraite. Sa boutique est mise en vente depuis février dernier, mais aucun repreneur n’a fait d’offre concrète.

Employée en pharmacie puis dans un cabinet médical, avant de devenir chapelière

"Je parle de mon départ depuis deux ans. Je me suis fait à l’idée que si ce n’est pas repris, je ferme et je liquide le stock. Mais je trouve ça fort dommage. La boutique a 130 ans, elle a toujours fonctionné et il y a encore des choses à faire. C’est dommage si ça ne perdure pas".

Géraldine Defert est à la tête du commerce depuis 20 ans. Entre 1892 et 2004, la chapellerie est tenue par la famille Morizot, qui lui a d’ailleurs donné son nom. Géraldine Defert y était cliente et a appris les bases de son métier avec Nicole Morizot, derrière représente de la dynastie à la tête de l’entreprise.

"Je portais des chapeaux, j’en achetais chez Madame Morizot et un jour elle m’a dit qu’elle voulait vendre. Ça m’a tenté et ça s’est fait comme ça. J’ai travaillé avec elle et c’était parti. C’est un univers agréable, on se fait plaisir, on voit des choses qu’on ne voit pas ailleurs. On a du temps à consacrer à la clientèle, on peut discuter et partager avec les clients", confie celle qui a travaillé en pharmacie et dans un cabinet médical avant de reprendre la boutique.

Une boutique pourtant rentable

Et à plus de 130 ans, la chapellerie d’Avallon se porte bien. Pas très fan de la partie administrative de son travail, Géraldine Defert ne tient pas de compte officiel sur ses ventes et ne sait pas ce qu’elle contient avec précision dans son stock. Mais elle assure que la boutique fonctionne.

"L’activité est bonne ! Il y a de quoi vivre décemment sans problème à la fin du mois. Et il y a des perspectives de progression. Les futurs repreneurs peuvent développer la boutique. Je n’ai pas de site internet par exemple. Tout ça, ce sont des choses à faire".

Car si l’âge d’or du chapeau remonte au XIXème siècle, avec des chapeliers (ou des modistes, donc) présents dans chaque ville et village de France à l'époque, le couvre-chef reste un accessoire de mode incontournable. Avec des figures médiatiques qui ont relancé sa popularité au tournant des années 2010.

C’est cyclique, la mode évolue selon les améliorations, les coupes, les couleurs et les styles. Mais les gens plus âgés portent toujours des chapeaux. Et les jeunes aussi en portent

Géraldine Defert, propriétaire de la chapellerie d'Avallon

"Il y a des artistes qui marquent leur temps. Je pense à Pascal Obispo ou à Christophe Maé qui ont porté des chapeaux. Ce sont des artistes auxquels la population s’identifie et qui inspirent les gens. Il y a 4, 5 ans, la série Peaky Blinders a popularisé la casquette également. Là, on est un peu plus sur la fin de cette mode. Ce sont les chapeaux qui reviennent maintenant pour les hommes", décrit Géraldine Defert.

Mais alors, comment expliquer l’absence de repreneur pour une boutique historique de l’Yonne qui fonctionne encore ? "La difficulté pour les gens, c’est que les banquent ne prêtent plus, répond la chapelière. Elles ne se mouillent plus et pour les jeunes, c’est compliqué. Il faut payer le fond, le stock, tout ça a un coût, une valeur marchande. Il faut impérative emprunter et les banques ne suivent plus, elles sont plus frileuses".

Malgré la perspective de ne pas trouver de repreneur pour préserver ce patrimoine local, Géraldine Defert veut savourer ses derniers mois à la tête de la chapellerie. "Ça va être particulier d’arrêter, ça fait 20 ans que j’y suis quand même", lâche-t-elle dans un rire tonitruant qui ne la quittera jamais durant l’intégralité de notre discussion.

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