Législatives 2024 : Jean-Félix Acquaviva rend son écharpe de député

Après sept années au palais Bourbon, Jean-Félix Acquaviva ne prolongera pas. Avec 45,52 % des suffrages au second tour, l'homme ne parvient pas à se faire réélire dans la deuxième circonscription de Haute-Corse. Une profonde désillusion pour ce militant nationaliste de toujours.

Les mines sont renfrognées et les sourires absents. Disparues, les scènes de liesse et les haies d'honneur le long du cours Paoli de Corte, les embrassades et les félicitations. Deux ans après, ce sont désormais la déception et la fatigue qui priment sur les visages de Jean-Félix Acquaviva et de ses soutiens.

Après une campagne électorale aussi express qu'intensive, le résultat est tombé comme un coup de massue ce dimanche 7 juillet : avec 45,52 % des suffrages, le militant nationaliste ne parvient pas à prolonger son mandat de député. Élu dans la deuxième circonscription de Haute-Corse depuis 2017, il se voit ainsi contraint de passer l'écharpe à celui duquel il avait pourtant réussi à triompher - sur le fil - en 2022, François-Xavier Ceccoli.

Jean-Félix Acquaviva le sait : cette élection législative était capitale, et les conséquences de sa défaite dépassent le cadre de sa seule personne et même les frontières de la circonscription. C'est un poste d'influence essentiel qui échappe aux mains du parti de la majorité insulaire, dont il est membre, Femu a Corsica. Rudement touché par cette défaite, difficile pour autant d'imaginer le soldat Acquaviva couler pour de bon.

Nationaliste depuis l'enfance

Porte-parole au sein de la Ghjuventù Paolina, maire de Lozzi, président du comité des massifs, président de l'office des transports, et parmi les plus fidèles lieutenants du président de l'exécutif Gilles Simeoni... Outre ses mandats de député, en 2017 puis en 2022, le parcours politique de Jean-Félix Acquaviva est marqué par une certaine ambition, héritée, peut-être, d'une famille militante, et d'un nationalisme dans lequel il baigne depuis l'enfance.

Tout commence dans les mouvements de jeunesse, bouillonnants centres de formation du nationalisme. De l'associu di i liceani corsi au syndicat Ghjuventù Paolina, à l'Université de Corse, dont il sort avec un DEA en sciences économiques... Des occupations de préfectures aux grèves de la faim... Jean-Félix Acquaviva trouve très vite sa place sur le chemin du militantisme.

Un chemin qu'il poursuit par la suite en s'impliquant au sein de partis politiques : l'ANC de Pierre Poggioli, puis Corsica Viva de Joseph Peraldi en 1996, avant de rejoindre le Rinnovu Naziunali avec les Benedetti en 1998. Les nationalistes sortent alors des années noires de la guerre fratricide, et Jean-Félix Acquaviva prône l'abandon de la lutte armée.

Parmi les fondateurs du mouvement, il finit néanmoins par le quitter dans l'année qui suit pour se concentrer sur sa carrière professionnelle. Celle-ci ne se déroule pas sans écueils : directeur de l'office du tourisme de Corte, sa gestion est critiquée, et ses locaux plastiqués en 2005. Autre raté, quelques années plus tard : le projet économique de Prumitei, le centre des arts du feu du centre Corse, dont il était actionnaire, s'achève par une liquidation judiciaire en 2010.

La course aux élections nationales

Élu maire de Lozzi, son village, en 2008, l'homme parvient à rebondir avec la loi montagne. À la fin des années 2000, il rejoint la démarche Inseme per a Corsica, fondée autour de Gilles Simeoni. En 2014, ce même mouvement décide de se lancer dans la course d'une élection nationale : les Sénatoriales. Et pour la Haute-Corse, c'est Jean-Félix Acquaviva qui est désigné candidat.

"C'est bien au palais Bourbon et au palais du Luxembourg que va se débattre l'avenir de la Corse, si les votes de l'Assemblée de Corse viennent à ces Assemblées, explique-t-il alors à notre micro. Il faudra, enfin, que le mandat de sénateur soit un mandat de combat démocratique."

Un premier essai qui se solde par un échec : le militant nationaliste atteint le second tour, mais y termine en troisième position, avec 12,89 % des suffrages exprimés, derrière la candidate de droite Anne-Marie Natali (28,18 %), et Joseph Castelli (PRG), élu avec 58,93 % des voix.

Jean-Félix Acquaviva trouve sa revanche un an plus tard, avec la déferlante de la vague autonomiste et indépendantiste lors des élections territoriales. L'union nationaliste Pè a Corsica triomphe et propulse 24 de ses candidats sur les bancs de l'hémicycle territorial. Secrétaire général d'Inseme, Jean-Félix Acquaviva fait partie de ces nouveaux élus.

Il hérite de la présidence de l'office des transports, et d'un des plus gros dossiers de la toute jeune mandature nationaliste : la compagnie maritime régionale. Parallèlement, et de scrutin en scrutin, les nationalistes confirment leur domination en Corse.

2017 marque un nouveau tournant historique, avec l'élection de trois députés autonomistes. Michel Castellani obtient la première circonscription de Haute-Corse, Paul-André Colombani la deuxième de Corse-du-Sud. Jean-Félix Acquaviva s'impose lui facilement dans la deuxième circonscription de Haute-Corse, raflant 63,16 % des suffrages exprimés.

Processus d'autonomie et assassinat d'Yvan Colonna

Le scénario n'est pas tout à fait le même en 2022. S'il parvient à se faire réélire dans sa circonscription, c'est cette fois-ci dans la douleur, ne conservant le graal qu'à 156 voix près face à son déjà coriace adversaire, le maire de San Giuliano François-Xavier Ceccoli.

Au sein du groupe Liberté, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) - qu'il a rejoint, comme les autres députés nationalistes, à sa création en 2018, et qu'il retrouve en 2022 -, Jean-Félix Acquaviva s'active en coulisses pour le processus d'autonomie de la Corse, enclenché quelques mois plus tôt, après l'assassinat en prison d'Yvan Colonna.

Le second mandat de Jean-Félix Acquaviva sera d'ailleurs surtout marqué par la commission d'enquête parlementaire autour de la mort du "berger de Cargèse", le 21 mars 2022, agressé par un co-détenu de la prison d'Arles. Président de la dite commission, il surveille et chapeaute les six mois de travaux, au cours desquels 37 auditions sont menées et 71 personnes entendues, du directeur de l’administration pénitentiaire d’Arles, à l’ancien Premier ministre Jean Castex et aux ex-gardes des Sceaux Nicole Belloubet et Christiane Taubira.

Il en ressort un rapport de 218 pages, dans lequel sont longuement détaillées les conditions de cette agression mortelle, ainsi que les "responsabilités, les inactions et les erreurs qui ont été commises par les différentes autorités concernées dans la gestion des parcours carcéraux respectifs d’Yvan Colonna et de son agresseur, Franck Elong Abé".

"Pour avoir été à ses côtés du début à la fin, [cette commission d'enquête] a été un engagement personnel vraiment énorme pour lui, se rappelle Yannick Bertolucci, son collaborateur parlementaire. Il y a mis beaucoup de sa personne, beaucoup d'émotions. Ça a été une pression énorme pour lui."

Une campagne difficile

Reparti en campagne sitôt la dissolution de l'Assemblée nationale prononcée, le 9 juin dernier, le député sortant se trouve en difficulté au sortir du premier tour, terminant en deuxième position, à six points derrière François-Xavier Ceccoli, et trois points seulement devant la candidate du RN, également qualifiée...

Un ballottage défavorable devenu d'autant plus complexe avant le désistement de la candidate du parti à la flamme au profit de la droite. Mais malgré une personnalité jugée clivante par certains, notamment parmi les autres nationalistes, Jean-Félix Acquaviva reçoit finalement les soutiens du PNC et de Core in Fronte pour le second tour... De même que celui de la candidate EELV pour le Nouveau Front populaire Hélène Sanchez, et même du maire de Belgodère, Lionel Mortini, troisième homme des législatives de 2022 dans la circonscription.

Une mobilisation générale qui n’aura cependant pas suffi pour faire la différence. À 51 ans, Jean-Félix Acquaviva quitte ce soir l'Assemblée nationale, mais pas pour autant la scène politique insulaire. À commencer par l'Assemblée de Corse, où il demeure conseiller territorial.

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Jean-Félix Acquaviva échoue à prolonger son mandat de député. ©Paul Salort, Christophe Gineste

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