"Un énorme challenge", "ça va être très compliqué" : vent de panique dans les partis en vue des législatives

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Le président de la République a annoncé ce dimanche la dissolution de l'Assemblée nationale, et la tenue d'élections législatives anticipées dès le 30 juin et 7 juillet prochains. Un calendrier - très - resserré qui contraint les partis à une campagne express.

"Quand je l'ai entendu, au début, je n'y croyais pas vraiment, je me disais que je n'avais pas bien compris. Et puis je suis allée vérifier sur les médias et les réseaux sociaux, et là, j'ai eu la confirmation." Pour cette militante autonomiste corse, l'annonce, hier, par le président de la République, de la dissolution de l'Assemblée nationale des suites du score historique du Rassemblement national aux élections européennes, a eu l'effet d'une "mini-bombe".

Le choc, d'abord, face à une décision "à laquelle on ne s'attendait vraiment pas", et une crise d'angoisse, ensuite, à l'idée de devoir déjà se relancer dans la campagne des législatives. "Nous pensions que nous avions encore trois années devant nous pour nous organiser et envisager la suite. Perdu ! Désormais, nous n'avons plus que trois semaines."

Campagne express

En temps normal, la campagne des législatives s'organise en deux périodes : la première se déroule dans les six mois précédant le scrutin, "avec certaines règles encadrant la campagne électorale", rappelle le gouvernement. Vient ensuite la deuxième, plus courte et supervisée par des règles "plus strictes", ouverte "à partir du deuxième lundi précédant le jour du scrutin". C'est ce second temps qui sonne l'entrée dans la campagne électorale "officielle".

Mais ici, la dissolution de l'Assemblée nationale change la donne : dès lors que celle-ci est prononcée, les élections législatives doivent être organisées dans un délai de 20 à 40 jours.

En conséquence, pour ces législatives anticipées, le temps de campagne est considérablement réduit : plutôt que six mois, les prétendants à la députation n'auront qu'une semaine pour déposer leur candidature, avant l'ouverture de la campagne officielle, le 17 juin. Date à laquelle les programmes des candidats devront être disponibles en ligne, et ce jusqu'au 29 juin, veille du vote du premier tour.

Un calendrier forcément contraignant pour les partis. À droite, à gauche, chez les nationalistes et au sein de toutes les autres forces politiques en Corse comme au niveau national, sont ainsi convoquées depuis hier soir des réunions internes d'urgence. Premier objectif : acter ou non la présentation d'un candidat par circonscription, et si tel est le cas, déterminer qui.

Quels candidats pour quel parti ?

En Corse, les quatre députés sortants pourraient tous se représenter.

Respectivement députés de la première et seconde circonscriptions de Haute-Corse, Michel Castellani et Jean-Félix Acquaviva ont tous deux confirmé leur candidature à la candidature. Leur investitute devrait selon toute vraisemblance être décidée en réunion ce soir par leur parti, Femu a Corsica. Les candidats pour la Corse-du-Sud pourraient également être désignés à cette occasion.

Paul-André Colombani, député de la seconde circonscription de Corse-du-Sud repartira lui aussi pour le PNC... Là encore, cette décision devrait être actée par le parti ce soir, ainsi que d'autres potentiels candidats, à moins que des accords ne soient conclus entre nationalistes.

Enfin, Laurent Marcangeli, député Horizons de la première circonscription de Corse-du-Sud, dévoilera ses intentions dans une conférence de presse prévue demain matin, aux côtés de son suppléant Xavier Lacombe.

Reste que face à eux, d'autres candidatures sont déjà prévues ou pressenties. Dans la première circonscription de Haute-Corse, Julien Morganti, candidat en 2022, a déjà indiqué que son mouvement "Un futur pour Bastia" participera dans le cadre de ces législatives à "une coalition pour incarner le changement dès le 30 juin".

Nicolas Battini, président du mouvement nationaliste et identitaire Mossa Palatina devrait sauf surprise y candidater aussi. "Nous évaluons également nos possibilités d'action dans les autres circonscriptions", indique-t-il.

Jean-Martin Mondoloni, co-président du groupe de droite au sein de l'Assemblée de Corse, pourrait selon des rumeurs s'y présenter aussi... Sans confirmer, ce dernier précise que des échanges sont en cours au sein de sa famille politique pour faire en sorte que celle-ci soit représentée dans chacune des circonscriptions insulaires.

Dans la seconde circonscription de Haute-Corse, François-Xavier Ceccoli assure déjà son intention de candidater. "Je n'ai pas eu à me poser la question très longtemps, puisque j'ai eu la chance et la joie d'avoir 16.621 personnes [soit un différentiel de 156 voix avec Jean-Félix Acquaviva, élu] qui m'ont accordé leur confiance en 2022. Je n'envisage pas de trahir cette confiance en ne me représentant pas."

Du côté du Rassemblement national, on entend aussi présenter quatre candidats. "On attend de voir avec Paris les circonscriptions, est-ce qu’on va ouvrir les personnalités... On se veut ouverts", assure François Filoni, délégué du parti en Corse, qui confirme qu'il fera partie des candidats.

"On a des emplois à assurer, une vie à côté aussi"

La course contre la montre ne s'interrompt pas une fois les candidats désignés. Bien au contraire. "Au-delà de la panique qui tient au calendrier extrêmement serré pour présenter une candidature et un mandataire financier, il y a aussi la question de trouver un appareil militant, pour imprimer les tracts et affiches et organiser la campagne électorale et les démarchages, analyse ce jeune homme très investi dans la politique insulaire. Cela promet d'être compliqué."

"On n'a pas encore vraiment acté comment on va s'organiser, mais on sait par avance que ce sera intensif, grince ce militant de gauche. Une campagne électorale, c'est de l'investissement pour les têtes d'affiche, bien sûr, mais il ne faut pas oublier ceux qui sont derrière et font tourner la machine."

Des petites mains qui devront, elles aussi, trouver - ou créer - en urgence des disponibilités dans leur emploi du temps. "C'est plus facile de se dégager du temps libre quand on le sait six mois à l'avance plutôt qu'une seule semaine, soupire ce même militant. On a des emplois à assurer, une vie à côté aussi. Et on va être contraints de tout mettre en suspens."

Une campagne électorale, c'est de l'investissement pour les têtes d'affiche, bien sûr, mais il ne faut pas oublier ceux qui sont derrière et font tourner la machine.

Nicolas Battini, président de Mossa Palatina, l'admet : "Ça va être un énorme challenge, on en a bien conscience". Le mouvement - qui se lancera, pour ces législatives, dans sa première course électorale nationale -, compte s'appuyer sur sa base militante "extrêmement large, jeune, et dynamique, qui sera très mobilisable et de façon immédiate", s'en félicite son président.

"Après, tout ce qui est a trait à la logistique et au matériel de propagande, les difficultés et les questions de ce qu'on pourra vraiment faire se poseront pour nous comme pour tout le monde. Je pense que cette campagne sera particulièrement épurée en terme de matériel comme d'organisation. Mais peut-être que cela permettra de faire la différence dans le fond, ce qui pourrait finalement être une chose positive", conclut Nicolas Battini.

"Trois semaines pour faire campagne, ce sera petit pour ne pas dire minuscule, insiste François-Xavier Ceccoli. Mais nous sommes sur le pont depuis ce matin, et nous allons faire au mieux pour nous organiser dans ce court délai", promet-il.

Comment sont élus les candidats ?

Le premier tour des élections législatives aura lieu le 30 juin. Pour être élu dès le premier tour, un candidat doit recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés - et un nombre de voix égal au quart des électeurs inscrits -.

Sinon, les candidats ayant obtenu un nombre de voix "au moins égal à 12,5 % du nombre d'électeurs inscrits dans la circonscription" se qualifieront au second tour, qui se tiendra le 7 juillet. Si un seul candidat réunit ces conditions - ou aucun -, les deux candidats en tête se maintiennent au second tour.

Enfin, à l'issue de ce dernier vote, le candidat qui remporte la majorité relative - ou le plus âgé en cas d'égalité de suffrages - est élu député.

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