Incendies en série dans le Bas-Rhin : "de mémoire de pompier, on a rarement vu ça"

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Écrit par Claire Peyrot .

Depuis le début de l'été 2022, les incendies d'envergure s'enchaînent dans le Bas-Rhin. Les sapeurs-pompiers n'ont jamais été autant sollicités mais ils tiennent le coup. Mais comment faire face à l'avenir ? Le système est-il viable sans les pompiers volontaires ?

Depuis le début de l'été, ils sont sur tous les fronts. En particulier celui des incendies. Et pas des moindres : feu dans un écoquartier à Ostwald le 14 juillet, au port autonome de Strasbourg le 18 juillet, d'un hôtel d'entreprises à Hoerdt le 25 juillet. Chaque fois, les sapeurs-pompiers du Bas-Rhin engagent les grands moyens, des dizaines d'hommes et d'engins sont mobilisés pour éteindre les flammes au plus vite.

Le mois d'août ne calme pas le rythme. Dès le 1er août, ils débarquent à plus de 200 pour venir à bout de l'incendie de la scierie Gerhard à Mothern, qui se propage aussi à la forêt voisine. Le 5 août, le moulin des moines de Krautwiller part en fumée, malgré les efforts de quelques 150 professionnels du feu. S'en suivront l'immeuble de Lingolsheim le 9 août (46 pompiers), celui de Cronenbourg la nuit du 10 au 11 août (50 sapeurs-pompiers).

La situation est inédite. "De mémoire de pompier, on a rarement vu une concentration d'une telle ampleur" confirme le général René Cellier, directeur départemental des services d’incendie et de secours du Bas-Rhin (SDIS 67). Le chef des 650 sapeurs-pompiers professionnels du département (et des 150 personnels techniques et administratifs) confirme l'importance des sinistres auxquels sont confrontés les hommes et les femmes de son service.

"L'activité est particulièrement soutenue, mais nous faisons face. Il n'y a pas de problème d'effectifs." D'autant que le SDIS 67 continue de prêter main forte sur le front des autres feux qui touchent l'ensemble du territoire français depuis le début de l'été. Des colonnes ont été engagées dans le Gard, en Gironde, mais aussi dans le Morbihan, le Finistère ou encore le Maine-et-Loire.

"Au sortir de telles interventions, les pompiers sont fatigués bien sûr mais ils sont relevés régulièrement" poursuit le numéro 1 du corps des pompiers bas-rhinois. "On a les effectifs pour assurer les missions" affirme-t-il. Il n'y a pas eu d'annulation de congé confirme Fabien Demeusoit, du syndicat Avenir-Secours (CFE-CGC) : "En Gironde, au mois de juillet, ils en étaient arrivés à rappeler l’ensemble des personnels, ce n'est pas notre cas."

L'armée des volontaires

Dans le Bas-Rhin, les secours sont également assurés par un abondant volume de pompiers volontaires. Pas moins de 4.000 hommes et femmes qui, en parallèle de leurs professions habituelles, peuvent être appelés au gré des sinistres. Une "armée" particulièrement fournie dans le Bas-Rhin, contrairement à d'autres départements de France, et dont l'abondance s'explique par la présence de casernes dans chaque commune avant la départementalisation en 1996.

Ce mercredi 10 août, le ministre de l'Intérieur a appelé les employeurs à les libérer plus rapidement : "Je lance un appel solennel aux employeurs pour qu'ils libèrent leurs salariés qui sont des sapeurs-pompiers volontaires, pour qu'ils puissent rejoindre leurs collègues sapeurs-pompiers, partout sur le territoire national" a lancé Gérald Darmanin lors d'un déplacement en Gironde.

Le général René Cellier confirme que c'est la disponibilité des volontaires qu'il faut développer dans le Bas-Rhin "notamment en journée et semaine, où les employeurs rechignent parfois un peu, même si je peux comprendre. Je suis très vigilant là-dessus.

Professionnels/volontaires : deux réalités

Chez FO, on soulève un aspect préoccupant du recours aux volontaires "ce qui est inquiétant, c'est l'hypocrisie du système, avec deux poids deux mesures" explique Cédric Hatzenberger, secrétaire général du syndicat dans le Bas-Rhin. "Dans le même camion, vous pouvez avoir assis côte à côte un sapeur professionnel qui est limité à 35 heures semaine (lissées sur l'année) et un volontaire qui va travailler 60, 70, 90 heures par semaine sans que personne ne s'en soucie."

Les pompiers volontaires sont indemnisés pour les astreintes et les interventions. Ils perçoivent 8,08 euros de l'heure pour un pompier "de base" jusqu'à 12,15 euros pour un officier. Des sommes majorées à 50% le week-end et les jours fériés. Et doublées la nuit. "Sauf qu'ils ne sont régis par aucun code du travail, ni limités en temps de travail. Certains sont épuisés quand ils doivent enchaîner avec leur travail dans la journée."

Le syndicat FO demande qu'ils soient reconnus comme des travailleurs pour leur temps de travail et le code du travail. Ainsi que des recrutements chez les professionnels. Cédric Hatzenberger aborde aussi le problème du financement des SDIS : "la population du Bas-Rhin explose, et avec elle les interventions. Si on veut un SDIS performant, il faut que la contribution des communes suive". 

Anticiper les sécheresses à venir

En parallèle des questions sociales et économiques, une anticipation de l'organisation pour les années à venir s'impose. La dégradation du climat, la sécheresse, incitent à engager une réflexion globale future. "C’est une situation exceptionnelle mais on pensait que ça arriverait chez nous plus tard" explique Fabien Demeusoit, du syndicat Avenir-Secours (CFE-CGC). 

"Pour l’instant on est dans l’action, mais quand on voit nos collègues dans le sud qui n’arrivent pas à maîtriser les feux, on se dit qu’il ne faudrait pas arriver à des situations comme ça. On s’interroge. Il n’y a pas un pompier dans le Bas-Rhin qui n’est pas inquiet pour ses collègues (deux morts cet été). On doit évoluer. Les risques et les dangers s'amplifient. 2022 a été assez cataclysmique : la grêle, les feux de forêt, les inondations, les incendies urbains, sans compter l'activité dans les hôpitaux qui est loin d'avoir baissé".

Le directeur du SDIS 67 est du même avis : "le risque feu de forêt n’est pas le même qu’il y a 20 ans. On va essayer de mettre en place de nouveaux outils et procédures. Ne faut-il pas demain positionner des citernes à eau au plus près des zones à risque pour accélérer les interventions ? Mieux identifier les voies d’accès dans les forêts ? Peut-être envisager des veilleurs dans les périodes à risque". Pour l’instant les questions sont en cours. En collaboration avec les services de l'Etat.

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