Bas-Rhin : "il faut être patient et attentif, habile et calme pour pouvoir manipuler les chevaux avec confiance", Pascal Schopp est maréchal-ferrant à Uhrwiller

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Écrit par Stern Barbara

Tout cavalier connaît le dicton : « pas de pieds, pas de cheval ». Voilà une vingtaine d’années que Pascal Schopp est « Hüeffschmïtt », maréchal-ferrant. Cet amoureux des chevaux les connaît bien et en plus d’avoir une bonne habilieté et un sens de l’observation affûté, il parvient à « ressentir» les chevaux, un détail particulièrement précieux dans l’exercice de ce noble métier.

Pascal Schopp peut apercevoir "Éclair" son cheval Franches-Montagnes,  "Allegra", l’espagnol et "Trou Normand" son Selle Français depuis sa cuisine. C’est par passion des chevaux qu’il a choisi un métier rare et vieux de trois millénaires : maréchal-ferrant.

Une aventure équestre pourtant commencée par hasard : un jour il remplace un cavalier manquant pour une randonnée avec des amis et depuis les chevaux ne le quitteront plus. Il fait construire des écuries et des boxes chez lui.

Il y a 20 ans, le maréchal-ferrant qui ferre ses chevaux cesse son activité, ce métier d’artisanat le tente bien. Pascal retourne alors sur les bancs de l'école pour se former. Mais "c’est seulement après des années de pratique, qu’on devient un bon maréchal-ferrant, une pratique dans laquelle il faut toujours se perfectionner".

Depuis Pascal sillonne les routes dans les environs d’Uhrwiller avec l’équipement dans lequel il a dû investir pour : ferrer, déferrer, brocher ou riveter les fers de chevaux de selle ou des poneys des particuliers et des centres équestres.

Un métier vieux de plus de 2000 ans

Autrefois ce sont les chevaux qui se rendaient chez le maréchal-ferrant, aujourd’hui c’est lui qui se déplace avec son atelier à l’arrière de sa camionnette et en un rien de temps c’est un véritable atelier de maréchalerie ambulant qui se dresse à côté des écuries de ses clients.

La corne du pied du cheval pousse en moyenne d’un centimètre par mois, selon les saisons. Toutes les sept à huit semaines il se rend donc dans le corps de ferme de Rémy Isenmann à Uhrwiller. Ce client devenu aujourd’hui ami, possède six chevaux avec lesquels il pratique l’attelage et la randonnée équestre. "Navigator" le cheval polonais semble connaître Pascal, il se sent en confiance et coopère, en donnant facilement son pied. Rémy déferre, clou après clou pour retirer les vieux fers, les gestes sont précis et minutieux. Le cheval se laisse faire sans réagir.

"S’ils aiment bien ? Ils n’ont rien contre. Ça ne leur fait pas mal, après ils marchent mieux. On enlève ce qui a repoussé". Explique-t-il avec philosophie. Pascal choisit avec le propriétaire le type de fer et la matière, de nombreux choix sont possibles, acier, aluminium, matières synthétiques.

Un lien particulier avec l’animal

Précision, adresse et concentration : une alchimie indescriptible opère entre le cheval et le maréchal-ferrant. "Avec l’expérience on sent le cheval. On ressent ce qui se passe chez les animaux et quand il faut se méfier. Il faut être patient et attentif, habile et calme pour pouvoir manipuler les chevaux avec confiance. Et surtout les aimer". Le maréchal-ferrant est souvent réputé pour sa capacité à se faire respecter des équidés.

Le ferrage classique dure une bonne heure environ. Pour les chevaux qui pratiquent l’attelage le maréchal-ferrant rajoute des pointes de tungstène afin que les fers s’usent moins vite. Puis Pascal retaille les sabots du cheval, comme "on couperait nos ongles" précise-t-il avec des gestes adroits et délicats. "Navigator" reste parfaitement immobile pendant le parage.

Certains fers se posent à froid et d’autres à chaud. Les matières synthétiques ou l’aluminium ne supportent pas la chaleur. Dans sa forge à gaz à 800 degrés, Pascal chauffe le fer pour l’adapter ensuite à la forme du sabot du cheval, sur son enclume à l’aide de son marteau de forge.

Pascal est concentré, on sent que le moment est solennel. Il parle peu et lorsqu’on lui demande si ce n’est pas imprudent de travailler sans gants il répond en souriant "qu’il faut avoir de la sensibilité, surtout pour clouer et que ça ne marche pas avec des gants".

Le fer est ensuite appliqué sous le sabot par cautérisation de la corne, se dégage une épaisse et odorante fumée blanche. Ensuite seulement il broche à l’aide de sa tricoise (pince), c’est-à-dire qu’il pose les clous et les rivets. Le cheval est docile et ne réagit pas aux frappes sonores mais indolores de Pascal.

 

Un travail physiquement usant

Pascal Schopp ne ferre plus les chevaux de trait parce que "le poids de leurs pattes use trop le dos". À une époque le ferrage s’effectuait à plusieurs, dont une seule personne qui s’occupait de tenir le pied. Mais ce métier est usant avec le temps à cause de la position inconfortable qu'il impose. Beaucoup de maréchaux-ferrants se voient contraints de stopper leur activité suite à des problèmes physiques liés au maintien des pieds des chevaux et au travail en position genoux fléchis et dos courbé.

Mais être maréchal-ferrant c’est aussi connaître les "défauts d'aplomb" et les causes de boiteries et apprendre comment parer ces sabots spécifiques.

Il doit également savoir fabriquer des fers orthopédiques liés à des pathologies précises qui ne se trouvent pas forcément dans le commerce.

Boutoir, brochoir, dégorgeoir, mailloche, étampe, pince à parer, à river, à sonder, rénette, rogne-pied, les outils défilent les uns après les autres entre les mains de Pascal avec des gestes rapides, nets et assurés. Maréchal-ferrant : un métier millénaire qui n’est pourtant pas prêt de disparaître en Alsace, parce que tant qu’il y aura des chevaux, on aura besoin de leur savoir-faire.

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