TÉMOIGNAGES. "Pénurie de carburants, pénurie de chauffeurs, stations fermées", la galère des transporteurs

Publié le Mis à jour le
Écrit par Isabelle Griffon .

Les transporteurs routiers ou scolaires peinent à remplir leurs réserves de carburant. Témoignages à Troyes, Reims et Chaumont.

"La cuve est au plus bas, je ne sais pas comment on va faire demain pour que les chauffeurs refassent le plein." Angélique Lacour, qui gère le parc de véhicules chez le transporteur routier aubois Gamba et Rota, est inquiète. Chaque vendredi, ses 95 camions qui circulent dans toute la France se réalimentent en gasoil au dépôt de la société située à Vendeuvre-sur-Barse, près de Troyes, pour repartir le réservoir plein le lundi. Mais depuis cette semaine, la situation est tendue. Sa cuve n'a pu être remplie qu'en partie lors de la dernière livraison.

"Un casse-tête pour les chauffeurs routiers"

"C'est très compliqué, on ne sait pas quand on va être livré. Il faut appeler nos fournisseurs au jour le jour", explique-t-elle. Depuis dix jours, les employés des raffineries françaises, salariés de TotalEnergies et d'Esso, ont entamé un mouvement de grève pour une revalorisation salariale. Plusieurs raffineries sont à l'arrêt, ce qui fait peser la menace d'une pénurie de carburant dans le pays.

Pour nos chauffeurs, c'est un véritable casse-tête. Ils commencent à être énervés par la situation.

Angélique Lacour

Transporteur routier Gamba et Rota

"Il y a déjà eu des grèves, mais là ça dure. Si les chauffeurs routiers ne peuvent pas avoir de gasoil, la France va être paralysée", prévient-elle. Pour nos chauffeurs, c'est un véritable casse-tête. Ils commencent à être énervés par la situation." Les stations-services sont soit fermées, soit prises d'assaut par les automobilistes craignant d'être bientôt à sec. Dans les stations TotalEnergies, la ruée à la pompe est accentuée par la remise de 20 centimes accordée depuis le 1er septembre par le pétrolier français, en complément de la ristourne de l'Etat.

Les transporteurs scolaires surveillent la jauge

A Reims, Yves Henry, le responsable maintenance chez le transporteur Champagne Mobilités, surveille son réservoir de carburant deux fois par jour pour en vérifier la jauge. Une cuve intégrée de 40.000 litres qu'il a réussi à réalimenter ce jeudi pour fournir en énergie les 60 autocars basés à Reims. Sa société assure une partie du transport scolaire et périscolaire de la Marne. "Cela demande plus d'organisation et d'anticipation, mais j'arrive à gérer la réserve."

Sur le second site du transporteur, à Mareuil-le-Port, entre Epernay et Dormans, la situation est "plus problématique" pour les 20 autocars qui roulent sur ce secteur. "D'habitude, nos chauffeurs se fournissent dans les trois stations Total des alentours. Mais là elles sont fermées, déplore Yves Henry, ils sont obligés de faire 60 kilomètres pour venir se ravitailler sur notre dépôt de Reims, c'est du temps et du carburant de perdu." 

Faire face aux différentes pénuries

A Chaumont, les cars Fabian disposent d'une flotte de 100 autocars, chargés notamment du transport scolaire pour une partie des élèves haut-marnais. Pour faire le plein, les véhicules utilisent la station intégrée à la société, mais la citerne d'une capacité de 30 000 litres n'est à ce jour pas remplie. "On a été réapprovisionné cette semaine de 5 000 litres, mais avec 5 000 litres, on tient à peine une semaine. A priori on attend une nouvelle livraison la semaine prochaine, espère Bertrand Moquin, le directeur de la société.

En 20 ans, ce professionnel des transports assure n'avoir jamais connu telle situation. "Cela nous inquiète un peu quand même même, glisse-t-il. On est en pénurie de carburants, en pénurie de chauffeurs, en pénurie de pièces pour réparer les véhicules, on doit aussi faire face à une recrudescence des vols de gasoil, ce n'est pas simple en ce moment, mais on essaie de rester positifs."

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