Départementales 2021 en Alsace : les résultats définitifs du second tour

Le second tour des élections départementales a lieu ce dimanche 27 juin. Il s'agit d'un scrutin historique pour la toute nouvelle Collectivité européenne d'Alsace (CEA), nouveau département issu de la fusion du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.

Second tour au bureau de vote de l'école Edouard Branly, canton de Strasbourg-4, dans la Collectivité européenne d'Alsace (CEA).
Second tour au bureau de vote de l'école Edouard Branly, canton de Strasbourg-4, dans la Collectivité européenne d'Alsace (CEA). © Vincent Ballester, France Télévisions

La Collectivité européenne d'Alsace (CEA) est le plus récent des départements français. Un super-département qui assure la gestion des collèges, l'entretien des routes, le versement des allocations... sans oublier les affaires transfrontalières et le bilinguisme.

Ses premières élections départementales sont donc historiques. Le premier tour a eu lieu le dimanche 20 juin 2021, et celui-ci a été riche d'enseignements

La CAE, c'est 40 cantons, et donc mathématiquement 80 conseillères et conseillers d'Alsace à élire. Avant la fusion, leur répartition était de 46 dans le Bas-Rhin, et 34 dans le Haut-Rhin. Après l'élection, il leur faudra décider en priorité où sera basé le siège de cette CEA (pour l'instant à Strasbourg).
 

Les forces mobilisées

La majorité alsacienne faisait la part belle aux partis Les Républicains (LR) et Union des démocrates indépendants (UDI). Elle devrait se maintenir, avec à sa tête Frédéric Bierry (LR), ancien président du département du Bas-Rhin (et actuel de la CEA). Il a fait un excellent score dans son canton de Mutzig, et il restera probablement à la tête de la collectivité.

Europe Écologie Les Verts (EELV), alliée au Parti communiste français (PCF), a fait une belle percée. Elle intervient dans la foulée des municipales et il reste à la confirmer au second tour. C'est notamment le cas à Strasbourg. À l'inverse, le Parti socialiste est en déroute, à l'image de Mathieu Cahn, socialiste strasbourgeois bien établi, qui a été éliminé dès le premier tour. La République en marche (LREM) cherche à acquérir des sièges, mais ne devrait en remporter que bien peu.

Unser Land n'a pu se maintenir qu'à Saint-Louis : ce parti autonomiste alsacien explique défendre la langue, et la culture de l'Alsace. Le Rassemblement national (RN, ex-FN), a fait moins bien que prévu à l'issue d'une campagne très axée sur la sécurité, et a enjoint son électorat à plus se déplacer.


Les grandes tendances après le scrutin

L'un des premiers résultats connus est celui du canton d'Altkirch. Sabine Drexler (DVD), conseillère sortante (et sénatrice), est réélue avec son binôme Nicolas Jander (UDI), maire d'Altkirch. Pareil pour le binôme du conseil sortant (et député) Raphaël Schellenberger (LR) dans le canton de Cernay. Idem pour la conseillère sortante du canton d'Ertstein (et sénatrice) Laurence Muller-Bronn (LR).

Le président sortant de la CEA, Frédéric Bierry (LR), s'est assuré une réélection incontestable avec 78.5% des voix (il avait frôlé la réélection au premier tour mais il n'y avait pas assez de monde à s'être déplacé). Le binôme opposant (RN) n'a reçu qu'un vote sur cinq. Porté par ce succès, Frédéric Bierry parle de "reconnaissance du travail de nos élus" et compte organiser une "consultation" de la population alsacienne sur une sortie du Grand Est. 

Dans un premier temps, les scores écologistes hors-Strasbourg ne sont pas bons. Dans les cantons concernés, les écologistes ne reçoivent en général qu'un tiers des voix face à la droite. Sauf à Mulhouse où 300 voix séparent la droite (qui l'emporte) et la gauche écologiste.
 

La droite a remporté le canton de Mulhouse-1 d'une poignée de voix face à un binôme Génération.s et écologiste.
La droite a remporté le canton de Mulhouse-1 d'une poignée de voix face à un binôme Génération.s et écologiste. © Kévin Konrath, France Télévisions


La situation de Mulhouse est intéressante à plus d'un titre car deux opposantes (lors des municipales) à la maire Michèle Lutz (LR) remportent leur scrutin : Fatima Jenn (DVC) et Lara Million (LREM). Cette dernière est la première conseillère d'Alsace macroniste élue (ou plutôt réélue) en ce soir de second tour des départementales 2021 : pour elle, "le travail a payé". Michèle Lutz avait envoyé plusieurs de ses adjointes et adjoints pour les défier, sans succès donc.

Dans le canton de Colmar-1, le binôme de Frédéric Hilbert (EELV) n'arrive pas à s'imposer (40% des voix à peu près) Sans surprise, le binôme Klinkert-Straumann triomphe des écologistes avec 75% des voix à Colmar-2. Performances honorables des Verts à Colmar, donc, mais insuffisantes.

La situation s'est légèrement éclaircie ensuite pour les écologistes, qui parviennent à battre le binôme sortant de droite Denis Hommel et Nicole Thomas dans le canton de Bischwiller. Par contre, Sevil Aras et Benoît Steffanus qui représentent les Verts, manquent de peu de ravir Schiltigheim à la droite, menée par le conseiller sortant (et maire de Bischheim) Jean-Louis Hoerlé (LR) : 48.1% contre 51.9% seulement. Strasbourg sera déterminante.

Le parti autonomiste Unser Land n'est pas parvenu à l'emporter dans le seul canton où il s'était qualifié, celui de Saint-Louis. Il n'a récolté qu'un tiers des voix face au binôme LR.
 

Le Rassemblement national a ses meilleurs résultats dans le canton d'Ensisheim, mais ça ne suffit pas pour faire élire son binôme.
Le Rassemblement national a ses meilleurs résultats dans le canton d'Ensisheim, mais ça ne suffit pas pour faire élire son binôme. © Kévin Konrath, France Télévisions


Le Rassemblement national ne rassemble qu'un vote sur trois ou quatre selon les cantons. Même dans son prometteur canton d'Ensisheim, le binôme de Christian Zimmermann et Valérie Lemoine (RN) n'atteint que 40.9%. Pareil à Wittenheim : 37.9% pour le binôme de Virginie Joron (RN). "On doit se remettre en question, notamment sur notre manière de mobiliser", a concédé Christelle Ritz, qui a elle-même perdu face au binôme centriste du canton de Mulhouse-2. Néanmoins, elle prétend que les scores du parti frontiste "augmentent" dans leur globalité.

À 22 heures, tous les cantons avaient livré leurs résultats à l'exception de ceux strasbourgeois. Les bureaux y ferment plus tard qu'ailleurs.
 

Les cantons strasbourgeois scrutés

Les écologistes n'ont pas fait de très bons résultats lors de ce second tour des départementales. Strasbourg devait être capitale pour leur permettre de poursuivre sur leur lancée des municipales.

Mais une forte opposition locale existe : Nicolas Matt (LREM) ou encore Éric Elkouby (PS), conseillers sortants bien installés et connus comme anciens adjoints du maire Roland Ries (à qui a succédé l'écologiste Jeanne Barseghian). Ils étaient en ballotage défavorable après le premier tour. Jean-Philippe Vetter (LR) et Jean-Philippe Maurer (LR), à droite, disposent de fiefs assez sécurisés, respectivement à la Robertsau et au Neuhof.
 

Le conseiller municipal Jean-Philippe Vetter (LR), en binôme avec Anne Tenenbaum (LR), est bien installé dans le canton de Strasbourg-4, qui comprend la Robertsau.
Le conseiller municipal Jean-Philippe Vetter (LR), en binôme avec Anne Tenenbaum (LR), est bien installé dans le canton de Strasbourg-4, qui comprend la Robertsau. © Vincent Ballester, France Télévisions


Les résultats sont tombés juste avant 23 heures, et les écologistes ont fait moins que prévu, deux cantons tombant dans leur escarcelle. Plus précisément les deux premiers, alors que quatre cantons pouvaient être facilement gagnables. Le premier tour semblait bien plus prometteur à Strasbourg.

Dans le premier canton strasbourgeois, le binôme écologiste de Florian Kobryn et Ludivine Quintallet l'a emporté de douze points sur le duo macroniste d'Édith Peirotes et Mathieu Zeggiato. Les écologistes ont donc ravi ce canton aux socialistes (c'était le canton de Mathieu Cahn, éliminé dès le premier tour). 
 

 
Ludivine Quintallet, qui s'était fait connaître en luttant contre l'usage des barquettes en plastique dans les cantines strasbourgeoises, est réjouie. "Je remercie les gens qui nous ont fait confiance. J'ai fait de l'alimentation mon combat, et l'alimentation dans les cantines est une compétence de la CEA, dans les collèges, les foyers pour personns âgées ou handicapées... C'est important pour la santé et le bien-être, donc le bonheur, de nos concitoyens."

Dans le canton de Strasbourg-2, le binôme constitué par Fleur Laronze (PCF) et Damien Frémont (EELV) a devancé de moins de 2% celui d'Éric Elkouby (PS) et Martine Jung (PS). C'est le deuxième canton perdu par les socialistes, qui menaient pourtant encore lors des résultats partiels. Mais seuls 50% des votes avaient été dépouillés. "C'est un renouveau démocratique pour les quartiers ouest de Strasbourg", explique Damien Frémont. "Des citoyens ordinaires entrent à la CEA, issus de milieux associatifs. C'est une autre façon de faire de la politique", ajoute-t-il.
 

Le binôme écologiste a devancé celui socialiste à moins de 2% des voix.
Le binôme écologiste a devancé celui socialiste à moins de 2% des voix. © Kévin Konrath, France Télévisions


En revanche, dans le canton 3, les socialistes Françoise Bey et Serge Oehler ont pu sauver leurs sièges, avec une marge de 11% des voix. Chérif Diallo (Génération.s) et Stéphanie Karmann (Alternative alsacienne), de gauche, n'ont pas réussi à leur ravir. Serge Oehler fait un commentaire. "Si je puis me permettre, les écologistes n'ont gagné que deux cantons, pas tout Strasbourg..."  Et ajoute sur les "citoyens ordinaires" de Damien Frémont : "Je ne sais pas ce que ça veut dire... Nous aussi. Je n'ai pas l'impression d'être un citoyen extraordinaire, je travaille pour les habitants..."

Au nord de la ville, le canton de Strasbourg-4 est logiquement remporté par le tandem d'Anne Tenenbaum (DVD) et Jean-Philippe Vetter (LR). Cette union de la droite a recueilli deux fois plus de voix que le binôme écologiste de Jacqueline Karo et Roger Wolff. Conseiller municipal, Jean-Philippe Vetter voit dans ce résultat un désaveu lancé à la majorité écologiste strasbourgeoise.

"Il y a un an, les écologistes étaient largement en tête à Strasbourg. Et maintenant, on est dans une situation où ils ont tous les leviers du pouvoir à la ville... mais sur douze élus strasbourgeois [potentiels] au département, ils sont finalement quatre. Je pense que c'est une marque d'inquiétude de nombreux Strasbourgeois."
 

Ce signal d'inquiétude, ce serait essentiel que la municipalité [écologiste] en prenne compte.

Jean-Philippe Vetter, conseiller d'Alsace et municipal (LR)


"Mon canton a voté à 55% à gauche lors des municipales, mais à 63% pour cette majorité alsacienne de la droite et du centre... Ce signal d'inquiétude, ce serait essentiel que la municipalité en prenne compte. Et écoutent l'ensemble des Strasbourgeois, pas seulement ceux qui ont voté pour eux... Comme ça, on arrivera, pour les cinq prochaines années, à avoir une politique plus constructive."

D'abord en ballotage, le binôme de Nicolas Matt (LREM) et Anne Reymann (Agir) a renversé la tendance du premier tour. Leyla Binici (EELV) et Aurélien Bonnarel se sont fait distancer de 17 points. Nicolas Matt est donc le seul conseiller d'Alsace macroniste élu (ou plus exactement réélu) dans le Bas-Rhin. Avec la Mulhousienne Lara Million, et la ministre Brigitte Klinkert (sous couleurs divers centre), il représentera le parti présidentiel à la CEA.

Finalement, dans le canton de Strasbourg-6, fief du binôme de Pascale Jurdant-Pfeiffer (UDI) et Jean-Philippe Maurer (LR), les écologistes Fanchon Barbat-Lehmann et Germain Mignot ont perdu de neuf points.


Les chiffres : participation, et sièges remportés

Dans le Bas-Rhin, la préfecture annonce une participation 10.31% à midi (9.63% au premier tour), qui a grimpé à 21.97% à 17 heures (contre 19.52% au premier tour). Strasbourg, siège provisoire de la CEA, a participé à hauteur de 9.11% à midi (10.27% au premier tour) et de 20.75% à 17 heures (21.16% au premier tour) : elle a donc moins voté au second tour qu'au premier, contrairement au département.

Dans le Haut-Rhin, la participation atteint 11.73% à midi (9.73% au premier tour), puis 22.59% à 17 heures (21.14% au premier tour). Les chiffres définitifs sont connus à 20 heures, heure où les bureaux de vote ferment dans les grandes villes (18 heures dans les petites villes).

La jeunesse, peu concernée, a peu voté, mais ça n'explique pas tout. Des initiatives locales, comme à Strasbourg ont eu lieu pour tenter de faire baisser l'abstention. Le politologue Philippe Breton observe "deux France. Une minoritaire qui a voté, qui paye des impôts, lit le journal, est plus âgée et plus vaccinée... On sait maintenant qu'il y a une corrélation... Et une autre qui n'a pas voté, très hétérogène qui a de multiples raisons. Une grosse partie des abstentionnistes, ce sont les électeurs du Rassemblement national qui ne sont pas allés voter."  
 

Une grosse partie des abstentionnistes, ce sont les électeurs du Rassemblement national qui ne sont pas allés voter.

Philippe Breton, politologue


Après comptage des voix, il est possible d'indiquer que l'abstention a atteint 70.38%, mais aussi et surtout que les binômes de droite et du centre ont remporté 72 sièges sur les 80 que comprend la CEA. Les socialistes conservent deux sièges, la gauche non-étiquetée aussi. L'union de la gauche et des écologistes en gagne quatre, ravis aux socialistes; des écologistes non-étiquetés deux autres pris à la droite. Conclusion : l'Alsace reste fortement ancrée à droite, et les écologistes percent moins que prévu. Cela n'empêche pas Jeanne Barseghian (EELV) de parler de "reconquête écologiste de la CEA".
 

Les résultats, canton par canton

Le second tour oppose les deux binômes arrivés en tête le 20 juin. Les cartes interactives (ci-dessous) permettent de savoir avec précision et en direct quel binôme est vainqueur du scrutin :
 

Canton de Bischwiller

Canton de Bouxwiller

Canton de Brumath

Canton de Erstein 

Canton de Haguenau

Canton de Hoenheim

Canton de Illkirch

Canton de Ingwiller

Canton de Lingolsheim

Canton de Molsheim

Canton de Mutzig

Canton de Obernai

Canton de Reichshoffen

Canton de Saverne

Canton de Schiltigheim

Canton de Sélestat

Canton de Strasbourg-1

Canton de Strasbourg-2

Canton de Strasbourg-3

Canton de Strasbourg-4

Canton de Strasbourg-5

Canton de Strasbourg-6

Canton de Wissembourg

 



Canton de Altkirch

Canton de Brunstatt

Canton de Cernay

Canton de Colmar-1

Canton de Colmar-2

Canton de Ensisheim

Canton de Guebwiller

Canton de Kingersheim

Canton de Masevaux

Canton de Mulhouse-1

Canton de Mulhouse-2

Canton de Mulhouse-3 

Canton de Rixheim

Canton de Saint-Louis

Canton de Sainte-Marie-aux-Mines

Canton de Wintzenheim

Canton de Wittenheim

 


Les élections départementales (et régionales) constituaient l'ultime rendez-vous électoral avant l'élection présidentielle. Ses dates viennent d'être révélées : elle aura lieu les 10 et 24 avril 2022.
 

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