Elections régionales 2021 dans le Grand Est : le TER gratuit, bonne ou mauvaise idée, les principaux candidats répondent

L’organisation des Transports express régionaux (TER), c'est une des compétences majeures de la Région. Une utilisation gratuite des TER, c'est le souhait des listes de gauche. A droite et au centre, on répond que ce n'est pas réaliste. Le RN dit pourquoi pas mais sous condition. Explications.

La gratuité des TER, une question qui ravive le clivage gauche-droite
La gratuité des TER, une question qui ravive le clivage gauche-droite © Alexandre Marchi, MAXPPP

"Les transports scolaires, de la maternelle au lycée gratuits mais aussi le TER pour tous les jeunes de moins de 25 ans dans la région, c'est la proposition choc de l'écologiste Eliane Romani (Il est temps) dans cette campagne. Pour la candidate, l'objectif à travers cette mesure est à la fois social, culturel et environnemental : cela doit permettre d'aider financièrement les familles des 780.000 élèves de la région et de rompre avec la situation d’inégalité d’offre des transports pour ceux qui vivent en zones rurales. C'est aussi donner un avantage financier aux transports en commun face à l’utilisation de la voiture individuelle. Cela permettra aux jeunes, notamment dans les zones rurales, de se rendre sur les lieux culturels, d’éducation, de formation, etc. C’est donc un pari sur l’avenir, pour garantir un droit à la mobilité des jeunes et les habituer à prendre des modes de transports décarbonés."

Qui dit gratuité dit financement à 100% du coût du service par le contribuable

Jean Rottner, LR

Un TER gratuit ? La proposition n'enchante guère Jean Rottner (Plus forts ensemble). Pour le président sortant, ce n'est pas réaliste : "qui dit gratuité dit financement à 100% du coût du service par le contribuable. En Grand Est, renoncer aux recettes usagers pour le TER signifie qu'on se prive de 195 millions d'euros annuels (données 2019). Ce montant couvre quasi exactement les investissements annuels réalisés par la Région en matière de mobilités (travaux sur les voies ferrées, acquisition de nouveaux matériels, aménagements des abords des gares...). Il n'y a que deux façons de compenser une perte de recettes annuelles aussi importante : soit en augmentant la fiscalité, soit en renonçant à certaines politiques publiques."

La gratuité est une fausse bonne idée

Brigitte Klinkert, LREM

Même analyse du côté de Brigitte Klinkert (La force de nos territoires) : "la gratuité est une fausse bonne idée. La gratuité n’existe pas en tant que telle, c’est l’impôt qui finance ce que l’usager ne paye pas. Et l’on peut considérer par exemple que la gratuité du TER pour les moins de 25 ans coûterait au contribuable plus de 150 millions d'euros par an. Nous, nous sommes pour une tarification sociale (jeunes, les demandeurs d’emploi, les personnes en formation, à l’occasion des pics de pollution…), et nous souhaitons une tarification incitative qui s’inscrit dans notre politique de transition écologique. Et nous sommes aussi pour une tarification plus juste du transport scolaire, permettant à chaque élève de ne pas être pénalisé par le coût du transport pour suivre ses études dans le lycée de son choix."

Nous entendons mettre progressivement en place cette gratuité en commençant, dès notre élection, par les jeunes

Aurélie Filippetti, L'appel inédit

"La gratuité des transports TER est une vraie bonne idée, rétorque Aurélie Filippetti, (L'Appel inédit), elle permet de participer à la transition écologique, améliorer l’employabilité et donc faciliter l’essor économique de notre région. Elle est aussi une vraie mesure de justice sociale et d’égalité sociale. Actuellement, la gratuité est partielle (certains jeunes lycéens, certaines catégories d’actifs comme les policiers). Passer à la gratuité est une étape supplémentaire indispensable. C’est une étape nécessaire car aujourd’hui, l’offre tarifaire est illisible. Nous entendons donc mettre progressivement en place cette gratuité en commençant, dès notre élection, par les jeunes. En effet, le premier obstacle de la jeunesse pour trouver un emploi c’est les transports. Nous étendrons par la suite la gratuité des transports aux demandeurs d’emplois afin de leur permettre de postuler et enfin à tous les habitants et habitantes de notre région sur l’échelle d’une mandature."

 

Cela pourrait se faire sous conditions de revenus car il ne s’agit pas de raser gratis

Laurent Jacobelli, RN

"Les revenus des TER sont déjà subventionnés à 75% par la collectivité. C’est pourquoi, il est tout à fait possible d’envisager, tout en maîtrisant les dépenses publiques, une gratuité par exemple pour les étudiants de moins de 25 ans et les retraités" propose Laurent Jacobelli (Rassemblement national), cela pourrait se faire sous conditions de revenus car il ne s’agit pas de raser gratis."

La gratuité : finançable ou pas ?

"Le financement de cette mesure peut être assuré par la mise en place d’une taxe sur les poids lourds internationaux, au niveau de la Région et pas seulement en Alsace. La gratuité des transports pour tous est une mesure bénéfique pour le pouvoir d’achat et pour le climat", avance Aurélie Filippetti.

C'est un projet largement finançable

Eliane Romani, EELV

La gratuité des transports scolaires coûterait 30 millions d’euros par an à la Région estime Romani, "c'est un projet largement finançable". La candidate cite en exemple la région Occitanie qui expérimente la gratuité des transports pour les 18-26 ans. "La gratuité des TER pour les moins de 25 est estimée à environ 1,5 million d’euros par an, ajoute-t-elle, cela est à mettre en perspective avec les 900 millions d’euros de budget régional annuel dédié aux transports et surtout aux 93 millions d’euros d’excédent budgétaire dégagé par l’exécutif actuel. Pour les transports scolaires, nous ne ferons qu’appliquer l’exception meurthe-et-mosellane partout dans le Grand Est. En effet, c’est le seul département de la Région qui a pu conserver des transports scolaires gratuits, même si l’exécutif actuel fait pression pour lever cette gratuité."

"En Lorraine, nous avions les tarifs les plus faibles de France, les tarifs ont été harmonisés en Grand Est vers le haut, ajoute Brigitte Klinkert, l'augmentation de la tarification, c'est la majorité sortante. Et le constat est alarmant sur les gares avec la fermeture des petites gares et de guichets à Varangéville, Jarny, Pagny-sur-Moselle, Contrexéville, Vittel, Mirecourt, Pont-Saint-Vincent, Hayange, Bouzonville et Faulquemont. Nous souhaitons inverser le mouvement en cours pour mieux promouvoir l’usage du train."

"Tout le monde est d’accord pour dire que les billets sont trop chers pointe Laurent Jacobelli, une fois encore les économies promises par certains au moment du mariage forcé entre nos trois régions ne sont pas au rendez-vous. Beaucoup n’utilisent pas les trains pour des raisons économiques. C’est problématique car le train est parfois la meilleure solution pour se déplacer pour étudier ou travailler tant certains axes sont saturés. On ne peut pas avoir une région qui n’a jamais fait rempart contre la désertification rurale et de l’autre ne pas aider à la mobilité. Gommer les inégalités territoriales est aussi le rôle de la Région."

"A moyen terme, la gratuité fait peser une vraie menace sur le financement pérenne des investissements ou de l'offre de transports insiste Jean Rottner, le facteur prix n’est pas le seul paramètre du choix qui fait préférer un mode de transport à un autre. Si on veut convaincre plus de monde d’emprunter le train ou le car TER plutôt que la voiture, il importe aussi de proposer une offre suffisante, compétitive en temps de parcours et confortable. C’est pourquoi nous proposons d’augmenter de moitié (+50%) le nombre de trains circulant sur les lignes du Grand Est d’ici à la fin du mandat, de façon à proposer plus de trains en particulier les week-ends ou en soirée par exemple. La démarche d’ouverture à la concurrence vise notamment à retrouver de l’attractivité sur des lignes ferroviaires qui en avaient beaucoup perdu, en produisant plus de trains à un coût maîtrisé et en permettant de définir un nouveau standard de service."

Avec 1.700 trains par jour, la région Grand Est dispose de l’offre la plus dense, après la région parisienne.

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