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Invasion de punaises diaboliques dans les jardins : et maintenant, elles s'attaquent aux fruits

A gauche, l'envahisseuse punaise diabolique venue d'Asie ; à droite sa cousine européenne, la punaise nébuleuse. / © Punaise diabolique : Hectonicus, punaise autochtone : Didier Descouens
A gauche, l'envahisseuse punaise diabolique venue d'Asie ; à droite sa cousine européenne, la punaise nébuleuse. / © Punaise diabolique : Hectonicus, punaise autochtone : Didier Descouens

Après avoir envahi nos intérieurs cet hiver, les punaises diaboliques ou asiatiques ont élu domicile dans nos jardins pour les beaux jours. La chaleur n'arrange rien. Elles pourraient générer leurs premiers dégâts chez les producteurs de fruits cet été.

Par Caroline Moreau

Ces dernières semaines, les signalements se font moins nombreux sur l’application Agiir qui recense les observations de parasites faites par les particuliers. Mais n’allez pas y voir un indice que les punaises diaboliques ou asiatique - de leur nom scientifique Halyomorpha halys - ont migré vers d’autres latitudes. "Une fois que les punaises sont sorties des maisons, on note un net fléchissement des signalements, constate Jean-Claude Streito, entomologiste de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) spécialiste de la bestiole. Mais elles sont toujours bien là !" Et la chaleur estivale n'y change rien, au contraire.
 

Depuis le début de cette année 2019, il a tout de même enregistré 69 signalements, contre 300 au maximum au cours d’une année normale. Des observations qui ont explosé sur le second semestre de l’an dernier avec 1.800 signalements d’insectes sur tout le territoire enregistrés entre les mois d’octobre et de décembre 2018.

Depuis quelques semaines, l’insecte se fait donc discret, caché dans nos plates-bandes et nos arbres fruitiers. Et c’est sur eux que pèse la principale menace. "Les producteurs de fruits risquent de constater les premiers dégâts sur la production de cet été", prévient Jean-Claude Streito. "Chez nos voisins italiens, dans la zone du Piémont, certains producteurs de pommes, de kiwis, de noisettes et des viticulteurs font déjà face à une situation catastrophique, ajoute Pierre Varlet, reponsable de la veille technique au sein de l'association nationale de producteurs pommes poires. Nous sommes très inquiets de la situation, ajoute le représentant de la profession qui a demandé la mise en place d'un groupe de travail avec les experts scientifiques pour trouver un remède à ce futur fléau parasitaire.
 
Une punaise diabolique repérée début octobre 2018 dans un potager à Bischheim. / © C. Moreau
Une punaise diabolique repérée début octobre 2018 dans un potager à Bischheim. / © C. Moreau

Dans une étude menée en mars 2014 par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), les experts précisent en effet que "[l']insecte peut potentiellement infliger de lourdes pertes à de nombreuses productions agricoles de la zone de l’ARP (arboriculture, viticulture, maraichage etc.) et les moyens de lutte sont actuellement limités à des traitements insecticides qui vont à l’encontre des politiques de réduction des intrants actuellement en place".
 

Ses dégâts s'avèrent autrement plus importants que ceux infligés par sa cousine autochtone, la punaise verte : "en cas de piqûre par une punaise autochtone, cela entraîne juste une déformation du fruit qui reste malgré tout vendable, précise le responsable de l'association nationale pommes-poires. Mais l'attaque d'une punaise diabolique va entraîner la destruction du fruit qui deviendra de ce fait invendable". 


En Alsace, on attend de voir

Dans le Bas-Rhin, la ferme fruitière Hufschmitt, basée à Westhoffen (Bas-Rhin), qui produit 400 tonnes de fruits par an, n’a pas encore d’inquiétude. "C’est vrai qu’on a vu beaucoup plus de de punaises que d’habitude cet automne, constate Willy Hufschmitt, qui gère l’exploitation avec sa fille. Mais il semble que c’étaient des vertes [punaises marbrées, une variété autochtone], alors on ne s’est pas inquiété."

Lui qui est adhérent depuis 40 ans à la Fredon, la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles, est sensible à la problématique des parasites. "On a eu affaire à la mouche drosophile suzukii il y a quelques années. On a perdu beaucoup de notre production, se souvient le producteur fruitier. Mais du coup on connaît ce genre de situation. On arrive à gérer", se rassure l’exploitant qui va tout de même rester vigilant.
 
La punaise diabolique raffole des fruits comme les pommes, les poires, les kiwis et les noisettes. / © O. Boitet/maxppp
La punaise diabolique raffole des fruits comme les pommes, les poires, les kiwis et les noisettes. / © O. Boitet/maxppp
Mais la situation est déjà plus problématique pour les producteurs du sud, au premier rang desquels ceux de kiwis et de noisettes qui attestent déjà d'une présence significative de la bestiole dans leurs vergers. "Ce qui complique les choses pour les producteurs, c'est que les dégâts mettent longtemps à apparaître, explique l’entomologiste. Les punaises diaboliques piquent les fruits alors qu’ils sont en pleine croissance. Mais ce n’est qu’une fois à maturité, plusieurs semaines après la piqûre, que l’on constate si le fruit est déformé ou pas".


A la recherche de l'arme fatale

Les producteurs français ne sont pas les seuls à s’alarmer. Avec la France, plusieurs pays européens confrontés à cette invasion de la punaise diabolique redoutent de connaître le même sort que les producteurs américains et asiatiques qui ont vu certaines de leurs cultures ravagées. Au point qu’un programme de recherche à l’échelle européenne a été lancé par un consortium de plusieurs pays dont l’Italie, l’Espagne et la France. "Les traitements chimiques entrepris depuis quelques années chez nos voisins sont inefficaces, constate Pierre Varlet, c'est donc vers la recherche parasitoïde qu'il faut s'orienter".
 


Au plan national, l’INRA cherche des partenaires pour lancer un programme de recherche national afin de trouver des moyens de détecter la présence des nuisibles et de trouver des remèdes naturels afin d'enrayer sa prolifération. Une mini-guêpe qui attaque les œufs des punaises est l'une des pistes qui intéressent les scientifiques.


Un effet canicule sur les punaises ?

En attendant, il existe peu de remparts efficaces pour protéger les jeunes fruits des piqûres de punaises. Des filets à répandre au-dessus des arbres fruitiers semblent donner quelques résultats auprès des producteurs italiens. Les pièges à phéromones sont une autre piste suggérée par la profession, mais leur efficacité pourrait s’avérer insuffisante.

"Ne comptez pas sur la canicule pour venir à bout des punaises diaboliques, elles adorent la chaleur !"  prévient le spécialiste de l’insecte, Jean-Claude Streito. Les jardiniers amateurs qui comptaient peut-être sur les températures mexicaines annoncées dans la région et en France cet été devront trouver d’autres solutions pour préserver leur pommier.

"La bestiole est originaire de Chine et s’étale de Canton, qui peut connaître un climat très chaud et très humide, à Pékin qui au contraire bénéficie d’un climat continental", explique Jean-Louis Streito. Autant dire qu’elle doit se sentir comme un poisson dans l’eau ces derniers jours, en Alsace comme dans le reste de la France.
Punaise diabolique prise en photo en France en octobre 2018. On repère la diabolique à la position de ses anneaux blancs sur ses antennes. / © A. Morissard/France 3 Alsace
Punaise diabolique prise en photo en France en octobre 2018. On repère la diabolique à la position de ses anneaux blancs sur ses antennes. / © A. Morissard/France 3 Alsace

Pour tout savoir sur la punaise diabolique et son invasion en France, consultez nos précédents articles :

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