J'ai testé pour vous : une balade à vélo de nuit pour (re)découvrir Reims

Tous les mois, le groupe de cyclistes Ride in Reims (Rir) organise une sortie à vélo en début de soirée. L'occasion de se réapproprier les rues de la ville, souvent accaparées par les voitures. La dernière édition avait lieu le mercredi 07 juin, et notre reporter s'y trouvait.

Le vélo et moi, c'est loin d'avoir toujours été une grande histoire d'amour. Comme il m'arrivait un certain nombre de gaffes et de maladresses en gardant mes pieds sur la terre ferme, imaginez sur un deux-roues instable auquel je ne parvenais pas à garantir une trajectoire rectiligne. Une personne qui m'est très chère m'avait certes appris - tardivement - à monter à vélo (en pleine campagne), mais je restais pas fort doué et très peu à l'aise dans la circulation.

Avant, je travaillais à Strasbourg (Bas-Rhin) et vivais en face de France 3 Alsace (où j'avais fait mon alternance) : pas besoin de vélo. Mais quand j'ai déménagé à Reims (Marne), j'ai réalisé que trois kilomètres séparaient ma nouvelle adresse et la rédaction de France 3 Champagne-Ardenne. Un trajet à réaliser quatre fois par jour qui allait me prendre pas mal de temps et d'énergie à pied. C'est là que j'ai décidé d'intégrer la grande famille des cyclistes.

Et c'est très bien tombé : ma tutrice d'alternance, qui m'a inculqué toutes les ficelles du métier de journaliste, se séparait de son vélo. Elle m'a réappris avec efficacité à pédaler, et cette fois, c'était la bonne. J'ai donc quitté Strasbourg avec son vélo dans le camion de déménagement (j'ai failli l'oublier, ça aurait été folklorique pour aller le rechercher). Une fois à Reims, j'ai commencé à rouler à vélo pour me rendre chaque matin au travail. Et j'y ai pris goût : de flippé de la pédale, je suis devenu cycliste émérite. 

Bouche à oreilles et réseaux sociaux

On trouve de tout sur les réseaux sociaux. Des photographies de chatons trop mignons (voici d'ailleurs quoi faire si il y en a un qui s'invite chez vous), des commentaires de gens grincheux et aigris, et... des annonces de sorties à vélo. C'est une amie que je me suis fait à mon arrivée à Reims, nommée Céleste, qui m'a envoyé le lien. Sur le groupe Facebook Ride in Reims (Rir), une sortie était annoncée pour le mercredi 07 juin. 

Le programme ? "Un circuit original dans Reims, Bezannes et Tinqueux pour découvrir toujours plus de petits recoins méconnus, insolites et insoupçonnés à portée de tous. Au format habituel, environ 20 à 25 km, principalement sur asphalte dans les rues, mais il y aura également quelques chemins [à travers champs]." L'évènement a aussi été relayé sur Instagram (voir publication ci-dessous).

Céleste me précise qu'a priori, on sera en petit comité, style cinq personnes, les doigts d'une main (ce qui est plausible vu le peu de réactions à la publication sur Instagram). C'est dans cette optique que je m'y rends à la sortie du boulot. Rendez-vous est donné dans le courant des 19h00 devant la cathédrale. À mon arrivée (bien en avance contrairement à mon reportage dans un vieux bus rémois datant d'avant ma naissance), il y a effectivement deux ou trois cyclistes dont la tenue suggère une pratique du cycle régulière. Et Céleste à côté. Je papote avec elle, et pendant ce temps, c'est pas moins d'une cinquantaine de personnes, de tous âges et de tous horizons, qui arrive au compte-goutte.

Je prends quelques photographies avec l'un de mes - trois - téléphones. J'en ai un personnel, un professionnel datant de mon alternance (et que j'utilise encore par habitude sauf que cette fois il s'est déchargé sans que je le remarque), et un professionnel secondaire qu'on m'a remis à mon arrivée à la rédaction de Reims. Autant dire que si la police contrôle mon sac à main, j'aurai l'air fin à devoir justifier la provenance de tous ces téléphones. L'occasion d'un article "j'ai testé pour vous les cellules de garde à vue du commissariat de Reims", qui sait ? 

Bref, après comptage, les participantes et participants se comptent effectivement sur les doigts de la main... si l'on a cinq paires de bras. L'un des responsables (le groupe est horizontal et n'a pas vraiment de chef) donne quelques instructions histoire de rouler en toute sécurité. Des bénévoles vont notamment sécuriser les carrefours et passages-piétons pour que tout le monde puisse rouler en toute sécurité, et éviter que le groupe soit divisé à cause des feux rouges. Le temps d'un soir, ce soir, la voiture ne sera plus maîtresse dans les murs de Reims.

En piste

Et ensuite, hop, le départ est donné. C'est si soudain que j'ai à peine le temps de capturer la scène, véritable envolée de cyclistes partant à l'assaut des artères rémoises. C'est d'ailleurs la dernière fois que j'ai l'occasion de photographier : je maîtrise maintenant la manoeuvre d'un guidon de vélo, à condition que mes deux mains soient posées dessus. Hors de question que je sorte mon téléphone en pédalant, zigzague brutalement, et cause un carambolage cycliste pendant la sortie. En plus, c'est interdit : 135 euros d'amende si la police vous attrape avec votre GSM, même tarif si vous portez un casque (à musique) ou des écouteurs. 

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Ride in Reims du mercredi 07 juin 2023 : le grand départ. ©Vincent Ballester, France Télévisions

Je me trouve à peu près en dernier (apparemment, il y a une petite course informelle en tête du peloton), pas loin d'un des bénévoles qui porte un pantalon en lycra vert fluorescent : je ne risque pas de le perdre du regard. On quitte le centre historique via la longue rue Hincmair, du nom d'un archevêque rémois du IXe siècle. On lui doit une partie de la décoration intérieure de la cathédrale, la consécration religieuse de cette dernière, et une oeuvre théologique abondante. On rallie ensuite le quartier Courlancy, en longeant le grand parc Léo Lagrange, et atteint Croix-Rouge.

Traversée de plusieurs quartiers

On se retrouve à longer les bâtiments universitaires, puis des immeubles et des maisons individuelles entre les quartiers Wilson et Maison Blanche. Le tracé du parcours me laisse parfois songeur car c'est un peu tortueux. Et les trottoirs qu'il faut survoler peuvent être hauts. Mais après tout, l'objectif est de découvrir des endroits méconnus où je ne serais pas allé en temps normal. Un parc à pelouse qui est entouré de grilles, par exemple. On se fait même héler et encourager par plusieurs jeunes qui se trouvaient rassemblés là : ça motive.

Après une boucle qui nous ramène à Croix-Rouge, la médiathèque est en vue. C'est un curieux bâtiment en béton qui se trouve au sommet d'une pente que je remarque trop tard. La grimpée est raide... trop raide : je n'ai pas le temps d'ajuster ma vitesse (je roulais en 6), ne pédale donc pas assez vite, fais du surplace, et gêne les cyclistes derrière. Me voilà contraint d'activer l'assistance électrique pour arriver là-haut : j'ai l'impression d'avoir triché...

Là, une joyeuse pagaille se met en place : c'est l'heure de la photographie de famille. L'ambiance est joyeuse, personne ne semble vraiment subir de fatigue. Moi non plus du reste, même si j'ai un peu chaud : j'ai (encore) eu la riche idée de venir avec ma veste en cuir, et l'anse de mon sac gêne parfois quand je pédale. La prochaine fois, je voyagerai plus léger.

Direction les communes limitrophes

Et l'on redescend alors. Direction Bezannes : ses champs, sa zone commerciale, et ses petites rues pavillonnaires (le tout sans bureau de poste, le saviez-vous ?). Une dame devant chez elle nous souhaite vivement une bonne route jusqu'à... Épernay ? Comment ça, Épernay, je n'ai pas signé pour ça (je n'ai rien signé) ? Non, non : on me rassure, on se redirige bien vers le centre-ville de Reims.

Mais pas tout de suite. On profite d'abord du magnifique coucher de soleil, sur notre gauche. Nous voilà à maintenant à cavaler sur un chemin de terre entre un grand champ et une forêt. Je semble me faire un devoir de me prendre chaque nid de poule, ce qui me fait pousser un couinement à intervalles réguliers : Céleste, qui me devance, s'en amuse. 

On se retrouve alors devant une nouvelle montée, en terre cette fois. J'essaye de pédaler vite et fort... mais nouvel échec, et assistance électrique à nouveau pour finir d'escalader la pente. Quelqu'un se moque (gentiment) de moi derrière. Bien sûr, comme pour la fois précédente, je la coupe dès que j'ai franchi l'obstacle.

La suite se fait au travers d'une forêt. On doit fréquemment s'arrêter car ça bouchonne un peu entre les arbres. Plusieurs personnes, devant et derrière, commencent à signaler la présence de moustiques affamés. Visiblement, ils m'épargnent. Il faut dire que la veste en cuir protège bien : finalement, c'était peut-être une bonne idée de la porter. En attendant, l'occasion est donnée d'observer de jolis arbres... et hélas, des déchets abandonnés par des gens peu scrupuleux avant notre passage (nous, on est très propres).

Circuler sur les grandes routes

La forêt débouche sur une nouvelle zone pavillonnaire. On y fait une boucle un peu compliquée après avoir franchi un pont, on passe à gauche d'une église... Puis on reprend le même pont, et cette fois-ci on va à droite de l'église... Je ne sais pas plus trop où on est : heureusement que ce n'est pas moi qui gère la navigation. 

La suite se fait sur de grands axes routiers bordant des zones commerciales, entre Tinqueux et Ormes. Des voitures nous longent à grande vitesse : heureusement que les bénévoles sont là pour nous encadrer. Je sens que je commence un peu à fatiguer : je n'ai pas l'habitude de rouler si longtemps. Puis, après une série de ronds-points, des quartiers vaguement familiers réapparaissent : serait-ce Croix-Cordier ?

L'étape finale du périple s'amorce : deux heures, 22 kilomètres... et 500 calories brûlées selon le compteur d'un participant. Il faut encore remonter toute la série d'avenues qui traverse Tinqueux, puis Reims d'ouest en est. Encore une montée, mais moins escarpée et ne nécessitant pas la fée électricité. Voilà ensuite le pont de la Comédie et on débouche sur la rue de Vesle. Là, on part subitement à gauche, avant de vraiment pouvoir la remonter. Tout le monde se retrouve alors devant un bar à quelques pas des Basses promenades : Ma bouteille s'appelle revient.  

Après l'effort, le réconfort (et but de la sortie)

L'endroit est joli et populaire. Il y a du monde : le groupe éclate entre plusieurs tables. Mais Céleste ne s'y joint pas : elle doit filer. Avant de partir, elle me confie néanmoins que "je m'attendais pas à autant de monde. Mais c'était une bonne expérience : je pense revenir le mois prochain." Avis partagé : l'ambiance était bonne, et j'ai bien envie de pédaler à nouveau. Et vous ?

Sur la terrasse, des guirlandes électriques multicolores décorent et éclairent les lieux. Et ce qui sort des cuisines sent plutôt bon. Hélas, inutile que je vous donne envie de venir : l'endroit a fermé ses portes deux semaines après le reportage... Mais pas de chagrin : le bar change à chaque sortie, histoire de découvrir de nouveaux endroits. 

Après avoir attrapé des samousas à grignoter, qui sont servis en une quantité si énorme que je dois partager avec la tablée voisine (ravie), je retrouve Gauthier Boudillet (et son fameux pantalon fluo). C'est l'un des organisateurs, que je devais interviewer en début de parcours. "On est onze, sans hiérarchie : c'est informel. On prévoit les parcours, on décide des dates ensemble, de la direction du Rir [Ride in Reims, pour rappel; ndlr]..." La première a eu lieu au mois de septembre 2022 : c'est donc tout jeune.

Une sortie a lieu par mois. "En hiver, on est 25; quand il fait beau, plutôt 50. On fait des petites animations selon la saison. Par exemple, je m'étais déguisé en Père Noël à vélo-cargo." Ce qui ne change jamais, c'est que la sortie a lieu de nuit. Ou plutôt en soirée, l'été... "C'est un peu moins vrai l'été vu qu'on est dans les jours les plus longs : c'est vrai qu'on a eu le coucher du soleil." La destination, elle, peut varier. "Parfois, on explore un quartier, ou alors on sort de Reims, découvrir les villages aux alentours... Le public est assez large : on a des gens assez âgés, assez jeunes, des enfants, pas mal de vélotaffeurs : qui vont au travail à vélo." 

Le public est assez large : on a des gens assez âgés, assez jeunes, des enfants.

Gauthier Boudillet, membre de l'organisation de la Ride in Reims (Rir)

Justement, Reims est-elle bien équipée pour les cyclistes ? "À Reims, on est pas mal équipé niveau bandes cyclables, mais pas pistes cyclables. C'est souvent pas séparé : juste de la peinture [et c'est parfois réputé moins sûr; ndlr]. Quand on est un gros groupe, pour moins s'étirer en longueur, on ne les utilise pas." La grosseur du groupe lui permet de s'en passer dans ce cas-là. Pour lui, la ville est plutôt plate, si l'on excepte Croix-Rouge et le quartier de l'IUT, situé près du parc des expositions : c'est là aussi où se trouve France 3, et clairement, je peux confirmer que la montée peut être ardue si on n'a pas d'assistance d'électrique.

Et en parlant de tâche ardue, le but de la Ride in Reims se situe à mi-chemin entre la paisible excursion et l'instant purement physique. "C'est un peu un entre-deux, sportif mais pas trop." Pas de sprint à 30 km/h, ni de "balade comme fait Vél'oxygène [association locale qui propose un atelier de réparation participatif; ndlr], assez lente, à 15 km/h"

Une exceptionnelle grosse sortie de plusieurs dizaines de kilomètres, réparties sur deux jours avec camping, vient tout juste d'avoir lieu. La prochaine sortie, plus classique et intra-agglo' de Reims, est prévue pour le vendredi 14 juillet, à 21h30, pour admirer les feux d'artifices depuis les hauteurs entourant la ville. À noter que le dimanche 16 juillet, à 09h45, un autre format original est proposé : 40 kilomètres (20 à l'aller et 20 au retour) vers les hauteurs de Châlons-sur-Vesle, avec pique-nique à la clé. Pour ces deux sorties, contrairement à celle du 07 juin, mieux vaut posséder un VTT. 

Pour découvrir mes autres reportages-découvertes de transports, direction la barque à fond plat, le bus vintage rémois, et pour un autre type de transport si j'ose dire, un love store (ou sex-shop) strasbourgeois. Oui, j'ai donné de ma personne... On verra bien où m'emmènera ma prochaine sortie.